Les clichés oubliés: Les Crescents champions !


D’ici la parution du livre "La Coupe à Québec, les Bulldogs et la naissance du hockey" le 14 novembre, je vous offre des photos qui n’ont pas fait l’objet de la sélection finale. Imaginez la qualité du livre !

Le trophée de la catégorie intermédiaire de la Canadian Amateur Hockey League (CAHL-I). Aujourd’hui au Temple de la renommée du hockey, il montre au centre l’écusson "1901 – Won by Crescents of Quebec". Il représente le premier championnat de hockey remporté par une équipe de la Capitale.

Le trophée de la CAHL-Intermédiaire remporté par les Crescents en 1901.

Je vous invite à lire mon texte sur l’histoire des Crescents de Québec.

Frénésie, Coupe Stanley et champion du monde : La plus belle saison du "Quebec Hockey Club".


Le 6 mars 2012, Québec célèbrera le 100e anniversaire de sa conquête de la Coupe Stanley. Voici l’histoire de cette saison incroyable, racontée pour la première fois. Ce texte fera partie du livre à paraître à l’automne sous le titre de travail " L’histoire méconnue du Quebec Hockey Club (1878-1920)".

Quebec Hockey Club, 1911-12

La photo d’équipe de 1912, prise possiblement le 12 ou le 13 mars, entre les deux matchs contre Moncton. Eddie Oatman (en médaillon) est malade et rate le match du 13. La Coupe O’Brien, absente de la photo n’est arrivée que le 18.

Dans la boule de cristal de Barney…

Un article de l’Ottawa Citizen du 7 mars 1911 cite le « cover-point » (défenseur) Barney Holden, de retour à Winnipeg en compagnie de son coéquipier Joe Hall du Quebec Hockey Club.

Barney Holden

« Deux coéquipiers natifs de Québec, Jack MacDonald et Joe Malone sont exceptionnels. Le premier est le meilleur attaquant au monde, devant  « Dubbie » Kerr d’Ottawa et le dernier est le meilleur manieur de bâton de la ligue ». Ces compliments sont audacieux, MacDonald n’a obtenu que 14 buts, 18 de moins que l’ailier des Sénateurs et Malone, frêle et souvent à l’écart, n’en a compté que neuf. Du même souffle, il ajoute que « Québec remportera le championnat de la NHA et la Coupe Stanley en 1912 ». Depuis 20 ans, Québec n’a eu que quelques saisons gagnantes, les dernières remontent aux « années Jordan » de 1904 et 1905. Depuis, le Club a cumulé une piètre fiche de 19 victoires contre 42 défaites.

Holden a dû passer pour fou à ce moment, de retour d’une saison de 4 victoires et 12 défaites, bon pour le dernier rang de la National Hockey Association (NHA). Barney ne jouera plus à Québec. Mais l’émergence de Malone et de ses « Blue and Whites» le feront passer pour un véritable prophète.

La course aux joueurs

L’automne 1911 n’annonce rien de bon. La Pacific Coast Hockey Association (PCHA) soutire deux joueurs de Québec, les attaquants Ken Mallen et Tommy Dunderdale. Ce dernier était encore libre car Québec voulait d’abord s’entendre avec l’excellent Odie Cleghorn, 5e buteur de la dernière saison, obtenu d’une loterie à la suite de la dissolution de Renfrew.

Malheureusement, Odie Cleghorn désire plutôt s’aligner avec les Wanderers de Montréal qui ont obtenu son frère Sprague. La cause est entendue par la NHA qui tranche : Québec l’échange aux Wanderers contre 500$. Le Toronto World rapporte que Québec se plaint de « toujours être du côté des décisions défavorables de la ligue ».

Québec a eu dans le passé beaucoup de difficultés à convaincre des joueurs « étrangers » et doit encore chercher ailleurs. Le club aura toutefois la main heureuse, il obtient un joueur alors méconnu, George « Goldie » Prodger, des Colts de Waterloo et John Joseph « Jack » Marks, un « travailleur honnête » que plusieurs joueurs de Québec ont côtoyé par le passé.

Les trois « M » de Québec, Malone, McDonald et Moran sont de retour, même si ce dernier a reçu une offre de 500$ supérieure à celle de Québec pour jouer ailleurs. Quant à « Bad Joe » Hall, il a peut-être connu sa pire saison en carrière avec Québec, blessé sérieusement à l’épaule à son premier match avec l’équipe en janvier 1911. Le gérant de Québec Mike « M.J. » Quinn tente tout de même de le convaincre de revenir. Le 7 décembre, Il est toujours chez lui à Brandon, Manitoba et raconte au Toronto World qu’il préfère s’aligner avec une des deux nouvelles formations de Toronto qui doivent aussi faire partie de la NHA. Il dit garder la forme en s’entrainant avec les joueurs amateurs de sa ville.

Les clubs de Toronto écartés de la ligue faute d’aréna, Hall accepte l’offre de Québec. Sa présence sera déterminante au succès de la saison 1911-12.

12 octobre 1911, Montreal Gazette. La NHA change à jamais le hockey en abolissant le « rover », faisant de ce sport un affrontement entre six joueurs de chaque côté, comme aujourd’hui. Une décision qui plait à Québec, sur la glace comme dans son portefeuille.

Un camp d’entraînement prometteur

Comme le souligne le Quebec Chronicle du 27 novembre : « les joueurs sont déjà à l’entrainement. On peut les voir courir d’un pas rapide sur les rues de l’extérieur de la ville ». Le froid déjà installé, un premier entraînement sur la glace naturelle du Quebec Skating Rink (Patinoir Québec) a lieu le 1er décembre et pour une fois, Québec a de l’avance, alors que le temps doux montréalais empêche ses clubs de s’entraîner pour au moins deux autres semaines.

Fort d’une préparation relevée, menée par l’athlète olympique Dave Beland (1908, le premier athlète olympique natif de Québec) et l’entraineur Chuck Nolan, Québec offre tout un cadeau à ses partisans le 25 décembre : Une victoire de 23-3 contre une équipe composée des meilleurs joueurs amateurs de la ville. Joe Malone inscrit 12 buts et son ami Joe Hall, qu’on dit « brillant » à la défense, en inscrit 6.

Petit rappel: c’est l’époque où la passe avant est interdite, les zones inexistantes, les gardiens doivent rester debout pour effectuer un arrêt et les six joueurs partants demeurent habituellement sur la glace pour les 60 minutes de la partie.

Le film d’une saison Hollywoodienne.

Le 29 décembre, Québec reçoit les Wanderers au vieux Skating Rink pour le premier match d’une longue saison de 18. Les nombreux partisans sont amèrement déçus de cette défaite de 9-5. Un match lamentable selon « An Old Player », qui signe de cette façon son opinion dans le Chronicle: « Goldie Prodger est peut-être précédé d’une bonne réputation, mais sa performance d’hier ne lui obtiendrait pas un poste dans une équipe junior ». Il y va aussi d’une sévère critique envers le gardien « Paddy » Moran de Québec, «  dont le manque de jugement a causé la perte de son équipe. Il a joué de meilleurs matchs par le passé, on ne se rappelle pas l’avoir vu aussi mauvais ».

Un seul match joué et la confiance est fragile. Québec a vendu un record de 1200 billets de saison et la demande unitaire est sans précédant, malgré l’augmentation de 25 cents par siège réservé. En mode panique, les administrateurs du club BJ Kaine et Arthur Derome sont dépêchés à Montréal pour reluquer le talent de joueurs amateurs. Insatisfaits de Moran, on laisse même entendre que Joseph Savard, un autre gardien de Québec pourrait être dans les filets contre Ottawa, le lendemain. Dans les journaux, le club doit nier la rumeur de l’avoir congédié.

Joe Malone (1912), nouveau capitaine du Quebec Hockey Club.

Malgré les menaces et les rumeurs, le sextette de Québec demeure inchangé.  Il joue mieux mais perd ses 2 rencontres suivantes par le même pointage de 5-4. La fiche du Club est 0-3 et selon les plus pessimistes, il est déjà sorti de la course aux championnats. Mais une décision importante coïncide avec le réveil des troupes : lors de l’entraînement suivant, le 8 janvier, il est décidé de confier le poste de capitaine à un jeune homme de 21 ans de Québec, Joe Malone.

Une première victoire !

Le 10 janvier, Québec remporte enfin son premier match de la saison 6-4 contre les Sénateurs. 3000 spectateurs sont témoins d’une très belle partie. « Plusieurs je-vous-l’avais-bien-dit ont pourtant les poches vides » souligne le Quebec Chronicle (une allusion aux parieurs qui affirment avoir prédit la victoire mais qui ont misé le contraire).

Le Club de hockey Québec remporte également le match suivant à Montréal contre les puissants Wanderers par le compte de 5-4. L’Action Sociale dépeint bien l’engouement grandissant du hockey dans la ville.  « Partout où les résultats étaient affichés point par point, une foule nombreuse étaient massée pour connaître l’issue de la joute. Pour ne nommer qu’un endroit, nous citerons le magasin de M. Jos Hunt, tabaconiste de la rue St-Jean où il y avait une foule telle que les tramways pouvaient à peine passer. Le magasin était rempli et à la porte, la foule bloquait la rue ».

Le prochain match à domicile avive la frénésie. Québec gagne 4-2 face au Canadien devant plus de 3500 spectateurs, « la plus grosse foule de l’histoire » selon l’Action Sociale, et des centaines de partisans resteront malheureusement frustrés à la porte, faute de place. « Le besoin d’un aréna se fait sentir de plus en plus ».

Le 13 chanceux…

Après 12 matchs, les quatre clubs de la NHA ont une fiche identique de 6-6. Jamais n’a-t-on assisté à une lutte aussi serrée.

"Paddy Moran crachait du tabac à chiquer dans les yeux de ses adversaires". Sunday Sun, 8 avril 1961

Pour ce 13e match, à Montréal contre le Canadien, Jack McDonald est grippé et malgré qu’il fasse le voyage, l’ailier ne peut prendre part à la rencontre. Il sera remplacé par le « 7e joueur », Jack Marks. Ce dernier a la tâche de couvrir Didier Pitre, de loin le meilleur attaquant du Canadien, actuel meneur chez les buteurs du circuit.

Marks le surveille tellement bien que Pitre n’a plus la tête au jeu. Hors de lui, il s’en prend à Goldie Prodger et lui assène un violent coup de hockey, ce que « Goldie » imite à son tour. Les deux hommes sont chassés du match. La liste des remplaçants épuisée chez le Canadien (un joueur remplacé ne peut revenir au jeu), on termine la troisième période à quatre contre quatre, plus les gardiens.

En deuxième période, Moran est assommé par un tir de ce même Pitre, surnommé « Cannonball », c’est tout dire. Paddy est inconscient et le gérant MJ Quinn vient lui porter secours. Moran s’éveille et s’excite « où est la rondelle ? Est-ce qu’il y a eu but ? ». Remis sur pied, il reprend place « sourire en coin, une marque de la grosseur d’un œuf au visage ». Il n’accorde qu’un seul but, en toute fin de partie, pour une grande victoire de 2-1 contre le Canadien devant plus de 5000 amateurs de hockey.

Pour la première fois de son histoire,  Québec est au premier rang d’une ligue professionnelle.

Une fin de saison fébrile.

"Les patins à lames tubulaires Fleming sont utilisés par toutes les équipes de la National Hockey League"

Le hockey se retrouve systématiquement à la « une » de la rubrique sport de tous les journaux. Plusieurs annonceurs profitent de l’intérêt pour associer leurs commerces au hockey. Le 21 février, Ed Fleming du Quebec Skate Manufacturing and Repair Co., fabricant des patins des joueurs de Québec, fait installer à ses frais une horloge qui permet aux spectateurs de suivre le temps à jouer. Le Chronicle annonce qu’un amateur de Québec garantit $300 aux joueurs s’ils remportent le championnat.

Québec revient le 24 février avec une autre victoire de 2-1 contre les Wanderers. L’Action Sociale titre son récit de la façon suivante : « encore une victoire et Québec aura pratiquement le championnat et sera détenteur de la Coupe Stanley ».

Québec peut s’en approcher grandement en gagnant son match contre le Canadien le 28 février. Aussi, le club s’assure de la présence de ses supporteurs en nolisant un wagon, les billets négociés à 7.95$ aller-retour.

Malheureusement, Québec connaît son pire match depuis le match inaugural et perd 6-3. Vers la fin de la partie, Oatman et Payan ont « jeté leurs bâtons sur la glace » et livré une bagarre, séparés par Goldie Prodger et George Vézina.

Au dernier weekend de la saison, tous les clubs sauf Canadien sont encore dans la course pour le premier rang et la Coupe Stanley.

Le match de l’histoire de Québec.

Le 2 mars 1912, ce 18e et dernier match de la saison pour Québec allait permettre à Joe Malone de se tailler une place parmi les légendes du hockey. Le Club Québec affronte les Sénateurs devant 6000 spectateurs, la meilleure foule de la saison. L’aréna Dey d’Ottawa vrombit dès la première période car son équipe prend rapidement les devants par deux buts. Québec semble désorganisé, comme le match précédant.

Joe Hall. Le 21 mars 1912, une série de 7 cartes postales des principaux joueurs de Québec voit le jour, en vente au coût de $0.35. Les photos proviennent du photographe Beaudry. (Source : collection Watters).

Dans un vestiaire sans doute très silencieux, il est permis de croire que le vétéran robuste défenseur « Bad Joe » Hall concocte un plan, car ses intentions en début de deuxième période semblent être bien planifiées.

Lors d’une mêlée pour la rondelle, Hall donne un coup de coude à la tête d’Albert « Dubbie » Kerr, l’un des meilleurs buteurs de la ligue. Celui-ci réplique et l’arbitre leur sert un avertissement. Hall continue à « lui parler » et Kerr se met à le poursuivre et lui administre un violent coup de poing. Au lieu de répliquer, Hall va se plaindre directement à l’arbitre qui éjecte aussitôt l’attaquant des Sénateurs. Hors de lui, le gardien Percy Lesueur s’en prend aussi à Hall mais échappe au sifflet de l’arbitre Duncan Campbell. Tout ce temps, l’homme à tout faire Dave Beland supplie Hall de « garder sa tête », ce que le dur-à-cuire fait. Son « plan » en dépend.

Récompensé, Il déjoue le gardien aigri d’Ottawa quelques instants plus tard, geste imité ensuite par Malone pour conclure la deuxième période à égalité, 2-2.

La tête refroidie par la pause de 10 minutes, Ottawa reprend rapidement son avance de deux buts, puis domine 5-4 avec quelques minutes à faire. Dès lors, le sextette d’Ottawa se replie en défensive, convaincu de contenir le Club Québec de cette façon pour les quelques minutes restantes.

L’atmosphère frôle la frénésie lorsque que dans la dernière minute de jeu, on apprend aux 6000 spectateurs que dans l’autre match de la ligue, les Canadiens ont battu les Wanderers en surtemps, 2-1. Ottawa n’est donc qu’à quelques secondes du titre de la ligue et d’une deuxième Coupe Stanley de suite.

Dans l’euphorie, on semble avoir perdu de vue le longiligne numéro 4 de Québec. Joe Malone surgit de nulle part, accepte une passe de Hall et lance sur Lesueur. Ce dernier fait l’arrêt avec le genou mais la rondelle bondit devant lui. Le gardien d’Ottawa se précipite sur la rondelle mais Malone l’atteint avant lui, faisant glisser doucement la rondelle « 5 pouces dans le but». Ainsi, Joe Malone inscrit le but égalisateur à sept secondes de la fin de la troisième. C’est le silence.

Une période supplémentaire est donc nécessaire pour déterminer le gagnant de cette importante partie. Imaginez: un spectateur superstitieux lance un fer à cheval à Lesueur qui s’empresse de le fixer à « son » filet.

le premier "20 minutes" demeure sans décision. Si Lesueur et Moran sauvent leur club en maintes occasions, Québec est visiblement plus en forme qu’Ottawa et domine le jeu.

À la 84e minute de jeu, le capitaine Joe Malone, le héros de ce match repère Joe Hall, celui qui a provoqué la relance du club, lui refile la rondelle et Hall compte ! Ce but sera confirmé  après une discussion animée auprès du juge de but Dave Reynolds qui l’avait d’abord refusé. Hall compte ainsi le plus important but de sa carrière. Le plus important de l’histoire du Club Québec.

Les six joueurs québécois ont joué la totalité des 83 minutes et 50 secondes du match pour procurer ce gain historique. Récompensés, ils s’assurent au moins d’une égalité au sommet la NHA.

La folie se transporte en ville !

"Québec ressemble à des champions". Quebec Chronicle, 4 mars 1912.

Les amateurs, dont plusieurs avaient suivi la rencontre par télégraphe sont nombreux (de 4000 à 10 000 personnes selon le Daily Telegraph, La Patrie ou le Chronicle) pour accueillir leurs héros le lendemain à 18h30 à la gare du C.P.R. . Deux corps de musique ont d’ailleurs été dépêchés pour la fête. Les joueurs sont transportés sur les épaules des amateurs sur " un demi-mille" jusqu’à l’Hôtel Victoria où une réception les attend.

C’est là que, quelques jours plus tard, ils prendront « possession » de la Coupe Stanley.

Le 6 mars 1912, Ottawa est à Montréal pour y jouer le dernier match de la saison contre les Wanderers. Ce match avait été remporté préalablement par Ottawa le 24 janvier mais jugé illégal par la ligue car les Sénateurs avaient aligné Fred « Cyclone » Taylor, un joueur qui appartenait légalement aux Wanderers.

Si Ottawa l’emporte, il termine à égalité avec Québec. Une série éliminatoire entre les deux équipes serait alors nécessaire pour déterminer le champion de la N.H.A.

Le quotidien montréalais Le Canada avance que « le triomphe final de Québec est ardemment souhaité par tout le public désireux de voir la Vieille Capitale occuper la place qui lui revient dans tous les sports seniors du pays ».

"Champions du monde et détenteur de la Coupe Stanley" Remarquez la note en bas de page: "maintenant, Est-ce Québec aura un aréna ?" Quebec Daily Telegraph, 7 mars 1912.

"Champions du monde et détenteurs de la Coupe Stanley" Remarquez la note en bas de page: "maintenant, Est-ce que Québec aura un aréna ?" Quebec Daily Telegraph, 7 mars 1912.

Ce soir-là, les joueurs et supporteurs de Québec sont réunis à L’hôtel Victoria et suivent le match but par but grâce au télégraphe. les gestionnaires du club Québec Charles Frémont et BJ Kaine sont à Montréal afin de suivre son déroulement. Heureusement pour Québec, les “Redbands” ont le couteau entre les dents, désireux de venger l’humiliante raclée de 17-5 qu’Ottawa leur a faite subir trois semaines plus tôt.  Ils offrent une performance sans bavure et renversent Ottawa par la marque de 5-2. Lorsque l’information arrive à l’hôtel Victoria, il y est inscrit “Wanderers 5; Ottawa 2; game over”. C’est la fête en ville, encore une fois ! « La bonne nouvelle se répand des corridors de l’hôtel jusqu’aux rues de St-Roch, Limoilou, St-Sauveur, Ville Montcalm et des plaines d’Abraham ». Les journaux racontent que les gens chantent une parodie du succès “What’s the Matter with Father” interprété à l’époque par Fred Duprez dont voici le refrain modifié :

What’s the matter with goaler “Pat” ? (He’s alright).
To Goldie Prodger lift your hat,
(He’s alright).
Joe Hall would make a team alone, Marks and Oatman hold their own,
What’s up with Mac and Joe Malone ?
(They’re alright) !

La Coupe O'Brien, le trophée du championnat de la NHA

Après ses trois défaites d’affilées en début de saison, Québec, sans changer son alignement, termine la saison avec une fiche de 10-8, une victoire de plus que les Sénateurs et les Wanderers. Le Quebec Hockey Club remporte le championnat de la NHA, le trophée O’Brien et devient le nouveau détenteur de la Coupe Stanley. Le lendemain, le commissaire de la Coupe Stanley William Foran autorise le transfert de la Coupe vers Québec et lui ordonne de la défendre contre d’éventuels challengers, comme il en est la coutume. Le seul club au pays à obtenir ce privilège sera les Victorias de Moncton, champions de la ligue professionnelle des Maritimes (Ma.P.H.L.).

Ça sent les séries !

La Coupe Stanley, placée depuis un an dans la vitrine de la bijouterie Henry Birks & Sons de la rue Sparks à Ottawa, déménage le 11 mars dans la vitrine du magasin Holt Renfrew, rue Buade, décorée aux couleurs du Club Québec. « Un grand nombre d’amateurs viennent offrir leur respect pour ce grand trophée qui a trouvé son chemin vers la vieille Capitale ». Le trophée O’Brien, symbole du championnat de la NHA n’est arrivé que le 18 mars et en très mauvais état. Une fois réparé chez « G. Seifert & Sons», rue de la Fabrique, le trophée prend enfin place dans la vitrine du grand magasin.

Les articles abondent, les honneurs pleuvent et les quotidiens, en particulier le Daily Telegraph, bombardent leurs pages d’un vœu cher : « Now, will Quebec get a Arena ? ». Le quotidien invite aussi le conseil de la ville de Québec à contribuer à l’achat de cadeaux et suggère une montre en or.

Reste tout de même les deux matchs à jouer contre Moncton au total des buts et Joe Malone souffre d’une grippe. Il était absent du rassemblement du 6 mars à l’hôtel Victoria et avait raté l’entraînement du lendemain.

Moncton s’amène en ville.

Télégramme de bonne chance d’Art Ross des Wanderers destiné à Joe Malone (Source : Collections Joe Malone jr.)

Les Victorias de Moncton arrivent en ville dimanche le 10 mars en après-midi fort d’un contingent de 40 personnes et logent à l’hôtel St-Louis. Le quotidien Moncton Transcript affirme que Moncton fera bonne impression car "la patinoire de Québec convient à son style de jeu". Cette formation compte dans ses rangs cinq joueurs de l’équipe de Galt, championne de la défunte Ligue Professionnelle de l’Ontario (O.P.H.L), perdante contre les Sénateurs en challenge pour la Coupe Stanley en 1911. Leur joueur étoile est Tommy Smith, un futur « Bulldog » de Québec.

Le 11 mars 1912, le Quebec Skating Club s’anime, moussé par les nombreuses pages consacrées à ce challenge. Pour la toute première fois, un match de la Coupe Stanley est joué à six contre six et le système de pénalité monétaire en vigueur dans la NHA est appliqué.

Sur une glace molle et lente, Québec écrase les champions de la ligue professionnelle des Maritimes par le pointage de 9-3. Malone, toujours affaibli, compte tout de même 3 buts. Son ailier Jack McDonald en ajoute 4, les deux autres appartiennent à Joe Hall. Eddie Oatman qui a lui aussi la grippe est remplacé dès la deuxième période par Jack Marks. Le Chronicle s’avance : « La Coupe Stanley restera à Québec », convaincu que Moncton ne pourra réduire le déficit de six buts dans le deuxième match.

Pour le deuxième match disputé le 13 mars, Moncton est accueilli sur la glace par la marche funèbre, extrait de l’oratorio Saül de Handel, un choix douteux souligné par le Chronicle. N’empêche, l’orchestre connaît son hockey…

Pour ce match, le système des pénalités au banc est utilisé. Oatman n’est pas en uniforme, remplacé par Marks. Joe Malone a prévenu les amateurs : une fois la victoire assurée, il quittera la patinoire au profit de jeunes joueurs.

Malone compte le seul but d’une première période chaudement disputée. Mais le vent tourne en deuxième et Malone quitte la patinoire, son club en avance 5-0. Le jeune George Leonard jouera la fin de la période avant d’être relevé à son tour en 3e par Walter Rooney. Le futur dentiste de Québec compte le 8e et ultime but du match, son seul chez les professionnels. Une victoire « 100% Québec » car en plus de Rooney, Les québécois Joe Malone et Jack McDonald ont respectivement compté deux et cinq buts. « Mac » a compté neuf buts en deux rencontres. Enfin, le gardien Patrick « Paddy » Moran vétéran de huit  hivers avec l’équipe obtient le premier jeu blanc de l’ère professionnelle de la Coupe Stanley.

Contrairement à la tradition moderne, la coupe argentée ne semble pas présentée aux joueurs à la fin de la rencontre, toujours bien en vue dans la vitrine décorée. Étonnamment, c’est un groupe de supporteurs qui, en début de troisième période, offrent aux joueurs de jolis médaillons et pinces à cravates en guise de récompenses.

Immédiatement après la confirmation du championnat, le Daily Telegraph annonce un album souvenir du Club de Hockey Quebec. En vente le 9 mars 1912 au cout de $0.10, il contient 24 pages et 17 photos. (Source : Collections Joe Malone jr.)

Un championnat du monde avec ça ?

Annonce du match "Ottawas et Quebecs" Boston Evening Transcript, 18mars 1912.

Après avoir été écarté de la tournée annuelle en 1911, le Quebec Hockey Club devient soudainement l’incontournable invité de la série de matchs en sol américain contre les autres équipes de la ligue. Les joueurs quittent Québec le vendredi 15 mars, deux jours après la grande victoire et une réception bien arrosée au Quebec Snowshoe Club…

Le tournoi se déroule à Boston et New York et offre une bourse totale de 7 700 $.

Les québécois sont au tout nouvel Boston Arena le 18 mars pour y affronter les Sénateurs pour une première de deux rencontres. Ce match se joue à sept contre sept, comme Ottawa le désire tant. Pourtant, les Sénateurs se font piétiner 9-2. Joe Malone compte trois buts, malgré une amygdalite. Lesueur qui a déjà vécu de meilleurs jours accorde six buts en première période et reçoit une rondelle en plein visage en troisième qui le force à quitter la rencontre, relevé par le défenseur Hamby Shore. Une très rarissime  statistique, gracieuseté du Boston Evening Transcript : le nombre d’arrêts des gardiens. Lesueur en aurait réalisé 19 et son remplaçant Shore trois pour un total de 31 lancers par Québec.  Moran n’aurait reçu que 13 tirs dans tout le match.

La performance d’Ottawa déçoit tellement le promoteur de Boston qu’il refuse de tenir un autre match les impliquant. Dans l’impossibilité de s’entendre, le président de la NHA, Emmett Quinn transfert le second match au St-Nicholas Rink de New York. La querelle fait passer la bourse totale du tournoi à 4 950 $.

À six contre six cette fois, Ottawa l’emporte 5-3 mais perd la série au total des buts. Québec affronte donc les Wanderers en finale, tombeur des Canadiens.

Le « Blue and White » remporte le premier match 5-4 grâce au but gagnant de Joe Hall. But compté après qu’il ait été coupé à la lèvre par une rondelle avec quatre minutes à faire et insisté pour recevoir des points de suture.

Le lendemain, dans un troisième match en quatre soirs, Malone marque quatre fois et aide son équipe à l’emporter 8-4. Québec enlève « le championnat du monde » 13-8 au total des buts. Le club reçoit 1475 $, ce qui couvre à peine les dépenses reliées au voyage. N’empêche, Le Soleil coiffe sa "une" de ce titre : « Le Club de Hockey Québec champion du monde ». Une première consécration  en 34 hivers dont l’histoire est parsemée de frustrations, d’échecs et de démêlées fort médiatisées.

Les honneurs et les exploits arrivent enfin pour la courageuse organisation de Québec qu’on surnommera « Bulldogs » seulement la saison suivante car « il s’agrippe à la Coupe Stanley avec ténacité et persévérance ». Le nouvel aréna "que Joe Malone a bâti" sera construit à temps pour la saison 1913-14.

Il y a 100 ans, Québec était la meilleure ville de hockey au monde.

UN PUTSCH CONTRE QUÉBEC ?


hebdomadaire Quebec Saturday Budget, 27 avril 1902

hebdomadaire Quebec Saturday Budget, 27 avril 1902

Le 24 décembre 1902, une primeur du quotidien Montreal Witness soulève l’inquiétude chez les fans de hockey de Québec. Selon l’article, un soulèvement aurait été tenté pour éliminer Québec de la C.A.H.L. au profit d’une équipe dans l’ouest de Montréal. Ce putsch aurait pris naissance secrètement le 13 décembre, l’après-midi de la réunion annuelle de la ligue à l’hôtel Windsor de Montréal, à l’abri des représentants de Québec, encore à bord du train. Certains dirigeants reprochent à Québec de n’être qu’une épine au pied de la ligue, sans intérêt pour son développement et qui attire plus d’ennuis que de spectateurs.

Notamment, Québec s’objecte toujours à disputer des matchs en semaine car il dit n’avoir que des joueurs « amateurs » qui ont un travail régulier en semaine. Certaines organisations aimeraient jouer en semaine et ainsi augmenter le nombre de matchs et les profits qui en découleraient. La position de Québec rend très plausible le professionnalisme déguisé des formations de Montréal et d’Ottawa. On accuse aussi Québec de freiner systématiquement toute expansion de la ligue. Ce soir là, Québec refusera d’ailleurs la candidature de Cornwall qui avait reçu l’appui d’Ottawa et des Shamrocks. Cornwall avait pourtant proposé de jouer ses 2 voyages à Québec.

Cette primeur n’est sans doute qu’un pétard lancé par un journaliste à l’agenda caché. Le "cas Québec » n’est pas discuté à l’assemblée. À la suite de l’article, le Chronicle de Québec a contacté plusieurs joueurs qui rejettent unanimement cette nouvelle et croient au contraire que l’organisation est un modèle pour la ligue et que tous apprécient sa présence.

+ + +

N’en demeure pas moins que pendant toute son existence, le Club de hockey Québec a été critiqué, mis en doute et regardé de haut par les magnats du sport Montréalais. L’orgueil de l’organisation a été souvent son pire ennemi comme son meilleur allié. Il a su se relever d’attaque sournoise en 1894, 1895, 1904 et 1910.  À bout de souffle et de ressources, il est resté au sol après sa seule saison dans la LNH en 1920.

La Robinson Cup


L’HISTOIRE RETROUVÉE D’UN TROPHÉE.

 Au fil des ans, mon blog quebecbulldogs.com m’a permis de beaux échanges d’informations et de belles découvertes, comme la présence d’un trophée inconnu, la « Robinson Cup » que tient d’une main Benoit Morin. Voici une des photos qu’il m’a fait parvenir en 2008.

Trois années ont passé avant d’avoir l’histoire derrière cette récompense.  Je fouillais à New York. La réponse était à Québec.

 Le 27 janvier 1906, le new-yorkais R.E. Robinson assiste à la victoire de 3-1 du Club de hockey Québec sur les Shamrocks à Montréal. Impressionné par ce qu’il vient de découvrir, il demande d’organiser un match pour agrémenter son séjour à Québec prévu dans les prochains jours. Le lundi 29 janvier, il assiste donc à une partie entre les deux équipes du Club Québec, le sénior et l’intermédiaire.

Quebec Chronicle, 30 janvier 1906. On y retrouve les noms des joueurs des deux équipes. L'arbitre C. Gordon Blair est le président du Club.

Quebec Chronicle, 30 janvier 1906. On y retrouve les noms des joueurs des deux équipes. L'arbitre C. Gordon Blair est le président du Club.

 Sans surprise, le grand club l’emporte 9-3 devant une foule considérable dont  R.E. Robinson qui remet la Coupe au capitaine Joe Power. Il remercie alors les 14 joueurs en présence qui l’applaudissent après un discours fort apprécié.

 Ce trophée est de nouveau challengé le 15 février 1906. Les séniors l’emportent 11-6 mais le match n’est pas pris au sérieux par les joueurs et déchantent les 400 spectateurs qui se sont déplacés pour cette « mascarade ».

 Le trophée Robinson ne semble plus avoir été disputé par la suite.

 Les noms des joueurs de l’équipe gagnante qui figure sur le trophée sont ceux du premier match, sans doute gravés entre les deux parties. On note l’absence du joueur étoile Herb Jordan qui avait quitté l’équipe à ce moment, désabuser du hockey. Il y sera pour le second match.

 Un immense merci à Benoit Morin qui nous a permis cette page d’histoire. Il conserve jalousement l’une des rares pièces de collection de l’équipe.

6 mars 1912. On a gagné la Coupe Stanley.


Québec, fin mars 1912. L'unique photo de l'équipe gagnante avec la Coupe Stanley. Je suis toujours à la recherche d'un exemplaire de meilleur qualité.

Québec, fin mars 1912. L'unique photo de l'équipe gagnante avec la Coupe Stanley. Je suis toujours à la recherche d'un exemplaire de meilleure qualité.

Le grand décompte est commencé. Un an pour vous offrir le livre historique dont je vous parle depuis longtemps. Parce que le 6 mars 2012, ça fera 100 ans.

LE FIL D’UNE SAISON HOLLYWOODIENNE.

La saison 1911-1912 a été écrite pour un film. 4 bonnes équipes: Canadiens, Wanderers, Ottawa et Québec, la négligée du groupe. Les Bulldogs perdent d’ailleurs leurs 3 premiers matchs, dont 2 à la maison. Dans une saison de 18 parties, c’est comme si les Nordiques avaient perdu 13 matchs en ligne dans une saison de 82 parties. La presse n’est pas tendre, déjà écorchée par la fiche de 4-12 de la saison précédente alors que l’équipe venait de renaître après l’abandon de la saison 1910-11 après seulement 3 parties.

Cette fois, Québec allait renverser sa guigne. La vedette de l’équipe, Joe Malone, allait devenir le meilleur joueur de son époque.

Les Bulldogs, sans changer leur alignement, remportent 10 des 15 matchs suivants et enlèvent le championnat, dans la consternation générale, par une victoire devant Ottawa et Wanderers, deux sur les Canadiens. Ils deviennent alors détenteur de la Coupe Stanley, le 6 mars 1912.

Daily Telegraph, 7 mars 1912. Déjà champions du monde avant la série contre Moncton. Notez la surprenante photo de Paddy Moran dans l'uniforme de Haileybury, son équipe d'un seul hiver (O.P.H.L., 1911).

Daily Telegraph, 7 mars 1912. Déjà champions du monde avant la série contre Moncton. Notez la surprenante photo de Paddy Moran dans l'uniforme de Haileybury, son équipe d'un seul hiver (O.P.H.L., 1911).

Le dernier match de la saison de l’équipe allait marquer la carrière de « Phantom Joe Malone » : Le 2 mars, Québec est à Ottawa. Tard en 3e période, c’est 5-4 pour les Sénateurs. Avec 10 secondes à faire, on annonce à la foule que les Wanderers ont battue les Canadiens. Ottawa n’est donc plus qu’à 10 secondes du championnat de la saison et d’une 2e Coupe Stanley desuite. Mais avec 4 secondes à faire, Joe Malone se faufile entre les défenseurs d’Ottawa et inscrit le but égalisateur, à la décontenance de tous. Une longue période de prolongation de 23 minutes suit avant que le dur à cuire Joe Hall accepte une passe de son ami Joe Malone et compte le but le plus important de sa carrière. De l’histoire de Québec.

Les amateurs, dont plusieurs avaient suivi la rencontre par la transmission des résultats dans les halls d’hôtels de la ville sont nombreux à la Gare de Québec. 10 000 partisans acclament ses héros, selon les journalistes. Une réception est tenue à l’hôtel Victoria. La Coupe Stanley n’est pourtant pas acquise. Peu importe. La fête durera plus de 10 jours.

La Coupe Stanley, alors accordée aux champions de la N.H.A. doit être ensuite disputée selon la formule "challenge" (elle le sera d’ailleurs jusqu’en 1926). Le trophée passera la semaine dans la vitrine de la boutique Holt Renfrew, sur la rue Buade.

Les Victorias de Moncton, 1912. Tommy Smith est le 3e de la 2e rangée.

Les Victorias de Moncton, 1912. Tommy Smith est le 3e de la 2e rangée.

Les Victorias de Moncton obtiennent le droit de défier les Bulldogs en tant que champions de la ligue professionnelle des Maritimes (Ma.P.H.L.). Le quotidien Moncton Transcript affirme que Moncton fera bonne impression car "la patinoire de Québec convient à son style de jeu". Cette formation compte dans ses rangs la plupart des joueurs de l’équipe de Galt, championne de la défunte Ligue Professionnelle de l’Ontario (O.P.H.L). Leur joueur étoile Tommy Smith fera partie des Bulldogs en 1913.

Les 11 et 13 mars 1912, le Québec Skating Club sera bondé. Le hockey prend toute la place dans les journaux anglophones et francophones de Québec. Les Victorias de Moncton sont en ville pour une série de 2 matchs au total des buts. Le 11 mars, Québec suprend les champions de la ligue professionnelle des Maritimes par le pointage de 9-3.

Avec une avance de 6 buts, la domination de Québec ne fait aucun doute. Le 13 mars 1912, elle écrase Moncton par le pointage de 8-0. Le gardien Patrick « Paddy » Moran, citoyen de Québec, vétéran de 8 hivers avec l’équipe obtient le premier jeu blanc du hockey professionnel de l’histoire de la Coupe Stanley.

Une victoire symbolique pour la Ville de Québec : En plus du jeu blanc de Moran, les 8 buts ont été comptés par des joueurs natifs de Québec : Joe Malone (2), Jack MacDonald (5) et Walter Rooney, un joueur substitut.

Quelques jours plus tard, Québec remporte à New York le tournoi annuel regroupant les équipes de la NHA. Le Soleil coiffe sa "une" de ce titre : « Le Club de Hockey Québec champion du monde ».

Ses honneurs, ses exploits arrivent enfin pour la courageuse organisation de Québec. Une première en 34 longs hivers dont l’histoire est fabriquée de frustrations, d’échecs et de démêlées fort médiatisées.

Est-ce que Québec aura maintenant un nouvel aréna ? Toute la semaine, les journaux de Québec ont martelé ce message, un cri d'alarme car le vétuste Quebec Skating Rink des Plaines d'Abraham ne répondait plus aux standards des autres villes de la ligue. L'aréna sera construite au Parc Victoria pour la saison 1913-1914.

Est-ce que Québec aura maintenant un nouvel aréna ? Toute la semaine, les journaux de Québec ont martelé ce message, un cri d'alarme car le vétuste Québec Skating Rink des Plaines d'Abraham ne répondait plus aux standards des autres villes de la ligue. L'aréna sera construite au Parc Victoria pour la saison 1913-1914.

Il y a 100 ans, le retour des… Bulldogs !


 

Daily Telegraph, 14 novembre 1910.

Daily Telegraph, 14 novembre 1910.

Un titre à faire rêver les fans du retour des Nordiques, non? Cela a été le cas pour vrai, en 1910.

À compter de 2011, je vous ferai revenir 100 ans en arrière. La saison 1910-11, celle où le Québec Hockey Club renait après avoir été « mis de côté » par le hockey professionnel.

Je vous invite à relire ce texte qui explique pourquoi Québec, après 3 matchs dans la nouvelle Ligue Canadienne de Hockey, se voit contraint d’abandonner la suite parce que sa ligue fût avalée par l’autre ligue rivale, la N.H.A.

L’hiver 1910 a été long sans hockey pro à Québec, mais dans cette nouvelle réalité du hockey professionnel, ses joueurs vedettes ont vite trouvé preneur : Joe Malone, Rocket Power et Jack McDonald ont obtenu des contrats avec Waterloo dans la O.P.H.L. – Ontario Professional Hockey League.

Oatman, un joueur puis Malone et McDonald avec Waterloo en 1910.

Oatman, un joueur puis Malone et McDonald avec Waterloo en 1910.

Là-bas, McDonald a obtenu un impressionnant total de 28 buts en 16 parties, le jeune Malone, alors âgé de 20 ans et laissé de côté quelques parties en a obtenu tout de même 10 et le défenseur Power en a ajouté 7 (source SIHR). McDonald et Rocket Power seront d’ailleurs nommés sur l’équipe d’étoiles du "Berlin Daily Telegraph" (maintenant Kitchener). L’avenir  prouvera que cette brèche dans l’histoire des Bulldogs leur sera bénéfique. Plusieurs joueurs des prochaines années proviendront de cette ligue éphémère, dont Eddie Oatman.

Le Club de Hockey Québec, qui n’a jamais cessé d’exister légalement, réunit officiellement ses membres le 2 novembre 1910. 200 personnes ayant le désir de ne plus jamais priver la ville du meilleur calibre de hockey au monde s’y présentent, un record.

15 janvier 1910, la candidature du Sénateur Choquette à la Mairie de Québec, tel qu'imagé par "Le Québecois".
15 janvier 1910, tel qu’imagé par "Le Québécois".

Des membres du Parlement, de la Ville, des banquiers et des hommes d’affaires  francophones et anglophones nomment le Sénateur  Philippe-Auguste Choquette à la présidence du club. Il sera assisté de  Joseph Power et Cyrille Faguy à la Vice-présidence, d’Eugène Matte à la trésorerie et de B.J. Kaine comme secrétaire. Ce groupe sera appuyé par les membres suivants : W. Amyot, Nap. Belleau, L.A. Lagueux, T O’Neill et par celui qui deviendra l’un des architectes de l’équipe sur la glace, M.J.Quinn.

Afin d’assurer la demande d’inclusion dans la ligue, Québec charme ses membres. Dans les jours qui suivent, Jos Power est à Ottawa puis à Montréal pour influencer les décideurs. Ce sera chose faite lors de la réunion annuelle de la ligue le 12 novembre à Montréal. Québec, représentée par Jos Power et M.J. Quinn verra la N.H.A. l’accepter dans ses rangs tout comme le club de hockey Canadien qui devait requérir sa place dans la ligue suite à un changement de propriétaire. La nouvelle fera la une du Daily Telegraph du lundi suivant (photo plus haut).

Pour son retour, l’équipe devra débourser 500$. S’organise une souscription supportée par les quotidiens anglophones et francophones. Si ce mandat est confié au Sénateur Choquette, celui de Jos Power sera de rapatrier les joueurs vedettes du passé.

Il mettra rapidement sous contrat les Joe Malone, Jack McDonald et Rocket, son frère. Il réussira aussi à rapatrier le gardien vedette « Paddy » Moran. Celui qui avait déjà quitté Québec pour l’All-Montréal de la CHL en 1909 avait ensuite poursuivi sa saison à Haileybury dans la  NHA.  Il aurait reçu un salaire de 800 $ pour y terminer la saison, un salaire énorme, qu’il n’atteindra plus jamais.

Reste 2 joueurs à mettre sous contrat (on joue encore à 7 pour une dernière saison dans l’est du pays). Ces joueurs seront  pénibles à dénicher.

Il tente d’abord de convaincre d’ex-joueurs vedettes de Québec et ainsi créer une équipe complètement composée de joueurs locaux. Herb Jordan, le plus convoité et le meilleur joueur du Québec HC dans la première décennie avait quitté l’équipe en 1909 pour les fameux Millionnaires de Renfrew. Tout en gardant son titre de joueur amateur, il gagnait sa vie comme employé de la crèmerie de l’homme d’affaires et propriétaire de l’équipe Ambrose O’Brien. Il y demeurera associé toute sa vie et accrochera ses patins cette année-là. Eddie Hogan, le premier joueur natif de Québec à avoir  joué professionnel avec Pittsburgh en 1907, sera libéré le 10 décembre par ces mêmes  Millionnaires de Renfrew, mais ne jouera pas non plus cette année-là (on le retrouvera plus tard en tant qu’entraineur de l’Université Dartmouth). Jos n’a finalement pas plus de succès avec son frère, l’excellent Charles « Chubby » Power, auteur de 44 buts en 23 parties de 1907 à 1909. Militaire de formation, il a abandonné le hockey pour se dédier à sa carrière.  Il deviendra un héros de la 1re guerre mondiale, avant d’être élu 10 fois de suite comme député libéral à Ottawa. On reparlera plus tard de ce grand politicien.

3 joueurs vedettes de Québec qui accrochent leurs patins en même temps ? Faudra regarder ailleurs.

L’équipe n’a encore attiré aucun joueur de l’extérieur. Certains joueurs motivent leurs hésitations dans l’espoir qu’une nouvelle ligue naisse, leur permettant de créer une surenchère qui leur avait tant profité l’année précédente. Le temps presse et le 20 décembre, Rocket Power est à Ottawa pour convaincre Walter Smail. Ce joueur passera les fêtes de Noël sans contrat mais finira par s’entendre avec les Wanderers de Montréal. Hamby Shore est aussi reluqué mais retournera avec Ottawa.

Même si le nouveau plafond salarial de 5000 $ par équipe permet à Québec de croire en ses chances, l’organisation n’a pas beaucoup d’argent. Le Sénateur Choquette fait une sortie et dénonce l’apathie des citoyens envers la souscription lancée 3 semaines plus tôt. "L’exécutif compte sur la générosité du public pour organiser une équipe de premier valeur".

Malgré tout, Jos Power affirme compter sur un club de champion. Le 13 décembre. les joueurs sous contrat et les autres qui tentent d’obtenir les postes vacants s’entraînent en gymnase au YMCA de Québec.

Milwaukee Journal, 15 décembre 1910. Étonnamment, l'Ontarien serait aussi de Milwaukee selon l'article, adresse à l'appui.
Milwaukee Journal, 15 décembre 1910. Étonnamment, l’Ontarien serait aussi de Milwaukee selon l’article, adresse à l’appui.

Finalement, l’organisation obtient son premier joueur "étranger", Eddie Oatman, coéquipier de Rocket, Malone et McDonald à Waterloo en 1910. Il participe à un premier entraînement sous les regards intéressés de la presse : « Il a fait bonne figure malgré un voyage en train de 24 heures, fraîchement débarqué à l’hôtel Victoria, des chaussures et ses patins nouveaux aux pieds ». Avec Moran, les frères Joe et Rocket Power à la défense et Malone, McDonald et Oatman à l’attaque, ne reste plus qu’à trouver un "rover".

Il sera déniché quelques jours avant le début de la saison. Le 27 décembre, l’Ontarien Ken Mallen est officiellement avec l’équipe. C’est une « assez bonne acquisition » diront les journaux.

Le capitaine de l’équipe sera Rocket Power. La saison avance à grand pas. C’est le dévoué Charles Nolan, l’ancien capitaine des Crescents qui dirige les entraînements.

Québec n’aura droit qu’à un match préparatoire contre une équipe composée des meilleurs joueurs amateurs de la Ville. Il l’emportera aisément 6-2.

Le 2 janvier 1911, il y a 100 ans, Québec marque son entrée dans la meilleure ligue de hockey au monde par une victoire de 3-2 contre les Millionnaires de Renfrew. On y reviendra la semaine prochaine…

 

 

M.J. Quinn, l’homme derrière le succès des Bulldogs.


Mike QuinnIl est sur les photos des équipes championnes de 1912 et 1913 et pourtant, il n’aurait jamais joué au hockey. M.J. Quinn a été pendant plus de 10 ans à la tête du Quebec Hockey Club, en fait pendant toute son existence dans le hockey professionnel.

De descendance irlandaise, Il est né en 1875 à Québec.

Il a d’abord œuvré comme fonctionnaire municipal, pour quitter son poste le temps de quelques années auprès de 2 quotidiens, le Daily Telegraph et le Canadien-Nord. Il reviendra à la Ville de Québec en 1910 comme évaluateur.

On dit qu’il a été de la création du « Crescent Hockey Club » en 1891 et il y sera en tant qu’administrateur jusqu’à leur championnat provincial en 1901.

En 1902, il accompagne quelques joueurs avec le grand club. Dès que le Québec HC devient « professionnel » en 1908, il est nommé gérant de l’équipe. Il aura donc à dénicher les meilleurs joueurs disponibles et négocier leurs contrats.

Avec l’aide de Joe Malone qui deviendra capitaine de l’équipe en 1911, il contribuera à bâtir l’une des meilleures équipes professionnelles de la décennie.

Joe Hall, Tommy Dunderdale, Ken Mallen, "Rusty" Crawford, Jack Marks, Eddie Oatman, Goldie Prodger, Tommy Smith et les frères Mummery sont tous des joueurs vedettes qu’il a dû convaincre de venir passer l’hiver ici, loin des leurs, pour des salaires souvent moindres; Québec n’a jamais eu l’assistance ni les infrastructures pour soutenir avantageusement les joueurs de l’équipe.

On le décrit comme un parfait gentilhomme, affable et courtois. Il est très apprécié de la ligue, des joueurs et des amateurs.

En février 1913, il menace de quitter son poste si un nouvel aréna n’est pas construit à Québec. Le Quebec Skating Club des Plaines d’Abraham est totalement désuet et la ville tarde à construire un nouveau domicile adéquat pour le hockey moderne. Ses menaces sont prises en considération et la saison 1913 s’amorcera au nouvel "Arena Québec" situé au Parc Victoria.

Ses talents de dépisteur sont reconnus partout au pays. À tel point qu’en mars 1914, le Toronto Sunday World annonce qu’il vient de recevoir une offre extraordinaire : le poste de gérant des « Ontarios », une équipe de Toronto de la N.H.A. qui rivalise avec les "Bulldogs". Les arguments sont incroyables : Un contrat de 5 ans à raison d’un salaire de 3000$ par année, soit le double, voire le triple des meilleurs joueurs de l’époque. Il ne donnera pas suite à cette offre, préférant demeurer auprès des "Bulldogs" et de son principal emploi, celui d’évaluateur municipal qu’il occupera jusqu’à sa mort.

Passionné, il sera parmi les instigateurs du hockey moderne, joué à 6 joueurs au lieu de 7 et disputé sur 3 périodes au lieu de 2. En 1916, il proposera de comptabiliser « les passes » dans les statistiques des compteurs. « Un joueur qui obtient 10 buts et 15 passes devrait être reconnu champion-marqueur devant celui qui obtient 12 buts et 5 passes ».

En 1917, il est l’un des signataires de la toute nouvelle Ligue Nationale de Hockey.  Toutefois, conscient du manque de ressources financières de l’équipe causé par le désintérêt général et la 1ere guerre mondiale, il décide de « louer » ses joueurs et prendre une pause. Les "Bulldogs" cessent leurs activités et les Joe Malone, Joe Hall et cie seront redistribués aux autres formations de la nouvelle ligue. Il en sera ainsi pour 2 ans.

En 1919, à la suite de complications juridiques impliquant des investisseurs de Toronto, les "Bulldogs" sont réanimés et M.J. Quinn se voit « contraint » à reprendre les rennes de l’équipe. Loin des grandes villes, l’équipe n’attire aucun nouveau joueur important.  Québec aura  droit à ses anciens joueurs et devra offrir des contrats à quelques joueurs amateurs de la Ville. Malgré le meilleur compteur de la ligue en Joe Malone, les "Bulldogs" de "Mike" Quinn termineront leur dernière saison avec une fiche de 4 victoires et 20 défaites.

En 1920, la L.N.H. déménage la concession de Québec à Hamilton par crainte que le nouvel aréna  de cette ville soit occupé par une équipe d’une nouvelle ligue concurrente, ligue qui n’aura jamais vu le jour. Rien ne laisse croire que "Mike" Quinn ait reçu une quelconque compensation financière.

Les dernières années de sa vie semble s’être passées loin des patinoires. Sa mort est toutefois annoncée dans tous les quotidiens de Québec. Le 25 juillet 1923, « Mike » Quinn est mort subitement à sa résidence, rue St-Joachim suite à une embolie pulmonaire. Il avait 48 ans.

Associé au hockey de haut niveau de Québec pendant plus de 30 ans, M.J. « Mike » Quinn aura, sans compter un seul but, permis à Québec de gagner plus souvent qu’à son tour.