Il y a 100 ans: Québec gagnait sa dernière Coupe Stanley.


Les Bulldogs de Joe Hall et de Joe Malone.

La saison 1913 est celle d’une querelle entre la PCHA et la NHA dont le club est la principale victime. Démantelé de la moitié de ses joueurs, le Quebec Hockey Club valorise l’apport exceptionnel de deux grands bâtisseurs : le gérant Mike J. Quinn et le centre Joe Malone. La saison 1913, c’est aussi une deuxième coupe Stanley et l’apparition du surnom légitime d’un club qui n’a pas froid aux yeux et qui s’agrippe à son élan, les Bulldogs.

CE TEXTE EST UN EXTRAIT DU LIVRE "LA COUPE À QUÉBEC: LES BULLDOGS ET LA NAISSANCE DU HOCKEY", PUBLIÉ CHEZ LES ÉDITIONS SYLVAIN HARVEY, EN COLLABORATION AVEC LA COMMISSION DE LA CAPITALE NATIONALE ET LA VILLE DE QUÉBEC.

1913 avec les directeurs

Rare photo de l’édition gagnante de la Coupe Stanley 1912-13, avec la direction et les joueurs substituts. Source: Ville de Québec.

L’aréna réclamé au printemps n’est pas encore réalité. Faute de mieux, le vieux Skating Rink de la Grande Allée sera encore une fois remodelé par l’intérieur. De nouveaux balcons pourront accueillir 400 spectateurs. On est loin des rénovations prévues, jugées trop onéreuses par le club de patinage. De plus, la Commission des champs de bataille nationaux qui prévoit acheter le terrain pour en faire une porte d’accès aux plaines d’Abraham n’entend pas investir dans cet édifice. Ces gradins sont nécessaires, selon Quinn, directeur-gérant du Quebec Hockey Club. Les profits de 1500 $ en 1912 ont été réalisés grâce aux 2500 $ engendrés par la présentation des deux matchs de la coupe Stanley. Par ailleurs, les 6000 $ investis en salaires en 1912 passeront à 9000 $ en 1913 pour garder la famille intacte. Trois joueurs de l’extérieur, Jack Marks, Eddie Oatman et Goldie Prodger, ont passé une partie de l’été dans la ville avec les Automatics, le club de baseball de l’armurier Ross pour lequel ils ont aussi travaillé.

Des vautours sur la ville

Les succès du club en 1912 attisent évidemment la convoitise des autres ligues majeures de hockey, la PCHA des frères Patrick en particulier. Le 15 octobre, Lester Patrick et Jimmy Gardiner sont à Québec pour attirer Joe Malone, Eddie Oatman et Goldie Prodger avec de gros contrats, sans succès. Selon le Quebec Chronicle, « Patrick et Gardiner ont quitté Québec bredouilles hier soir, les membres de notre club sont trop honorables pour briser leur entente. » Quinn ne prend toutefois pas les choses à la légère et s’entend rapidement avec les sept joueurs principaux du club. Il dépose les contrats signés à la rencontre de la NHA qui se tient le 26 octobre 1912 au Château Frontenac.

Hélas, rien n’est si simple ! La PCHA est furieuse contre la NHA et Sam Lichtenhein, propriétaire des Wanderers, qui vient de faire signer un contrat à Harry Hyland, le meilleur buteur de la PCHA, déjà sous contrat dans l’Ouest. Il n’en fallait pas plus pour Frank Patrick qui déclare la guerre à la NHA. Un télégramme du 16 novembre adressé à Joe Malone précise le plan de Frank Patrick. « Puisque la NHA a brisé son entente avec nous », ce dernier offre des contrats à tous les joueurs réguliers du Quebec Hockey Club. Son objectif consiste à détruire le club détenteur de la coupe Stanley et à fragiliser ainsi la NHA. Les six joueurs convoités ont déjà en poche une entente de 1500 $, mais la PCHA offre 2200 $ à Malone, à Oatman et à Prodger, et 1800 $ à McDonald, à Moran et à Hall.

contract vancouverLes offres de Patrick seront bonifiées au point de séduire la moitié du groupe. Oatman et Prodger acceptent de renier leur entente avec le Quebec Hockey Club pour 2500 $, tandis que Jack McDonald accepte les 2000 $ proposés. Le 21 novembre, une importante foule est rassemblée à la gare pour dire adieu à Oatman et à Prodger. Ce dernier se confond en excuses et réitère son immense respect pour Quinn et l’équipe de Québec qui lui a offert sa première chance. Ses amis, fort nombreux, le supplient de rester, mais selon les journaux, il aurait donné sa parole à son coéquipier Oatman dont on regrette moins le départ, l’accusant d’avoir orchestré l’évasion. Une fois à Vancouver, les trois joueurs sont dispersés dans les trois clubs de la PCHA. L’objectif des frères Patrick est partiellement atteint, mais le coeur et l’âme de l’équipe de Québec demeurent intacts. Joe Malone, Paddy Moran et Joe Hall restent fidèles et feront en sorte que le Quebec Hockey Club demeure champion encore une fois.

Une reconstruction signée Quinn et Malone

Le lendemain du « raid », Mike J. Quinn et son capitaine Joe Malone sont en route pour l’assemblée générale de la NHA à Toronto, ironiquement accompagnés par Jack McDonald à bord du train. Le gérant et le capitaine du Quebec Hockey Club profitent du voyage pour reconstruire l’équipe et essuient les refus de plusieurs joueurs amateurs dont quelques Canadiens français de la région d’Ottawa comme Jack Fournier, Steph « Coo » Dion et Eddie Gérard. Ce dernier deviendra joueur professionnel l’année suivante et connaîtra une belle carrière. Il sera élu au Temple de la renommée du hockey en 1945.

Finalement, Québec met le grappin sur le prolifique buteur Tommy Smith, auteur de 53 buts avec Moncton en 1912, leur meilleur joueur au challenge de la coupe Stanley à Québec. Dans sa dernière ligne droite, Quinn réussit un autre tour de force, celui de dénicher deux joueurs aussi talentueux qu’inconnus : Harry Mummery, un gros défenseur de 100 kg (220 lb), et Russell « Rusty » Crawford, un ailier qui évolue à Saskatoon. Le premier jouera onze ans dans la NHA/NHL et le second sera élu membre du Temple de la renommée en 1963. Comme repêchage de dernière minute, on a rarement vu mieux.

Malone lance une saison exceptionnelle

Carte de Joe Malone, Topps, 1961.

Carte de Joe Malone, Topps, 1961. Elle est signée par son fils.

Avec quatre nouveaux joueurs, le club rapiécé surprend tout le monde avec une victoire convaincante de 7-3 sur les Sénateurs d’Ottawa le 28 décembre, pour ouvrir la saison 1912-1913. Ces derniers avaient pris les commandes de la rencontre 3-2 en deuxième période, mais Joe Malone a inscrit 2 buts en 30 secondes pour ne plus regarder derrière. Avec ses trois buts, ce dernier est qualifié de « probable meilleur attaquant de la ligue » par le Chronicle. Le 11 janvier 1913, le Quebec Hockey Club reçoit le Canadien et accueille 4000 spectateurs. Selon L’Action Sociale, « la foule se pressait si nombreuse dans les places à 0,25 $ qu’une cloison construite cette année pour fermer au public l’entrée des chambres des clubs a été démolie sous la poussée des spectateurs ». Le premier ministre du Québec Sir Lomer Gouin, dans les loges à 1,50 $, est témoin d’une victoire de 5-4 et d’un match qui nourrira la légende de Joe Hall. Au cours d’une attaque en première période, Hall se rue sur Vézina avec tant de force qu’il brise la barre de fer qui soutient le filet. Il retrouve plus tard son « ami » Newsy Lalonde et les deux joueurs passent la première période à se quereller. Hall conclut une dispute par un coup qui blesse Lalonde à la tête. Plus tard en deuxième, l’arbitre Tom Melville punit Hall de nouveau, sans raison apparente cette fois. Hall l’invective, lui donne un coup de patin et incite les amateurs à s’en prendre à lui. Chassé de la rencontre, « Bad Joe » est suspendu une semaine par la NHA et reçoit une amende de 100 $. Le Quebec Hockey Club perd trois des quatre matchs suivants, séquence qui prend fin avec la plus imposante défaite de la saison, le 22 janvier. Harry Hyland, le joueur étoile que les Wanderers ont « volé » à la PCHA, compte huit buts au Skating Rink de Québec et aide son club à l’emporter 10-6. Québec a maintenant cinq victoires et quatre défaites, et occupe le deuxième rang derrière le Canadien. Commence alors une séquence victorieuse sans précédent dans l’histoire du club.

Le hockey à sept pour une dernière fois

Le 29 janvier à Ottawa, Tommy Smith prédit que les Sénateurs « se coucheront » devant eux, ce qu’ils ont d’ailleurs fait, puisqu’ils ont été défaits 5-3. C’est en principe le dernier match de la saison à six contre six, puisqu’à la demande des clubs Ottawa et Tecumsehs, la NHA revient à la combinaison traditionnelle à sept joueurs pour la seconde moitié de la saison. La semaine suivante, le Ottawa Journal prédit que, cette fois, les joueurs québécois n’auront pas autant de plaisir dans la capitale fédérale. Selon l’article qui cite un joueur anonyme, Ottawa cherchera la bagarre contre Québec. Le Quebec Hockey Club domine finalement tous les aspects du jeu, même les moins sportifs, et l’emporte 4-1. On raconte que Joe Malone passe son temps à s’arrêter au banc et à rigoler avec le gérant Mike J. Quinn. Désabusés, des spectateurs sollicitent un peu de fierté et demandent à leurs favoris de s’en prendre à « Bad Joe » Hall : « Get Hall ! Get Hall ! » Exaspéré, le vétéran défenseur y va d’une réaction passée depuis à l’histoire. Voici comment le Montreal Gazette décrit la scène. « Hall, en possession de la rondelle, a patiné jusque dans sa zone, du côté est de l’aréna. Il s’est arrêté, a mis une main sur le côté de son visage et s’est mis à crier aux spectateurs : “Pourquoi ne pas descendre sur la glace et vous en prendre à Hall vous-même ?” » Aucun amateur n’accepte l’invitation. Le reste de la période se passe en zone des Sénateurs, ce qui permet au gardien Moran de poursuivre la discussion avec les spectateurs… Le lendemain, le club Ottawa, le seul maintenant à tenir farouchement au hockey traditionnel à sept joueurs, accepte finalement de se joindre aux amateurs et autres clubs de la NHA qui réclament le hockey plus ouvert et rapide dont ils ont été témoins depuis deux ans. Québec a gagné une autre bataille.

Les Bulldogs de Joe Hall

1910 février 1913, Ottawa Citizen

10 février 1913, Ottawa Citizen

Le surnom des « Bulldogs » de Québec revient probablement au journaliste Tommy Gorman de l’Ottawa Citizen, comme on peut lire pour la toute première fois en page 8 de l’édition du 10 février 1913. C’est le titre associé à une victoire de 4-1 à Ottawa : « Les “Bulldogs” de Québec triplent le pointage et s’agrippent fermement à la coupe Stanley ». Les premières lignes du texte expliquent le lien. « Les Bulldogs de Joe Hall, surnom utilisé fréquemment par la confrérie des joueurs, n’ont pas eu trop de difficulté à s’approcher de la coupe Stanley lorsqu’ils ont rencontré et battu Ottawa par la marque de 4 à 1. » Comme pour expliquer cette image, le journaliste compare Québec et le Canadien, ce dernier rudoyé dans la défaite de 2-1 la semaine précédente. « Contrairement aux Canadiens, ils ont refusé d’abdiquer. » Une portion de l’article est reprise dans le Calgary Daily Herald de cette façon. Le Toronto World écrit « Bulldogs » dans un seul mot. Enfin, le Quebec Chronicle emploie aussi « Joe Hall’s Bulldogs », tout comme le Citizen le lendemain et durant plusieurs jours. Le 18 février, dans une pleine page remplie de photos des joueurs, le Quebec Chronicle ose enfin : « Les Bulldogs de Québec s’agrippent avec détermination à la coupe Stanley. » Il revient plus timidement le 28 avec l’expression « Joe Malone’s Bulldogs ». L’utilisation systématique du sobriquet se propage définitivement à l’automne 1913 et dans les journaux francophones en 1915. Contrairement à ce que prétendent plusieurs écrits, l’origine du surnom ne date donc pas des premiers pas du Quebec Hockey Club. Aucune mention n’a été trouvée au fil des 35 premières années. Le Chronicle le confirme en quelque sorte le 11 février 1916 : « [...] le Club a été surnommé “Bulldogs” il y a quelques années pour ses qualités de combattants et de finisseurs. Il ne mérite pas cette appellation cette saison. » Le surnom revient donc au courage et au sang-froid de ce club, inspiré par son leader, le dur à cuire Joe Hall, probable propriétaire de Togo, le bulldog en vedette sur la photo du club gagnant d’une autre coupe Stanley.

Deuxième conquête de la coupe Stanley

Obrien-Quebec

Les inscriptions du Quebec Hockey Club sur le trophée O’Brien, symbole du championnat de la NHA.

Il reste deux semaines au calendrier régulier, et le Quebec Hockey Club s’assure du premier rang de la NHA et de la coupe Stanley grâce à une victoire de 7-6 sur le Canadien, à Montréal, le 22 février. À l’image de la saison, Québec revient de l’arrière. Malone compte ses deuxième et troisième buts du match pour transformer le retard en victoire. Avec trois rencontres à disputer et le championnat en poche, les Bulldogs gardent le cap sur une saison de rêve. En bout de piste, Hall et Malone alignent onze victoires de suite pour une fiche incroyable de seize victoires et quatre défaites, six victoires devant les « invincibles » Wanderers. Joe Malone remporte son premier championnat des compteurs avec 43 buts en 20 matchs. Profitant des qualités de passeurs exceptionnelles, son ailier Tommy Smith le suit de près avec 39 buts pour le deuxième rang de la NHA. Paddy Moran quant à lui termine au premier rang chez les gardiens réguliers, devant Georges Vézina.

Les Millionaires en ville

La MaPHL obtient le droit d’affronter les détenteurs de la coupe Stanley. Malheureusement, mis à part le défenseur « Cap » McDonald, la nouvelle formation de Sydney est remplie d’inconnus au talent douteux. Selon certains écrits, les Sydney Millionaires ont gagné leur championnat grâce à du jeu intimidant. Même si les coupes Stanley et O’Brien sont de nouveau présentées dans une vitrine décorée aux couleurs du club chez Holt Renfrew, la frénésie n’est pas la même qu’à pareille date l’année précédente. Pour ce premier match le 8 mars, une assez bonne foule se rend au Quebec Skating Rink. Comme les Millionaires possèdent des uniformes similaires à ceux de Québec, ils portent ceux du Emmet, club senior de la ligue municipale. Ils auraient peut-être dû aussi aligner leurs meilleurs joueurs. Dans une victoire de 14-3, Joe Malone connaît le festival offensif de sa carrière. Il met la table avec deux buts en première période, puis explose avec cinq buts en deuxième. Le match étant hors de portée pour les Millionaires, Québec remplace les joueurs étoiles Joe Hall et Tommy Smith par Billy Creighton et Jeff Malone (le frère de Joe), deux substituts qui n’ont pas joué plus de 40 minutes cette saison. Joe Malone ajoute tout de même deux buts en troisième période, pour un total de neuf buts dans la partie. L’historien Charles Coleman avance que Malone visait le record de quatorze buts dans une partie de la coupe Stanley établi par Frank McGee en 1905 contre le club de Dawson City, sans doute la plus faible formation à avoir obtenu le droit de disputer le trophée. Si le record avait été l’objectif de « Gentlemen Joe » Malone, Smith et Hall seraient certainement demeurés dans le match. Avec onze points d’avance dans cette série au total des buts, le grippé Joe Malone prend congé pour le dernier match, le 10 mars 1913. Smith, peu réputé pour son ardeur au travail, remplace Malone au centre, semble faire peu de cas de ses adversaires et n’effectue aucun repli défensif. Dans un match sans enjeu, la plus petite foule de la saison est témoin d’une victoire de 6-2. Afin de mettre un peu de piquant en fin de match, le gardien Paddy Moran s’élance avec la rondelle et rate le but de peu. Le fait saillant de la rencontre se déroule entre les périodes. On honore l’architecte de cette formidable équipe, le gérant Mike J. Quinn. Au premier entracte, on lui remet une bourse de 550 $, fruit d’une souscription publique lancée depuis quelques semaines. Avant la troisième période, c’est au tour des joueurs de lui offrir un superbe loquet en or. Le Quebec Hockey Club est encore détenteur de la coupe Stanley, mais sa saison est loin d’être terminée.

New York, New York

À peine champions, les Bulldogs prennent de nouveau le train pour y jouer le tournoi annuel de New York, disputé au Saint Nicholas Rink et doté d’une bourse de 2500 $. Cette fois, le club affronte directement les Wanderers en finale. Ces derniers ont remporté leurs deux matchs contre le club Ottawa et attendent Québec patiemment. Après quatre jours de repos, ils inscrivent six buts en première période, infligeant une défaite de 9-5 à Québec, une première depuis le 25 janvier. Joe Malone, toujours affaibli par la grippe, quitte la rencontre après la première période. Le deuxième match disputé le 15 mars est remporté 5-3 par Québec, qui perd toutefois la série 12-10 au total des buts. Cette rencontre est si violente que le New York Times avance que les « clubs canadiens repartent à la maison avec un record d’yeux au beurre noir, de lacérations à la tête et de côtes fracturées, du jamais vu ici ». Le gardien Albert Cadotte des Wanderers est assommé dans une mêlée générale et termine la rencontre dans le vestiaire, encore inconscient. Ce sera son dernier match en carrière chez les professionnels. La partie s’est jouée dans un épais brouillard en raison d’une glace ramollie par le temps doux. On dit même qu’Art Ross a compté un but du centre de la patinoire, rondelle que n’a jamais vue Moran. Enfin, l’article du New York Times décrit les prouesses de Joe Malone, auteur des cinq buts de son équipe. Le récit du journaliste est peut-être à l’origine de son surnom le plus connu : « Phantom Joe ». « Joe Malone était rapide comme l’éclair. Il glissait sur la glace comme un fantôme dans un épais brouillard. Son spectre semblait surgir devant chaque adversaire auquel il soutirait toujours la rondelle. »

Une « série mondiale » de hockey

Depuis deux ans, la PCHA demande d’affronter les champions de la coupe Stanley. Québec s’est toujours dit favorable à cet affrontement, mais à la condition de jouer ses matchs à la maison, comme le veulent la tradition et son privilège. En septembre 1912, le Quebec Hockey Club invite New Westminster, club champion de la PCHA en 1911-1912, à l’affronter en décembre, se disant même disposé à s’entraîner sur la glace artificielle du Saint Nicholas Rink de New York pour s’y préparer. Pas une semaine ne passe sans que les journaux relatent les débats entre Lester Patrick d’une part et Mike J. Quinn de l’autre. La PCHA ne veut pas jouer à Québec, et le Skating Rink est trop petit pour rentabiliser le voyage. Patrick propose de
jouer la série à Toronto, en territoire neutre, ce que refuse encore Québec, par respect pour ses partisans. « Défendre la coupe Stanley à l’extérieur de la ville conquérante tuerait le hockey », affirme Quinn. Il est aussi possible que ce dernier n’entende pas accorder de faveur à la PCHA, « voleur » de cinq de ses joueurs depuis 1911. Comme les commissaires de la coupe Stanley n’ont pas le pouvoir de forcer l’équipe championne à jouer ailleurs que chez elle, c’est l’impasse. Le trophée ne sera pas à l’enjeu cette année-là. Lester Patrick tient tout de même à prouver au pays que ses champions peuvent rivaliser avec le Quebec Hockey Club. Il leur offre ainsi 3000 $ pour venir jouer une série de trois rencontres contre les Victoria Aristocrats, champions de la PCHA. Il dit s’inspirer des séries mondiales au baseball qui opposent annuellement les champions des deux ligues majeures. Sans coupe Stanley en jeu, Québec accepte l’offre.

Un looooooong voyage

Remarquez le chandail bleu avec l’écusson qui semble dire "Quebec Hockey Club, Champion NHA 1912-12"

Pause devant un train, en route pour Victoria. Remarquez le chandail bleu avec l’écusson qui semble dire "Quebec Hockey Club, Champion NHA 1912-13". J’ai coloré cette photo de la collection de Joe Malone jr.

Toujours à New York le 15 mars, le Quebec Hockey Club se dirige d’abord à Montréal et poursuit sa route pour le long voyage de près de 6000 km vers l’île de Vancouver. Il s’arrête à Brandon, au Manitoba, le 19 mars, pour un entraînement qui attire beaucoup d’amateurs venus voir trois des leurs : Hall, Mummery et Creighton. L’équipe arrive à Victoria le 22 mars et profite d’un entraînement au Victoria Arena, patinoire de 3500 sièges construite en 1911 au coût de 110 000 $ et dotée d’une surface artificielle. La série décrite par erreur par plusieurs journaux de l’époque comme celle de la coupe Stanley débute le 24 mars. Québec retrouve chez les Aristocrats deux anciens joueurs : le défenseur Goldie Prodger et le centre Tommy Dunderdale, champion compteur de la PCHA. Les règles de la PCHA s’appliquent dans ce premier match. Le hockey se joue encore à sept. Les punitions ne correspondent pas à des amendes comme dans la NHA, mais plutôt à des sentences chronométrées que doivent purger les joueurs fautifs sur le banc des punitions. Près de 5000 spectateurs voient leurs favoris remporter le premier match 7-5. L’arbitre de Victoria Joe Gorman est le « héros » de cette rencontre, alors qu’il refuse un but à Québec. Il punit par la suite Hall et Crawford. Privé de ses joueurs, le Quebec Hockey Club accorde trois buts. « Plusieurs lettres ont été envoyées aux journaux de Victoria dénonçant le traitement injuste qu’on avait infligé au Québec », racontera plus tard Mike J. Quinn à L’Action sociale. Le second match, disputé le 27 mars selon les règles de la NHA, est arbitré par le Wanderer Art Ross. Québec profite de l’inexpérience de Victoria à ce style de jeu. Les Bulldogs l’emportent 6-3, malgré une foule hostile à leur endroit. Voyant l’avantage que procurent les règlements particuliers, Mike J. Quinn et Lester Patrick s’entendent pour scinder en deux le match décisif du 29 mars. Le sort a favorisé les règles de la NHA en première moitié, mais Victoria mène tout de même cette portion du match 2-0. Les Aristocrats de Victoria l’emportent 6-1 pour enlever les honneurs de la série. Québec qui, contrairement aux autres clubs, a fait de très rares permutations de joueurs au cours de la saison, a paru vraiment à bout de souffle. Malone est méconnaissable, ayant puisé dans toutes ses ressources pour jouer le dernier match. Sur les rails depuis près de trois semaines, les joueurs de Québec ont affronté une équipe bien reposée, chez elle, et bien soutenue par de chauvins partisans.

Les Patrick gagnent leur pari. Dès la saison suivante, seuls l’Est et l’Ouest du pays, représentés par leurs meilleures ligues respectives, vont concourir pour la coupe Stanley. Comme si ce n’était pas assez, le Quebec Hockey Club termine son long périple en affrontant deux équipes d’étoiles. D’abord celle des meilleurs joueurs de Vancouver et de New Westminster, dont les « déserteurs » Oatman et McDonald font partie, qui l’emporte 9-3 à Vancouver. Puis, sur le chemin du retour, le 2 avril à Calgary, Québec affronte l’équipe d’étoiles de la NHA d’Art Ross qui a aussi fait le voyage. Privé de Joe Hall demeuré à Vancouver, Joe Malone offre à Carl Kendall, un Québécois des Millionaires de Vancouver qui revient chez lui, la chance de jouer au centre. Ce dernier compte trois buts. Joe Malone, évoluant pour une rare fois à l’aile, enregistre quatre buts dans une victoire de 9-8. Au fil des derniers kilomètres, le Quebec Hockey Club se déleste de presque tous ses membres. Le 7 avril à 18 h 30, les frères Jeff et Joe Malone sont les seuls joueurs de l’équipe à débarquer à la gare de Québec. Le capitaine Joe Malone aura compté 65 buts en 28 parties durant l’hiver, sa meilleure saison en carrière. « Le meilleur centre au monde » a dans ses bagages une nouvelle offre de Lester Patrick qui l’invite cette fois à choisir les conditions monétaires de l’entente. Malone décline l’offre, la ville de Québec étant en voie d’obtenir enfin son premier aréna conçu pour le hockey.

7 buts pour Joe Malone, un record de la LNH qui tient toujours.


Sept buts pour l’imbattable Malone

(extrait du livre "La Coupe à Québec")

C’est le soir le plus sibérien de l’hiver 1920. Le mercure atteint -33 °C. Comme la glace est naturelle, il fait aussi très froid à l’intérieur de l’Aréna. Le club Saint-Patrick de Toronto, troisième au classement, est en ville pour le dernier match de la première moitié de saison. Blâmant la température, les journaux évoquent « la présence d’un maximum de 1200 spectateurs, la plus petite foule de la saison ». Ces braves sont témoins d’un spectacle signé « Phantom » Malone qui passe à l’histoire.

Sommaire du match de sept buts de Joe Malone. La Patrie, 2 février 1920

Sommaire du match de sept buts de Joe Malone. La Patrie, 2 février 1920

Joe Malone compte le premier but du match sur une échappée, puis se fait refuser un but à la fin de la première période. Il donne le ton à sa prestation magique avec les trois buts de son équipe en deuxième période. Les Bulldogs mènent alors 6-4. Le Saint-Patrick, qui a le luxe d’avoir un gardien auxiliaire, remplace Mitchell par Lockhart en troisième période. Après avoir vu Toronto ramener le pointage 7-6, Joe Malone complète son irrésistible poussée. Il compte 3 autres buts dans les 10 dernières minutes du match, le dernier avec 45 secondes à faire. Son équipe remporte la partie 10-6. Malone enregistre sept buts importants dans une cause gagnante par des conditions climatiques épouvantables. On raconte en effet que Corbett Denneny de Toronto a subi une grave engelure à une main. L’Événement décrit l’exploit du fantôme.

 « Joe Malone a joué une de ses parties d’autrefois et a à lui seul compté sept points dans la soirée. Joe était en verve et chaque fois qu’il a eu la chance de trouver un point faible dans la muraille torontoise, il lançait avec une rapidité étonnante [...] ».

Le record est toutefois peu souligné par le Chronicle qui se contente d’annoncer une « performance individuelle inégalée cette saison ». En fait, il s’agit d’un nouveau record de la LNH dont la récente histoire ne compte que 80 matchs en saison régulière. Depuis, plus de 50 000 matchs ont eu lieu sans qu’un autre joueur ne répète l’exploit du 31 janvier 1920.

Le dernier joueur a être passé à un but d’égaler ce record est Darryl Sittler avec les Leafs,  le 7 février 1976.  À voir la liste de tous les joueurs qui ont compté au moins 5 buts dans la LNH.

Joe Malone fils à Québec


Le Soleil, présent à Québec comme il y a 100 ans a consacré beaucoup de place à Joe Malone, le fils cette fois, dans le cadre de sa participation au lancement du livre "La Coupe à Québec: les Bulldogs et la naissance du hockey".  Je vous invite à lire ces articles.

Article sur la Place Joe-Malone.

Opinion de Joe Malone fils sur le livre.

«C’est un bien beau livre et je suis heureux que quelqu’un ait pensé raconter l’histoire des Bulldogs. Ça a commencé l’an passé avec le 100e anniversaire de la Coupe Stanley à Québec. C’est agréable de voir qu’on recommence à s’intéresser à cette partie de l’histoire du hockey.» Tel sont les mots de Joe Malone fils au confrère Ian Bussières du Soleil, livre en main, accompagné de plusieurs membres de sa famille dont son épouse Rita et son fils Brian, au fond. Photo: Le Soleil/Patrice Laroche.

 

 

Encore 6 jours avant le lancement: le Club Québec champion du monde.


Photomontage du photographe Beaudry à partir des photos prises pour une série de cartes postales. Il est intéressant de voir les images de Joe Savard, Dave Beland etc (les 5 d’en bas) qui n’ont finalement vu le jour que dans les journaux. Le sous-titre "champion du monde" illustre bien l’effervescence du moment. Ce n’était pas faux.

13 Mars 1912 : le club Québec défend avec succès la Coupe Stanley.


C’est aujourd’hui, il y a 100 ans, que le club Québec défend avec succès la Coupe Stanley. Opposé aux Victorias de Moncton, il avait triomphé 9-3 lors du premier match, le 11 mars.

Le Canada, 14 mars 1912. Pour lire plus facilement, cliquez sur l'article.

Pour le deuxième match disputé le 13 mars, Moncton est accueilli sur la glace par une marche funèbre, extrait de l’oratorio Saül de Handel, un choix douteux souligné par le Chronicle. N’empêche, l’orchestre connaît son hockey… Oatman et Malone sont grippés et seul ce dernier prend part au match. Malone compte le seul but d’une première période chaudement disputée. Mais le vent tourne en deuxième et Malone quitte la patinoire satisfait, son club en avance 5-0. Le jeune George Leonard jouera la fin de la période avant d’être relevé à son tour en 3e par Walter Rooney. Le futur dentiste de Québec compte le 8e et ultime but du match, son seul chez les professionnels. Une victoire « 100% Québec » car en plus de Rooney, Les québécois Joe Malone et Jack McDonald ont respectivement compté deux et cinq buts. « Mac » a compté neuf buts en deux rencontres. Enfin, le gardien Patrick « Paddy » Moran vétéran de huit  hivers avec l’équipe obtient le premier jeu blanc de l’ère professionnelle de la Coupe Stanley.

Contrairement à la tradition moderne, la coupe argentée n’est pas présentée aux joueurs à la fin de la rencontre, toujours bien en vue dans la vitrine décorée du grand magasin Holt Renfrew. Étonnamment, c’est un groupe de supporteurs qui, en début de 3e période, offrent aux joueurs de jolis médaillons et pinces à cravates en guise de récompenses.

Frénésie, Coupe Stanley et champion du monde : La plus belle saison du "Quebec Hockey Club".


Le 6 mars 2012, Québec célèbrera le 100e anniversaire de sa conquête de la Coupe Stanley. Voici l’histoire de cette saison incroyable, racontée pour la première fois. Ce texte fera partie du livre à paraître à l’automne sous le titre de travail " L’histoire méconnue du Quebec Hockey Club (1878-1920)".

Quebec Hockey Club, 1911-12

La photo d’équipe de 1912, prise possiblement le 12 ou le 13 mars, entre les deux matchs contre Moncton. Eddie Oatman (en médaillon) est malade et rate le match du 13. La Coupe O’Brien, absente de la photo n’est arrivée que le 18.

Dans la boule de cristal de Barney…

Un article de l’Ottawa Citizen du 7 mars 1911 cite le « cover-point » (défenseur) Barney Holden, de retour à Winnipeg en compagnie de son coéquipier Joe Hall du Quebec Hockey Club.

Barney Holden

« Deux coéquipiers natifs de Québec, Jack MacDonald et Joe Malone sont exceptionnels. Le premier est le meilleur attaquant au monde, devant  « Dubbie » Kerr d’Ottawa et le dernier est le meilleur manieur de bâton de la ligue ». Ces compliments sont audacieux, MacDonald n’a obtenu que 14 buts, 18 de moins que l’ailier des Sénateurs et Malone, frêle et souvent à l’écart, n’en a compté que neuf. Du même souffle, il ajoute que « Québec remportera le championnat de la NHA et la Coupe Stanley en 1912 ». Depuis 20 ans, Québec n’a eu que quelques saisons gagnantes, les dernières remontent aux « années Jordan » de 1904 et 1905. Depuis, le Club a cumulé une piètre fiche de 19 victoires contre 42 défaites.

Holden a dû passer pour fou à ce moment, de retour d’une saison de 4 victoires et 12 défaites, bon pour le dernier rang de la National Hockey Association (NHA). Barney ne jouera plus à Québec. Mais l’émergence de Malone et de ses « Blue and Whites» le feront passer pour un véritable prophète.

La course aux joueurs

L’automne 1911 n’annonce rien de bon. La Pacific Coast Hockey Association (PCHA) soutire deux joueurs de Québec, les attaquants Ken Mallen et Tommy Dunderdale. Ce dernier était encore libre car Québec voulait d’abord s’entendre avec l’excellent Odie Cleghorn, 5e buteur de la dernière saison, obtenu d’une loterie à la suite de la dissolution de Renfrew.

Malheureusement, Odie Cleghorn désire plutôt s’aligner avec les Wanderers de Montréal qui ont obtenu son frère Sprague. La cause est entendue par la NHA qui tranche : Québec l’échange aux Wanderers contre 500$. Le Toronto World rapporte que Québec se plaint de « toujours être du côté des décisions défavorables de la ligue ».

Québec a eu dans le passé beaucoup de difficultés à convaincre des joueurs « étrangers » et doit encore chercher ailleurs. Le club aura toutefois la main heureuse, il obtient un joueur alors méconnu, George « Goldie » Prodger, des Colts de Waterloo et John Joseph « Jack » Marks, un « travailleur honnête » que plusieurs joueurs de Québec ont côtoyé par le passé.

Les trois « M » de Québec, Malone, McDonald et Moran sont de retour, même si ce dernier a reçu une offre de 500$ supérieure à celle de Québec pour jouer ailleurs. Quant à « Bad Joe » Hall, il a peut-être connu sa pire saison en carrière avec Québec, blessé sérieusement à l’épaule à son premier match avec l’équipe en janvier 1911. Le gérant de Québec Mike « M.J. » Quinn tente tout de même de le convaincre de revenir. Le 7 décembre, Il est toujours chez lui à Brandon, Manitoba et raconte au Toronto World qu’il préfère s’aligner avec une des deux nouvelles formations de Toronto qui doivent aussi faire partie de la NHA. Il dit garder la forme en s’entrainant avec les joueurs amateurs de sa ville.

Les clubs de Toronto écartés de la ligue faute d’aréna, Hall accepte l’offre de Québec. Sa présence sera déterminante au succès de la saison 1911-12.

12 octobre 1911, Montreal Gazette. La NHA change à jamais le hockey en abolissant le « rover », faisant de ce sport un affrontement entre six joueurs de chaque côté, comme aujourd’hui. Une décision qui plait à Québec, sur la glace comme dans son portefeuille.

Un camp d’entraînement prometteur

Comme le souligne le Quebec Chronicle du 27 novembre : « les joueurs sont déjà à l’entrainement. On peut les voir courir d’un pas rapide sur les rues de l’extérieur de la ville ». Le froid déjà installé, un premier entraînement sur la glace naturelle du Quebec Skating Rink (Patinoir Québec) a lieu le 1er décembre et pour une fois, Québec a de l’avance, alors que le temps doux montréalais empêche ses clubs de s’entraîner pour au moins deux autres semaines.

Fort d’une préparation relevée, menée par l’athlète olympique Dave Beland (1908, le premier athlète olympique natif de Québec) et l’entraineur Chuck Nolan, Québec offre tout un cadeau à ses partisans le 25 décembre : Une victoire de 23-3 contre une équipe composée des meilleurs joueurs amateurs de la ville. Joe Malone inscrit 12 buts et son ami Joe Hall, qu’on dit « brillant » à la défense, en inscrit 6.

Petit rappel: c’est l’époque où la passe avant est interdite, les zones inexistantes, les gardiens doivent rester debout pour effectuer un arrêt et les six joueurs partants demeurent habituellement sur la glace pour les 60 minutes de la partie.

Le film d’une saison Hollywoodienne.

Le 29 décembre, Québec reçoit les Wanderers au vieux Skating Rink pour le premier match d’une longue saison de 18. Les nombreux partisans sont amèrement déçus de cette défaite de 9-5. Un match lamentable selon « An Old Player », qui signe de cette façon son opinion dans le Chronicle: « Goldie Prodger est peut-être précédé d’une bonne réputation, mais sa performance d’hier ne lui obtiendrait pas un poste dans une équipe junior ». Il y va aussi d’une sévère critique envers le gardien « Paddy » Moran de Québec, «  dont le manque de jugement a causé la perte de son équipe. Il a joué de meilleurs matchs par le passé, on ne se rappelle pas l’avoir vu aussi mauvais ».

Un seul match joué et la confiance est fragile. Québec a vendu un record de 1200 billets de saison et la demande unitaire est sans précédant, malgré l’augmentation de 25 cents par siège réservé. En mode panique, les administrateurs du club BJ Kaine et Arthur Derome sont dépêchés à Montréal pour reluquer le talent de joueurs amateurs. Insatisfaits de Moran, on laisse même entendre que Joseph Savard, un autre gardien de Québec pourrait être dans les filets contre Ottawa, le lendemain. Dans les journaux, le club doit nier la rumeur de l’avoir congédié.

Joe Malone (1912), nouveau capitaine du Quebec Hockey Club.

Malgré les menaces et les rumeurs, le sextette de Québec demeure inchangé.  Il joue mieux mais perd ses 2 rencontres suivantes par le même pointage de 5-4. La fiche du Club est 0-3 et selon les plus pessimistes, il est déjà sorti de la course aux championnats. Mais une décision importante coïncide avec le réveil des troupes : lors de l’entraînement suivant, le 8 janvier, il est décidé de confier le poste de capitaine à un jeune homme de 21 ans de Québec, Joe Malone.

Une première victoire !

Le 10 janvier, Québec remporte enfin son premier match de la saison 6-4 contre les Sénateurs. 3000 spectateurs sont témoins d’une très belle partie. « Plusieurs je-vous-l’avais-bien-dit ont pourtant les poches vides » souligne le Quebec Chronicle (une allusion aux parieurs qui affirment avoir prédit la victoire mais qui ont misé le contraire).

Le Club de hockey Québec remporte également le match suivant à Montréal contre les puissants Wanderers par le compte de 5-4. L’Action Sociale dépeint bien l’engouement grandissant du hockey dans la ville.  « Partout où les résultats étaient affichés point par point, une foule nombreuse étaient massée pour connaître l’issue de la joute. Pour ne nommer qu’un endroit, nous citerons le magasin de M. Jos Hunt, tabaconiste de la rue St-Jean où il y avait une foule telle que les tramways pouvaient à peine passer. Le magasin était rempli et à la porte, la foule bloquait la rue ».

Le prochain match à domicile avive la frénésie. Québec gagne 4-2 face au Canadien devant plus de 3500 spectateurs, « la plus grosse foule de l’histoire » selon l’Action Sociale, et des centaines de partisans resteront malheureusement frustrés à la porte, faute de place. « Le besoin d’un aréna se fait sentir de plus en plus ».

Le 13 chanceux…

Après 12 matchs, les quatre clubs de la NHA ont une fiche identique de 6-6. Jamais n’a-t-on assisté à une lutte aussi serrée.

"Paddy Moran crachait du tabac à chiquer dans les yeux de ses adversaires". Sunday Sun, 8 avril 1961

Pour ce 13e match, à Montréal contre le Canadien, Jack McDonald est grippé et malgré qu’il fasse le voyage, l’ailier ne peut prendre part à la rencontre. Il sera remplacé par le « 7e joueur », Jack Marks. Ce dernier a la tâche de couvrir Didier Pitre, de loin le meilleur attaquant du Canadien, actuel meneur chez les buteurs du circuit.

Marks le surveille tellement bien que Pitre n’a plus la tête au jeu. Hors de lui, il s’en prend à Goldie Prodger et lui assène un violent coup de hockey, ce que « Goldie » imite à son tour. Les deux hommes sont chassés du match. La liste des remplaçants épuisée chez le Canadien (un joueur remplacé ne peut revenir au jeu), on termine la troisième période à quatre contre quatre, plus les gardiens.

En deuxième période, Moran est assommé par un tir de ce même Pitre, surnommé « Cannonball », c’est tout dire. Paddy est inconscient et le gérant MJ Quinn vient lui porter secours. Moran s’éveille et s’excite « où est la rondelle ? Est-ce qu’il y a eu but ? ». Remis sur pied, il reprend place « sourire en coin, une marque de la grosseur d’un œuf au visage ». Il n’accorde qu’un seul but, en toute fin de partie, pour une grande victoire de 2-1 contre le Canadien devant plus de 5000 amateurs de hockey.

Pour la première fois de son histoire,  Québec est au premier rang d’une ligue professionnelle.

Une fin de saison fébrile.

"Les patins à lames tubulaires Fleming sont utilisés par toutes les équipes de la National Hockey League"

Le hockey se retrouve systématiquement à la « une » de la rubrique sport de tous les journaux. Plusieurs annonceurs profitent de l’intérêt pour associer leurs commerces au hockey. Le 21 février, Ed Fleming du Quebec Skate Manufacturing and Repair Co., fabricant des patins des joueurs de Québec, fait installer à ses frais une horloge qui permet aux spectateurs de suivre le temps à jouer. Le Chronicle annonce qu’un amateur de Québec garantit $300 aux joueurs s’ils remportent le championnat.

Québec revient le 24 février avec une autre victoire de 2-1 contre les Wanderers. L’Action Sociale titre son récit de la façon suivante : « encore une victoire et Québec aura pratiquement le championnat et sera détenteur de la Coupe Stanley ».

Québec peut s’en approcher grandement en gagnant son match contre le Canadien le 28 février. Aussi, le club s’assure de la présence de ses supporteurs en nolisant un wagon, les billets négociés à 7.95$ aller-retour.

Malheureusement, Québec connaît son pire match depuis le match inaugural et perd 6-3. Vers la fin de la partie, Oatman et Payan ont « jeté leurs bâtons sur la glace » et livré une bagarre, séparés par Goldie Prodger et George Vézina.

Au dernier weekend de la saison, tous les clubs sauf Canadien sont encore dans la course pour le premier rang et la Coupe Stanley.

Le match de l’histoire de Québec.

Le 2 mars 1912, ce 18e et dernier match de la saison pour Québec allait permettre à Joe Malone de se tailler une place parmi les légendes du hockey. Le Club Québec affronte les Sénateurs devant 6000 spectateurs, la meilleure foule de la saison. L’aréna Dey d’Ottawa vrombit dès la première période car son équipe prend rapidement les devants par deux buts. Québec semble désorganisé, comme le match précédant.

Joe Hall. Le 21 mars 1912, une série de 7 cartes postales des principaux joueurs de Québec voit le jour, en vente au coût de $0.35. Les photos proviennent du photographe Beaudry. (Source : collection Watters).

Dans un vestiaire sans doute très silencieux, il est permis de croire que le vétéran robuste défenseur « Bad Joe » Hall concocte un plan, car ses intentions en début de deuxième période semblent être bien planifiées.

Lors d’une mêlée pour la rondelle, Hall donne un coup de coude à la tête d’Albert « Dubbie » Kerr, l’un des meilleurs buteurs de la ligue. Celui-ci réplique et l’arbitre leur sert un avertissement. Hall continue à « lui parler » et Kerr se met à le poursuivre et lui administre un violent coup de poing. Au lieu de répliquer, Hall va se plaindre directement à l’arbitre qui éjecte aussitôt l’attaquant des Sénateurs. Hors de lui, le gardien Percy Lesueur s’en prend aussi à Hall mais échappe au sifflet de l’arbitre Duncan Campbell. Tout ce temps, l’homme à tout faire Dave Beland supplie Hall de « garder sa tête », ce que le dur-à-cuire fait. Son « plan » en dépend.

Récompensé, Il déjoue le gardien aigri d’Ottawa quelques instants plus tard, geste imité ensuite par Malone pour conclure la deuxième période à égalité, 2-2.

La tête refroidie par la pause de 10 minutes, Ottawa reprend rapidement son avance de deux buts, puis domine 5-4 avec quelques minutes à faire. Dès lors, le sextette d’Ottawa se replie en défensive, convaincu de contenir le Club Québec de cette façon pour les quelques minutes restantes.

L’atmosphère frôle la frénésie lorsque que dans la dernière minute de jeu, on apprend aux 6000 spectateurs que dans l’autre match de la ligue, les Canadiens ont battu les Wanderers en surtemps, 2-1. Ottawa n’est donc qu’à quelques secondes du titre de la ligue et d’une deuxième Coupe Stanley de suite.

Dans l’euphorie, on semble avoir perdu de vue le longiligne numéro 4 de Québec. Joe Malone surgit de nulle part, accepte une passe de Hall et lance sur Lesueur. Ce dernier fait l’arrêt avec le genou mais la rondelle bondit devant lui. Le gardien d’Ottawa se précipite sur la rondelle mais Malone l’atteint avant lui, faisant glisser doucement la rondelle « 5 pouces dans le but». Ainsi, Joe Malone inscrit le but égalisateur à sept secondes de la fin de la troisième. C’est le silence.

Une période supplémentaire est donc nécessaire pour déterminer le gagnant de cette importante partie. Imaginez: un spectateur superstitieux lance un fer à cheval à Lesueur qui s’empresse de le fixer à « son » filet.

le premier "20 minutes" demeure sans décision. Si Lesueur et Moran sauvent leur club en maintes occasions, Québec est visiblement plus en forme qu’Ottawa et domine le jeu.

À la 84e minute de jeu, le capitaine Joe Malone, le héros de ce match repère Joe Hall, celui qui a provoqué la relance du club, lui refile la rondelle et Hall compte ! Ce but sera confirmé  après une discussion animée auprès du juge de but Dave Reynolds qui l’avait d’abord refusé. Hall compte ainsi le plus important but de sa carrière. Le plus important de l’histoire du Club Québec.

Les six joueurs québécois ont joué la totalité des 83 minutes et 50 secondes du match pour procurer ce gain historique. Récompensés, ils s’assurent au moins d’une égalité au sommet la NHA.

La folie se transporte en ville !

"Québec ressemble à des champions". Quebec Chronicle, 4 mars 1912.

Les amateurs, dont plusieurs avaient suivi la rencontre par télégraphe sont nombreux (de 4000 à 10 000 personnes selon le Daily Telegraph, La Patrie ou le Chronicle) pour accueillir leurs héros le lendemain à 18h30 à la gare du C.P.R. . Deux corps de musique ont d’ailleurs été dépêchés pour la fête. Les joueurs sont transportés sur les épaules des amateurs sur " un demi-mille" jusqu’à l’Hôtel Victoria où une réception les attend.

C’est là que, quelques jours plus tard, ils prendront « possession » de la Coupe Stanley.

Le 6 mars 1912, Ottawa est à Montréal pour y jouer le dernier match de la saison contre les Wanderers. Ce match avait été remporté préalablement par Ottawa le 24 janvier mais jugé illégal par la ligue car les Sénateurs avaient aligné Fred « Cyclone » Taylor, un joueur qui appartenait légalement aux Wanderers.

Si Ottawa l’emporte, il termine à égalité avec Québec. Une série éliminatoire entre les deux équipes serait alors nécessaire pour déterminer le champion de la N.H.A.

Le quotidien montréalais Le Canada avance que « le triomphe final de Québec est ardemment souhaité par tout le public désireux de voir la Vieille Capitale occuper la place qui lui revient dans tous les sports seniors du pays ».

"Champions du monde et détenteur de la Coupe Stanley" Remarquez la note en bas de page: "maintenant, Est-ce Québec aura un aréna ?" Quebec Daily Telegraph, 7 mars 1912.

"Champions du monde et détenteurs de la Coupe Stanley" Remarquez la note en bas de page: "maintenant, Est-ce que Québec aura un aréna ?" Quebec Daily Telegraph, 7 mars 1912.

Ce soir-là, les joueurs et supporteurs de Québec sont réunis à L’hôtel Victoria et suivent le match but par but grâce au télégraphe. les gestionnaires du club Québec Charles Frémont et BJ Kaine sont à Montréal afin de suivre son déroulement. Heureusement pour Québec, les “Redbands” ont le couteau entre les dents, désireux de venger l’humiliante raclée de 17-5 qu’Ottawa leur a faite subir trois semaines plus tôt.  Ils offrent une performance sans bavure et renversent Ottawa par la marque de 5-2. Lorsque l’information arrive à l’hôtel Victoria, il y est inscrit “Wanderers 5; Ottawa 2; game over”. C’est la fête en ville, encore une fois ! « La bonne nouvelle se répand des corridors de l’hôtel jusqu’aux rues de St-Roch, Limoilou, St-Sauveur, Ville Montcalm et des plaines d’Abraham ». Les journaux racontent que les gens chantent une parodie du succès “What’s the Matter with Father” interprété à l’époque par Fred Duprez dont voici le refrain modifié :

What’s the matter with goaler “Pat” ? (He’s alright).
To Goldie Prodger lift your hat,
(He’s alright).
Joe Hall would make a team alone, Marks and Oatman hold their own,
What’s up with Mac and Joe Malone ?
(They’re alright) !

La Coupe O'Brien, le trophée du championnat de la NHA

Après ses trois défaites d’affilées en début de saison, Québec, sans changer son alignement, termine la saison avec une fiche de 10-8, une victoire de plus que les Sénateurs et les Wanderers. Le Quebec Hockey Club remporte le championnat de la NHA, le trophée O’Brien et devient le nouveau détenteur de la Coupe Stanley. Le lendemain, le commissaire de la Coupe Stanley William Foran autorise le transfert de la Coupe vers Québec et lui ordonne de la défendre contre d’éventuels challengers, comme il en est la coutume. Le seul club au pays à obtenir ce privilège sera les Victorias de Moncton, champions de la ligue professionnelle des Maritimes (Ma.P.H.L.).

Ça sent les séries !

La Coupe Stanley, placée depuis un an dans la vitrine de la bijouterie Henry Birks & Sons de la rue Sparks à Ottawa, déménage le 11 mars dans la vitrine du magasin Holt Renfrew, rue Buade, décorée aux couleurs du Club Québec. « Un grand nombre d’amateurs viennent offrir leur respect pour ce grand trophée qui a trouvé son chemin vers la vieille Capitale ». Le trophée O’Brien, symbole du championnat de la NHA n’est arrivé que le 18 mars et en très mauvais état. Une fois réparé chez « G. Seifert & Sons», rue de la Fabrique, le trophée prend enfin place dans la vitrine du grand magasin.

Les articles abondent, les honneurs pleuvent et les quotidiens, en particulier le Daily Telegraph, bombardent leurs pages d’un vœu cher : « Now, will Quebec get a Arena ? ». Le quotidien invite aussi le conseil de la ville de Québec à contribuer à l’achat de cadeaux et suggère une montre en or.

Reste tout de même les deux matchs à jouer contre Moncton au total des buts et Joe Malone souffre d’une grippe. Il était absent du rassemblement du 6 mars à l’hôtel Victoria et avait raté l’entraînement du lendemain.

Moncton s’amène en ville.

Télégramme de bonne chance d’Art Ross des Wanderers destiné à Joe Malone (Source : Collections Joe Malone jr.)

Les Victorias de Moncton arrivent en ville dimanche le 10 mars en après-midi fort d’un contingent de 40 personnes et logent à l’hôtel St-Louis. Le quotidien Moncton Transcript affirme que Moncton fera bonne impression car "la patinoire de Québec convient à son style de jeu". Cette formation compte dans ses rangs cinq joueurs de l’équipe de Galt, championne de la défunte Ligue Professionnelle de l’Ontario (O.P.H.L), perdante contre les Sénateurs en challenge pour la Coupe Stanley en 1911. Leur joueur étoile est Tommy Smith, un futur « Bulldog » de Québec.

Le 11 mars 1912, le Quebec Skating Club s’anime, moussé par les nombreuses pages consacrées à ce challenge. Pour la toute première fois, un match de la Coupe Stanley est joué à six contre six et le système de pénalité monétaire en vigueur dans la NHA est appliqué.

Sur une glace molle et lente, Québec écrase les champions de la ligue professionnelle des Maritimes par le pointage de 9-3. Malone, toujours affaibli, compte tout de même 3 buts. Son ailier Jack McDonald en ajoute 4, les deux autres appartiennent à Joe Hall. Eddie Oatman qui a lui aussi la grippe est remplacé dès la deuxième période par Jack Marks. Le Chronicle s’avance : « La Coupe Stanley restera à Québec », convaincu que Moncton ne pourra réduire le déficit de six buts dans le deuxième match.

Pour le deuxième match disputé le 13 mars, Moncton est accueilli sur la glace par la marche funèbre, extrait de l’oratorio Saül de Handel, un choix douteux souligné par le Chronicle. N’empêche, l’orchestre connaît son hockey…

Pour ce match, le système des pénalités au banc est utilisé. Oatman n’est pas en uniforme, remplacé par Marks. Joe Malone a prévenu les amateurs : une fois la victoire assurée, il quittera la patinoire au profit de jeunes joueurs.

Malone compte le seul but d’une première période chaudement disputée. Mais le vent tourne en deuxième et Malone quitte la patinoire, son club en avance 5-0. Le jeune George Leonard jouera la fin de la période avant d’être relevé à son tour en 3e par Walter Rooney. Le futur dentiste de Québec compte le 8e et ultime but du match, son seul chez les professionnels. Une victoire « 100% Québec » car en plus de Rooney, Les québécois Joe Malone et Jack McDonald ont respectivement compté deux et cinq buts. « Mac » a compté neuf buts en deux rencontres. Enfin, le gardien Patrick « Paddy » Moran vétéran de huit  hivers avec l’équipe obtient le premier jeu blanc de l’ère professionnelle de la Coupe Stanley.

Contrairement à la tradition moderne, la coupe argentée ne semble pas présentée aux joueurs à la fin de la rencontre, toujours bien en vue dans la vitrine décorée. Étonnamment, c’est un groupe de supporteurs qui, en début de troisième période, offrent aux joueurs de jolis médaillons et pinces à cravates en guise de récompenses.

Immédiatement après la confirmation du championnat, le Daily Telegraph annonce un album souvenir du Club de Hockey Quebec. En vente le 9 mars 1912 au cout de $0.10, il contient 24 pages et 17 photos. (Source : Collections Joe Malone jr.)

Un championnat du monde avec ça ?

Annonce du match "Ottawas et Quebecs" Boston Evening Transcript, 18mars 1912.

Après avoir été écarté de la tournée annuelle en 1911, le Quebec Hockey Club devient soudainement l’incontournable invité de la série de matchs en sol américain contre les autres équipes de la ligue. Les joueurs quittent Québec le vendredi 15 mars, deux jours après la grande victoire et une réception bien arrosée au Quebec Snowshoe Club…

Le tournoi se déroule à Boston et New York et offre une bourse totale de 7 700 $.

Les québécois sont au tout nouvel Boston Arena le 18 mars pour y affronter les Sénateurs pour une première de deux rencontres. Ce match se joue à sept contre sept, comme Ottawa le désire tant. Pourtant, les Sénateurs se font piétiner 9-2. Joe Malone compte trois buts, malgré une amygdalite. Lesueur qui a déjà vécu de meilleurs jours accorde six buts en première période et reçoit une rondelle en plein visage en troisième qui le force à quitter la rencontre, relevé par le défenseur Hamby Shore. Une très rarissime  statistique, gracieuseté du Boston Evening Transcript : le nombre d’arrêts des gardiens. Lesueur en aurait réalisé 19 et son remplaçant Shore trois pour un total de 31 lancers par Québec.  Moran n’aurait reçu que 13 tirs dans tout le match.

La performance d’Ottawa déçoit tellement le promoteur de Boston qu’il refuse de tenir un autre match les impliquant. Dans l’impossibilité de s’entendre, le président de la NHA, Emmett Quinn transfert le second match au St-Nicholas Rink de New York. La querelle fait passer la bourse totale du tournoi à 4 950 $.

À six contre six cette fois, Ottawa l’emporte 5-3 mais perd la série au total des buts. Québec affronte donc les Wanderers en finale, tombeur des Canadiens.

Le « Blue and White » remporte le premier match 5-4 grâce au but gagnant de Joe Hall. But compté après qu’il ait été coupé à la lèvre par une rondelle avec quatre minutes à faire et insisté pour recevoir des points de suture.

Le lendemain, dans un troisième match en quatre soirs, Malone marque quatre fois et aide son équipe à l’emporter 8-4. Québec enlève « le championnat du monde » 13-8 au total des buts. Le club reçoit 1475 $, ce qui couvre à peine les dépenses reliées au voyage. N’empêche, Le Soleil coiffe sa "une" de ce titre : « Le Club de Hockey Québec champion du monde ». Une première consécration  en 34 hivers dont l’histoire est parsemée de frustrations, d’échecs et de démêlées fort médiatisées.

Les honneurs et les exploits arrivent enfin pour la courageuse organisation de Québec qu’on surnommera « Bulldogs » seulement la saison suivante car « il s’agrippe à la Coupe Stanley avec ténacité et persévérance ». Le nouvel aréna "que Joe Malone a bâti" sera construit à temps pour la saison 1913-14.

Il y a 100 ans, Québec était la meilleure ville de hockey au monde.

LE PREMIER MATCH D’ÉTOILES POUR UNE VEUVE DE QUÉBEC.


Action Sociale, 3 janvier 1908. Cliquer pour lire.

Action Sociale, 3 janvier 1908.

Le 23 juin 1907, Hod Stuart, l’un des joueurs les plus importants de la première décennie du 20e siècle meurt accidentellement à Belleville, en Ontario.

Il supervise alors un chantier de construction de son père.  Pendant une pause, il risque un plongeon en terrain méconnu dans la Baie de Quinte. Sa tête percute des rochers et il meurt instantanément, le cou fracturé. Il avait 28 ans.

La nouvelle secoue le monde du hockey, entres autres à Québec où il a joué pendant deux saisons dont celle de 1901-02 en tant que capitaine avant de devenir le premier joueur vedette à franchir la frontière américaine pour jouer au hockey. De retour au pays pour la saison 1906-07, il venait de remporter Coupe Stanley avec les Wanderers de Montréal.

Il laisse dans le deuil deux enfants et sa femme Margaret Loughin qu’il avait rencontré lors de son séjour à Québec. Ils se sont épousés en l’église St-Patrick le 24 mai 1901. C’est pour elle qu’il demeure à Québec un an de plus que son frère, Bruce Stuart, un autre joueur étoile.

cahier souvenir du "match des étoiles", 2 janvier 1908.

cahier souvenir du "match des étoiles", 2 janvier 1908.

En décembre 1907, les Wanderers proposent de jouer un match dont les profits viendront soulager financièrement la famille. Le 2 janvier 1908, 3800 spectateurs assistent au « Hod Stuart Memorial Game », une partie qui oppose les champions de la Coupe Stanley à un groupe des meilleurs joueurs des autres équipes de la E.C.A.H.A.. Au moins un joueur des 5 équipes composent cette formation, comme le veut la coutume aujourd’hui. 3 joueurs de Québec y prennent part : le gardien du Ottawa Percy Lesueur et les joueurs Ed Hogan et Joe Power du Club de Hockey Québec. Tous ont joué en sa compagnie lors de son passage fort apprécié à Québec. Les Wanderers l’emportent 10-7; Joe Power compte 2 des buts des « All-Stars».

L’événement est considéré comme le premier match des étoiles en hockey. Il  permet à Margaret Laughlin d’obtenir tout près de 2 000 $.

Hod Stuart sera du groupe de la première intronisation au Temple de la renommée du hockey en 1945. Son frère Bruce suivra peu de temps avant sa mort en 1961.

Scoop ! Québec a gagné la Coupe Stanley 7 jours avant !


Ça fait longtemps qu’il est écrit que la Coupe Stanley a été gagnée par Québec le 13 mars 1912 à la suite des victoires contre les Victorias de Moncton. C’est aussi ce qui est véhiculé dans les ouvrages de référence, comme mon site par exemple :).

Malheureusement, c’est une erreur que je corrige aujourd’hui: le 13 mars, Québec a bel et bien défendu avec succès la Coupe Stanley qu’elle avait gagnée la semaine précédente.

Voici l’explication: En 1911, le fameux trophée appartient aux Sénateurs d’Ottawa. Pour avoir eu droit à ce trophée, ils avaient d’abord remporté le championnat de la N.H.A., puis gagné les challenges qui les ont opposés à Port Arthur, champion de la New Ontario League et Galt, champion de la Ontario Professionnal Hockey League.

Selon les règles adoptées quelques années plus tôt par les Commissaires de la Coupe Stanley, le gagnant (dans notre cas Ottawa) possède l’illustre trophée jusqu’au couronnement de l’équipe championne de la saison suivante.

Le 6 mars 1912 donc, Ottawa est à Montréal pour y jouer le dernier match de la saison. Si Ottawa l’emporte, il termine à égalité avec Québec. Une série éliminatoire entre les deux équipes serait alors nécessaire pour déterminer le champion de la N.H.A..

Ce soir là, les joueurs de Québec sont réunis à L’hôtel Victoria et suivent le match but par but (on est loin de la Cage aux Sports !) Quelques membres de l’organisation sont à Montréal afin de suivre son déroulement, par intérêt bien sûr, mais aussi afin de s’assurer du respect des règles. Ce match avait été emporté préalablement par Ottawa le 24 janvier (10-6) mais jugé illégal par la ligue car les Sénateurs avaient aligné Cyclone Taylor, un joueur qui appartenait légalement aux Wanderers.

Cette fois, les "Redbands" (ainsi surnommé pour leur grosse ligne rouge horizontale) leur ont fait payer cher cette offense: Les Wanderers offrent une performance sans bavures et renversent Ottawa par la marque de 5-2. Lorsque l’information arrive par télégraphe à l’hôtel Victoria, il y est inscrit "Wanderers 5; Ottawa 2; game over". C’est la fête ! La bonne nouvelle se répand dans les corridors de l’hôtel puis dans les rues de St-Roch, Limoilou, St-Sauveur, Montcalmville jusqu’aux plaines d’Abraham. Les journaux racontent que les gens chantent une parodie du succès "What’s the Matter with Father" interprété à l’époque par Fred Duprez. Voici le refrain version "Québec Hockey Club". Chantez si ça vous chante !

What’s the matter with goaler "Pat" ?

(He’s alright).

To Goldie Prodger lift your hat,

(He’s alright).

Joe Hall would make a team alone, Marks and Oatman hold their own,

What’s up with Mac and Joe Malone ?

(They’re alright) !

Montreal Star, 7 mars 1912.

Montréal Star, 7 mars 1912.

En remportant le championnat de la N.H.A. en 1912, Québec devient détenteur de la Coupe Stanley et doit accepter de la défendre contre un "challenger" autorisé par les commissaires (trustees) de la Coupe Stanley.

Le lendemain, William Foran, commissaire de la Coupe Stanley autorise le transfert de la Coupe vers Québec et ordonne à ceux-ci de la défendre contre Moncton, les 11 et 13 mars suivants.

Voilà qui nous amène au point principal: si le Québec Hockey Club avait perdu cette série de deux rencontres, aurait-il eu droit tout de même d’y inscrire son nom ? La réponse est affirmative. Voilà pourquoi les "Bulldogs" ont d’abord gagné la Coupe Stanley le 6 mars.

3 équipes ont éventuellement inscrit leurs noms sans avoir gagné l’ultime challenge de la saison: les Sénateurs d’Ottawa de 1915, Les Rosebuds de Portland en 1916 et les Millionaires de Vancouver en 1918 avaient remporté le titre de leur ligue qui "détenait" la Coupe Stanley. La disparition de la W.H.L. en 1926 et des challenges inter-ligues allaient dorénavant consacrer le dernier survivant de la L.N.H.

Ça sert à ça, les recherches historiques: rétablir les faits.

6 mars 1912. On a gagné la Coupe Stanley.


Québec, fin mars 1912. L'unique photo de l'équipe gagnante avec la Coupe Stanley. Je suis toujours à la recherche d'un exemplaire de meilleur qualité.

Québec, fin mars 1912. L'unique photo de l'équipe gagnante avec la Coupe Stanley. Je suis toujours à la recherche d'un exemplaire de meilleure qualité.

Le grand décompte est commencé. Un an pour vous offrir le livre historique dont je vous parle depuis longtemps. Parce que le 6 mars 2012, ça fera 100 ans.

LE FIL D’UNE SAISON HOLLYWOODIENNE.

La saison 1911-1912 a été écrite pour un film. 4 bonnes équipes: Canadiens, Wanderers, Ottawa et Québec, la négligée du groupe. Les Bulldogs perdent d’ailleurs leurs 3 premiers matchs, dont 2 à la maison. Dans une saison de 18 parties, c’est comme si les Nordiques avaient perdu 13 matchs en ligne dans une saison de 82 parties. La presse n’est pas tendre, déjà écorchée par la fiche de 4-12 de la saison précédente alors que l’équipe venait de renaître après l’abandon de la saison 1910-11 après seulement 3 parties.

Cette fois, Québec allait renverser sa guigne. La vedette de l’équipe, Joe Malone, allait devenir le meilleur joueur de son époque.

Les Bulldogs, sans changer leur alignement, remportent 10 des 15 matchs suivants et enlèvent le championnat, dans la consternation générale, par une victoire devant Ottawa et Wanderers, deux sur les Canadiens. Ils deviennent alors détenteur de la Coupe Stanley, le 6 mars 1912.

Daily Telegraph, 7 mars 1912. Déjà champions du monde avant la série contre Moncton. Notez la surprenante photo de Paddy Moran dans l'uniforme de Haileybury, son équipe d'un seul hiver (O.P.H.L., 1911).

Daily Telegraph, 7 mars 1912. Déjà champions du monde avant la série contre Moncton. Notez la surprenante photo de Paddy Moran dans l'uniforme de Haileybury, son équipe d'un seul hiver (O.P.H.L., 1911).

Le dernier match de la saison de l’équipe allait marquer la carrière de « Phantom Joe Malone » : Le 2 mars, Québec est à Ottawa. Tard en 3e période, c’est 5-4 pour les Sénateurs. Avec 10 secondes à faire, on annonce à la foule que les Wanderers ont battue les Canadiens. Ottawa n’est donc plus qu’à 10 secondes du championnat de la saison et d’une 2e Coupe Stanley desuite. Mais avec 4 secondes à faire, Joe Malone se faufile entre les défenseurs d’Ottawa et inscrit le but égalisateur, à la décontenance de tous. Une longue période de prolongation de 23 minutes suit avant que le dur à cuire Joe Hall accepte une passe de son ami Joe Malone et compte le but le plus important de sa carrière. De l’histoire de Québec.

Les amateurs, dont plusieurs avaient suivi la rencontre par la transmission des résultats dans les halls d’hôtels de la ville sont nombreux à la Gare de Québec. 10 000 partisans acclament ses héros, selon les journalistes. Une réception est tenue à l’hôtel Victoria. La Coupe Stanley n’est pourtant pas acquise. Peu importe. La fête durera plus de 10 jours.

La Coupe Stanley, alors accordée aux champions de la N.H.A. doit être ensuite disputée selon la formule "challenge" (elle le sera d’ailleurs jusqu’en 1926). Le trophée passera la semaine dans la vitrine de la boutique Holt Renfrew, sur la rue Buade.

Les Victorias de Moncton, 1912. Tommy Smith est le 3e de la 2e rangée.

Les Victorias de Moncton, 1912. Tommy Smith est le 3e de la 2e rangée.

Les Victorias de Moncton obtiennent le droit de défier les Bulldogs en tant que champions de la ligue professionnelle des Maritimes (Ma.P.H.L.). Le quotidien Moncton Transcript affirme que Moncton fera bonne impression car "la patinoire de Québec convient à son style de jeu". Cette formation compte dans ses rangs la plupart des joueurs de l’équipe de Galt, championne de la défunte Ligue Professionnelle de l’Ontario (O.P.H.L). Leur joueur étoile Tommy Smith fera partie des Bulldogs en 1913.

Les 11 et 13 mars 1912, le Québec Skating Club sera bondé. Le hockey prend toute la place dans les journaux anglophones et francophones de Québec. Les Victorias de Moncton sont en ville pour une série de 2 matchs au total des buts. Le 11 mars, Québec suprend les champions de la ligue professionnelle des Maritimes par le pointage de 9-3.

Avec une avance de 6 buts, la domination de Québec ne fait aucun doute. Le 13 mars 1912, elle écrase Moncton par le pointage de 8-0. Le gardien Patrick « Paddy » Moran, citoyen de Québec, vétéran de 8 hivers avec l’équipe obtient le premier jeu blanc du hockey professionnel de l’histoire de la Coupe Stanley.

Une victoire symbolique pour la Ville de Québec : En plus du jeu blanc de Moran, les 8 buts ont été comptés par des joueurs natifs de Québec : Joe Malone (2), Jack MacDonald (5) et Walter Rooney, un joueur substitut.

Quelques jours plus tard, Québec remporte à New York le tournoi annuel regroupant les équipes de la NHA. Le Soleil coiffe sa "une" de ce titre : « Le Club de Hockey Québec champion du monde ».

Ses honneurs, ses exploits arrivent enfin pour la courageuse organisation de Québec. Une première en 34 longs hivers dont l’histoire est fabriquée de frustrations, d’échecs et de démêlées fort médiatisées.

Est-ce que Québec aura maintenant un nouvel aréna ? Toute la semaine, les journaux de Québec ont martelé ce message, un cri d'alarme car le vétuste Quebec Skating Rink des Plaines d'Abraham ne répondait plus aux standards des autres villes de la ligue. L'aréna sera construite au Parc Victoria pour la saison 1913-1914.

Est-ce que Québec aura maintenant un nouvel aréna ? Toute la semaine, les journaux de Québec ont martelé ce message, un cri d'alarme car le vétuste Québec Skating Rink des Plaines d'Abraham ne répondait plus aux standards des autres villes de la ligue. L'aréna sera construite au Parc Victoria pour la saison 1913-1914.

Bien avant l’A.M.H.: Québec 3 Winnipeg 2


annonce de la rencontre entre Winnipeg et Québec
annonce de la rencontre entre Winnipeg et Québec

En cet hiver de l’année 1895, Les Victorias de Winnipeg ont une mission: prouver aux équipes établies qu’il se joue du bon hockey à l’ouest de l’Ontario.

Ils sont en ville, invaincus jusqu’à ce jour dans le cadre d’une triomphante tournée dans l’est du pays. Partout, ils surclassent leurs adversaires chez eux, comme en témoignent de grandes victoires de 5-2 à Ottawa et 5-1 contre le M.A.A.A. (Montréal), détenteur de la Coupe Stanley.

Arrivé le 5 février et logé à l’hôtel St-Louis, les Victorias de Winnipeg sont largement favoris pour l’emporter. Québec vient de subir une rare défaite à la maison quelques jours plus tôt.

À la consternation générale, Québec l’emporte 3-2. Pour une rare fois, la nouvelle du match se retrouve à la première page du Quebec Chronicle.

Du hockey rapide et propre. Les spectateurs ont peut-être eu droit à la plus belle démonstration de hockey à ce jour. Le match le plus scientifique jamais présenté à Québec.

Frank Storr Stocking
Frank Storr Stocking

L’attaquant A.D. Scott a brillé pour Québec y allant du premier et 3e but de son équipe, le dernier brisant l’égalité. Dan Bain, futur membre du Temple de la renommée comptera le 2e but de Winnipeg. Le gardien québécois F.S. Stocking, encore malade et « sous traitement du médecin » aurait joué à ce jour son meilleur match en carrière.

Après le match, le capitaine des Victorias C.J. « Tote » Campbell aurait déclaré au journaliste du Quebec Chronicle qu’il n’avait jamais affronté une aussi bonne équipe. Le journaliste conclu : « ce sera une surprise pour les Montréalais qui croient que Québec ne peut pas gagner une partie proprement ».

Malheureusement, le capitaine Campbell aura un autre discours loin de Québec. Il fait parvenir un télégramme à certains quotidiens dans lequel il blâme le favoritisme des officiels et la conduite des spectateurs pour leur seule et unique défaite du voyage. Heureusement, le Saturday Night de Toronto conclu en ces termes : On dirait que Winnipeg est incapable d’accepter la défaite et de tirer la première leçon que la pratique du sport doit nous enseigner.

Par cette grande victoire, le Club de Hockey Québec avait prouvé être parmi les meilleures équipes au pays.

Les Victorias de Winnipeg
Les Victorias de Winnipeg

Un an plus tard, les Victorias de Winnipeg remporteront la Coupe Stanley, devenant la première équipe à l’extérieur du Québec à réussir l’exploit.  Ses joueurs la remporteront de nouveau en 1901. Leur capitaine Dan Bain est aujourd’hui membre du Temple de la renommée.

Hall et Malone ou Stuart de nouveau inscrit sur la Coupe Stanley ?


La présente série finale de la Coupe Stanley propose trois noms qui sonnent bien à mes oreilles.

Les Penguins comptent sur Adam Hall et Ryan Malone pour l’emporter. De l’autre côté, Les Red Wings alignent le défenseur Brad Stuart.

Évidemment, on retrouve leurs homonymes dans la belle histoire des Bulldogs de Québec. De plus, ils ne sont pas trois mais cinq à avoir déjà remporté la Coupe Stanley et quatre d’entres eux sont membres du Temple de la renommée du hockey.

Joe Hall a joué pour Québec de 1910 à 1917. Il est mort de la grippe espagnole en pleine série de la Coupe Stanley de 1919, à Seattle, alors qu’il était "loué" depuis 2 ans aux Canadiens de Montréal par un Club Québec inactif.

Joe Malone a été l’âme des Bulldogs, de 1908 à 1920. Capitaine et entraîneur, il a établi plusieurs marques avec Québec et le Canadien. Son frère Jeff aura aussi joué quelques matchs avec les Bulldogs.

Bruce Stuart n’a joué que la saison 1901 et a compté 5 buts en 6 parties. Il connaîtra par la suite une brillante carrière avec plusieurs équipes, permettant aux Wanderers de 1908 et à l’Ottawa de 1910 de remporter la Coupe Stanley, enfilant 18 buts en 7 rencontres.

Son grand frère Hod Stuart a disputé les saisons 1901 et 1902 avec Québec. Je me permets une parenthèse. D’abord, il profite de son passage pour rencontrer et épouser une fille de Québec nommée Loughlin. En 1907, il est de l’équipe des Wanderers de Montréal, détentrice de la Coupe Stanley. Quelques mois plus tard, le 23 juin, il meurt en plongeant tête première dans une rivière près de Belleville en Ontario. Sa mort sera à l’origine du tout premier match des étoiles, le 2 janvier 1908 à Montréal. Plusieurs joueurs des Bulldogs s’aligneront dans une équipe de joueurs étoiles contre les Wanderers. L’évènement, créé pour venir en aide à sa veuve et ses deux enfants, permettra d’amasser plus de $ 2 000.

Astérix chez les Bulldogs


"Dug" de Sherbrooke m’a posé cette question la semaine dernière.

« J’ai déjà vu quelque part, v’la longtemps, un astérisque à côté de la 2e Coupe des Bulldogs qui disait: "victoire non officielle". Sais-tu pourquoi? Je ne le sais pas du tout et je me le suis toujours demandé.»

Cher Dug, c’est une vraie victoire et l’astérisque, quoique très rarement publié, origine d’une situation que je vous explique ici.

En 1912-13, Québec connait une saison record de 16-4 dans le NHA. Cette première place au classement de la ligue lui permet d’obtenir la chance d’être d’une série l’opposant à l’équipe de Sydney, championne de la Ligue Professionnelle des Maritimes, à Québec. Les 8 et 10 mars 1913, Québec l’emporte 20-5 (total des buts des 2 parties). Le capitaine et entraineur-chef Joe Malone inscrit 9 buts dans la première rencontre (14-3) et a cru bon ne pas jouer dans la seconde, remportée 6-2. Un gentleman !

Déclassées plus souvent qu’à leur tour, les équipes des provinces atlantiques n’ont plus jamais eu droit de conquérir la Coupe Stanley. Un vent de l’ouest dominait…

Le 11 mars (pas le temps de célébrer), Québec quitte la ville pour une série de matchs de démonstration à New York, comme c’est la coutume. Aussitôt les matchs terminés, l’équipe continue sa route en train vers Victoria, championne de la PCHA, pour une série de 3 parties.

Comme Victoria possédait la première glace artificielle au pays, elle pouvait tenir les matchs à la fin du mois de mars.

Quebec Chronicle, 24 mars 1913

Québec a donc fait le long voyage et joué trois fois là-bas. Ils ont perdu deux fois, lors des matchs 1 et 3 joués avec les réglements en vigueur dans l’ouest (7 joueurs par équipe sur la glace). Le deuxième match fût gagné avec les règlements de l’est (déjà à 6 joueurs comme aujourd’hui).

Victoria a donc battu Québec… lors de parties hors-concours.

Les Commissaires (trustees) de la Coupe Stanley n’avaient jamais endossé ce challenge. Dès le départ, Victoria et Québec savaient que ce ne serait que des parties hors-concours. De toute façon, dans la tradition, l’équipe qui défendait la Coupe jouait ses matchs à domicile.

Mais pourquoi avoir refusé ce challenge ?

Par vengeance, peut-être. C’est mon interprétation. Les recherches ont démontré que les Patricks, habiles promoteurs de cette nouvelle ligue pro de l’ouest, avaient ouvertement tenté de déstabiliser la NHA en faisant du pillage systématique dans 2 de ses 4 équipes dont les champions, Québec. À l’automne 1912, ils ont offerts des contrats lucratifs à tous les joueurs titulaires des Bulldogs. Goldie Prodgers, Eddie Oatman et un gars de Québec, Jack Macdonald ont accepté de quitter l’équipe pour l’aventure. Joe Malone, Paddy Moran et Joe Hall ont préféré demeurer fidèles à l’équipe.

L’année suivante, il fût décidé que les équipes championnes des deux ligues devraient s’affronter pour l’ultime trophée. Vancouver l’emportera en 1915. Cette entente a durée jusqu’en 1926. À ce moment, la Coupe Stanley est demeurée et demeure aujourd’hui la propriété exclusive de la LNH.

Sur la Coupe Stanley, ont peut y lire "Québec 1912-13". Sans astérisque.

Rencontre avec Joe Malone jr.


Lors du weekend du centenaire de la Commission des champs de bataille des Plaines d’Abraham, j’ai eu l’immense plaisir de rencontrer Monsieur Joe Malone jr, son épouse Rita et sa fille. Des gens d’une grande générosité qui avaient bien du mal à contenir leur joie devant tant de gens s’arrêtant devant leur trésor: deux grands cartables remplis de coupures de journaux d’époque relatant les nombreux exploits du plus grand joueur offensif de l’histoire du hockey de Québec. Le tout avait été collectionné par la mère de Joe, puis par Joe Malone lui-même. Joe Malone fils a fait relier et plastifier le tout, au grand malheur des collectionneurs, qui voulaient lui acheter les originaux à prix d’or, mais au bonheur de sa famille qui en gardera à jamais les souvenirs.

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Je suis très honoré d’être entre Rita et Joe Malone jr.

Le dimanche matin (16 mars 2008), dans le calme d’une chambre d’hôtel du Concorde, j’ai eu le privilège de m’entretenir près d’une heure avec Monsieur Malone. Un homme humble et généreux comme son père, tel que décrit dans les trop rares écrits le concernant. À 84 ans, il est d’une vivacité exemplaire et constitue une référence inestimable. J’ai réalisé un premier tournage dans le cadre du documentaire à venir et ses récits resteront à jamais gravés sur ruban.

Joe Malone jr est né en 1923, à Montréal. Il est le seul "unilingue" de la famille : son père est né en 1890 d’une mère francophone à Sillery et sa femme Rita l’a enseigné à ses enfants. « Mon père m’a fait jouer dans des équipes de hockey mineur francophone de Montréal pour que je baigne dans un monde "français" mais tout le monde me parlait anglais », dit-il pratiquement en s’excusant.

Retraité du hockey professionnel en 1924, Joe Malone n’a pu évoluer devant son fils dans la LNH. Malone junior se rappelle toutefois de deux occasions: Dans le cadre d’un match des anciens en l’honneur du regretté Howie Morenz, et lors d’un match père-fils. « Il a compté 2 buts en quelques minutes et a quitté la patinoire, prétextant n’avoir pas sa place ici ».

« Je crois qu’il n’était pas capable de baisser son niveau de jeu », de préciser sa fille en souriant.

Il a joué au niveau universitaire avec McGill mais n’a jamais été l’ombre de son illustre père. « On m’a surclassé dans des équipes simplement à cause de mon père et malheureusement,  je n’étais pas à la hauteur ! ».

Il garde un souvenir douloureux de l’intronisation de son père au temple de la renommée du hockey en 1950. « Ce jour là, lors d’un match de baseball, j’ai reçu un bâton en pleine mâchoire et j’ai perdu 3 dents».

Tout au cours de l’entrevue, il tient tout près de lui ses cartables remplis des exploits du numéro 4 des Bulldogs. Lors de la saison 1944-45 où Maurice Richard éclipsait la marque de 44 buts en une saison de son père, les journalistes réquisitionnaient les archives de la famille Malone. «Il disait à maman de leur remettre et se cachait dans une pièce derrière. Il n’aimait pas les entrevues le concernant et minimisait constamment ses exploits», d’ajouter celui qui a vu et apprécié la scène racontée dans le film "The Rocket" (Maurice Richard) où le grand numéro 9 s’incline et salue Joe Malone présent dans l’assistance. «Il y était, comme aux matchs précédents, car monsieur Richard a pris plusieurs matchs pour enfiler son 45e but. Il appréciait beaucoup Maurice Richard et considérait son exploit bien plus grand.»

Lorsqu’on lui demande si son illustre père a obtenu toute la reconnaissance possible, il répond par l’affirmative, humblement, comme Joe senior l’aurait fait.

J’ai très hâte de raconter la suite. Une autre rencontre est prévue chez lui, à London en Ontario.

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Très belle photo de Joe Malone jr, la Coupe Stanley et du comédien jouant le rôle du grand Joe Malone pour les célébrations du centenaire de la commission des Champs de bataille des Plaines d’Abraham. (source: cyberpresse/Le Soleil).

 

 

 

15-16 mars 2008: la Coupe Stanley à Québec et les Bulldogs à la télé !


Les Bulldogs de Québec reprennent vie, le temps d’un week-end. Mais quel week-end !

400x.jpgJe vous invite d’abord à regarder l’émission 400 fois Québec de ma collègue Catherine Lachaussée à la télé de Radio-Canada (Samedi, 15 mars, 17h00). La journaliste Catherine-Ève Gadoury et le réalisateur Martin Roberge m’ont rencontré afin d’en savoir un peu plus sur cette équipe méconnue.

100-ans.jpgAussi, comme souligné plus tôt, la Commission des champs de bataille nationaux célèbre cette année son centenaire. On vient d’apprendre les détails du lancement des célébrations, prévu les 15 et 16 mars à la maison de la découverte. J’ai personnellement collaborer à cette évènement.

Voici un aperçu du volet qui nous intéresse:

Pour rappeler la victoire des Bulldogs de Québec, la célèbre coupe Stanley, l’emblème de la suprématie au hockey et le plus ancien trophée d’Amérique du Nord tous sports professionnels confondus, reviendra sur les plaines d’Abraham. La précieuse coupe de la Ligue nationale de hockey sera bien entourée pour son retour historique. Elle sera accompagnée cette fois d’anciens joueurs des Nordiques de Québec, franchise déménagée à Denver en 1995 et connue aujourd’hui sous le nom de Avalanche du Colorado. Les Pierre Aubry, André Dupont, Pierre Lacroix, Dave Pichette, Alain Côté et Réal Cloutier se partageront la scène pour signer des autographes auprès de leurs fans. Apportez vos appareils photos et vos carnets de signature.

D’autres personnalités du monde du hockey reprendront vie et se prêteront également au jeu des autographes. Les visiteurs pourront collectionner es cartes autographiées d’hockeyeurs aujourd’hui disparus des Bulldogs de Québec : Joseph (Joe) Malone, Kenneth (Ken) Robert Mallen, Jack Patrick Mac Donald, Patrick Joseph (Paddy) Moran. Des descendants de Joseph (Joe) Malone, joueur vedette des Bulldogs de Québec, se joindront aussi aux festivités. Joe Malone jr (fils du hockeyeur), son épouse Rita et leur petitfils Jonathan Montpetit seront heureux d’échanger avec les visiteurs qui pourront consulter leurs albums de découpures de journaux d’époque, des photos de leur talentueux ancêtre, ainsi qu’un programme de 1912-1913.


Un photographe.


Montminy. Le nom que je cherchais depuis très longtemps. Le nom du photographe qui posa pour la postérité les grands champions du "Club Québec" de 1912 et 1913. Voici l’histoire derrière la trouvaille.

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Cette photo abondamment recopiée a été prise à la suite de la Coupe Stanley remportée  en 1913.  Remarquez le mur au fond.

Il y a quelques années, je suis tombé sur une autre photo d’équipe, celle de l’équipe St-George, championne junior à Québec en 1911.

 

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L’homme couché à gauche est George Carey, un "rover" (joueur à tout faire à l’époque du hockey à 7) qui jouera plus tard pour Québec dans la NHA et NHL ainsi que Toronto et Hamilton dans la NHL. Mais l’important ici n’a pas de chandail; c’est le mur au fond. Le même que celui des Bulldogs.

Au bas de la photo, le nom du photographe M.-A. Montminy.

 

 

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Le même mur, soit. Rien ne m’assurait toutefois qu’il s’agissait du même photographe. Récemment, j’ai eu droit à une photo version "élargie" de la conquête de 1913, ayant servi de carte postale.

 

 

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Plus de doute, il s’agit du même photographe. Marc-Alfred Montminy (appelé aussi Alfred-Marc Montmigny) est né en 1859 ou 1860 au Québec et travaille d’abord sur la rue St-Joseph. Il établit le studio qui nous concerne sur la rue Couillard en 1889. Il se spécialise dans les photos de famille et les annuaires commerciaux de Québec. Le 11 juin 2007, Monsieur Yves Beauregard a fait don d’une partie de sa collection de photographies au Musée national des beaux-arts du Québec. Quelques 80 photos de Montminy s’y retrouvent. Quelques œuvres de la collection sont déjà reproduites au Café du Musée mais l’essentiel sera accessible au grand public à l’automne 2008 afin de souligner les 400 ans de la ville de Québec.

Suite de l’enquête : Voir si la collection de Monsieur Beauregard contient des clichés qui nous intéressent. À suivre…

On a gagné la Coupe Stanley sur les plaines d’Abraham


pub-stanley-cup-10-mars-1913-www.jpg

De 1888 à 1918, les plaines d’Abraham hébergent le Quebec Skating Rink, un toit sur une glace naturelle à Québec. Il n’est pas rare de lire que 2000 spectateurs s’y retrouvent pour applaudir les exploits du club Québec. L’aréna était situé tout près de la porte St-Louis, à côté du manège militaire.

 

 

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Le Quebec skating Rink, fin du XIXe siècle. Remarquez l'absence de bande.

Les 15 et 16 mars prochain, la Commission des champs de bataille nationaux célèbre ses 100 ans. On y présentera entres autres, la Coupe Stanley et une exposition de la grande équipe de Québec. Voilà une belle occasion de remarquer les noms des grands joueurs de l’équipe, à jamais gravés sur ce prestigieux trophée.

Le texte suivant est tirée du site civilisations.ca

La toute première patinoire couverte au monde fut édifiée à Québec en 1851 sur un quai du fleuve Saint-Laurent. Elle ressemblait à un hangar et mesurait un peu plus de 36 mètres de long sur 18 de large. Le « Club House », comme on l’appelait, était suffisamment froid à l’intérieur pour que, lorsque le plancher était recouvert d’eau au début de la saison, il se transforme rapidement en une surface de glace dure. L’intérieur de cette première patinoire couverte était très rudimentaire et ne comportait aucune décoration. La conception des patinoires intérieures ultérieures mettait davantage l’accent sur le confort des patineurs et des spectateurs.

Parmi les autres patinoires couvertes importantes construites à Québec, mentionnons-en trois qui furent construites successivement pour le Quebec Skating Club : la première sur la Grande Allée, en 1864; la deuxième, également sur la Grande Allée, en 1878; et la troisième, à l’extérieur de la porte Saint-Louis, près des Plaines d’Abraham, en 1888-1889. Cette patinoire fut utilisée par la population de Québec jusqu’à sa démolition, en 1911 (FAUX: C’EST PLUS TARD: REGARDEZ LA PUBLICITÉ PLUS HAUT DANS LE TEXTE).

Pendant son séjour à Québec, entre 1861 et 1866, Frances Monck, auteure d’un journal intime, chroniqueuse et observatrice de la société à l’époque de la Confédération, se rendit souvent au Quebec Skating Club, où elle observait les patineurs depuis un des canapés réservés aux dignitaires. Elle disait qu’il y faisait froid et humide malgré le poêle à bois, et elle s’habillait en conséquence, comme elle le notait dans son journal de 1865 :

[TRADUCTION] Pour le bal sur la patinoire, j’ai mis des chaussettes montantes et des bottes, et des vêtements chauds sous mon manteau en peau de phoque, ainsi que mon bonnet de fourrure plutôt qu’une couronne!… À notre arrivée, j’ai été frappée par la nouveauté et l’attrait du décor; la patinoire était éclairée au gaz et décorée de drapeaux et d’ornements; des tables avec des boissons avaient été dressées sur la glace, et la fanfare du 25e jouait.

Coupe Stanley à Québec – 15 – 16 mars 2008

La Commission des champs de bataille nationaux invite la population à célébrer son 100e anniversaire lors d’une fête populaire au Manège militaire les 15 et 16 mars prochain. Au programme: animation et kiosques sur divers aspects du parc d’hier à aujourd’hui, venue exceptionnelle de la Coupe Stanley et séance d’autographe ave des personnalités du monde du hockey, projection en première du nouveau documentaire de l’ONF sur les plaines d’Abraham comme site rassembleur, gâteau du 100e anniversaire, thé du centenaire au Morrin Centre (16 mars à 17h, réservation requise, droits d’entrée), exposition multimédia Odyssée (accès gratuit à la Maison de la découverte), etc. Et c’est gratuit.

 

13 mars 1912: version française du compte-rendu de la conquête de la Coupe Stanley de “Québec”.


La Patrie, un quotidien de Montréal fait grand état de la victoire de 8-0 de Québec sur Moncton. L’équipe remporte donc sa première de 2 Coupes Stanley. L’article est plus complet que celui du Quebec Chronicle. Je vous invite à constater le style très descriptif du journaliste qui, comme c’est l’habitude à cette époque, ne signe pas son texte et ne raconte aucune entrevue.

la patrie 14 mars 1912

13 mars 1912: Québec remporte la Coupe Stanley


Le Quebec Chronicle publie le 14 mars 1912 un article sur la 2e rencontre opposant le Quebec Hockey Club à Moncton, club des maritimes autorisé par les "gardiens" de la Coupe pour mettre au défi les champions de l’Association Nationale de Hockey, l’ancêtre de la LNH. La confrontation se composait de deux rencontres au total des buts, une pratique encore existante en soccer. Québec gagne donc 17-3, 8-0 le 13 mars et 9-3 la veille.

L’as de Québec, Joe Malone, est remplacé très tôt dans la rencontre, pratique peu courante à l’époque avec raison; comme au soccer, un joueur remplacé ne pouvait revenir au jeu. Jack MacDonald, un joueur originaire de Québec compta 5 buts. Au total, ils comptèrent 14 des 17 buts de l’équipe.

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