Une rencontre de la ligue du vieux poêle !


Je suis entouré de gauche à droite par Onil Boutin, ancien joueur des As de Québec, Léo Roy, auteur d'un livre sur les As, Mario Trépanier, collectionneur, et Jean-Patrice Martel, président de la Société internationale de recherche sur le hockey. Le Soleil, 21 avril 2013. Photo: Patrice Laroche

Je suis entouré de gauche à droite par Onil Boutin, ancien joueur des As de Québec, Léo Roy, auteur d’un livre sur les As, Mario Trépanier, collectionneur, et Jean-Patrice Martel, président de la Société internationale de recherche sur le hockey.
Le Soleil, 21 avril 2013. Photo: Patrice Laroche

Que du plaisir samedi dernier, alors que la Société Internationale de Recherche sur le Hockey (S.I.R.H.) tenait une 2e rencontre régionale au Québec. J’ai eu le privilège de parler de l’essentiel  de mes recherches sur la naissance du hockey à Québec et du Quebec Hockey Club.  Cinq autres conférenciers étaient aussi au menu devant un groupe d’initié très intéressé. Un gros merci au collectionneur et membre du SIRH Mario Trépanier pour cette journée formidable.

Je vous invite à lire le texte de mon confrère Ian Bussières du quotidien Le Soleil.

Conférence de la Société Internationale de Recherche sur le Hockey (SIRH) à Québec !


SIHR_Logo_nobanner_250_x_175Les historiens du hockey ont rendez-vous à Québec!

La Société internationale de recherche sur le hockey (SIRH) est fière d’annoncer la tenue de sa seconde rencontre régionale au Québec, qui aura lieu le samedi 20 avril prochain à Québec. Rappelons que la première rencontre régionale de la Société a eu lieu le 24 novembre dernier à Montréal; une quinzaine de passionnés du hockey ont participé à cette rencontre qui a permis d’aborder plusieurs sujets dont la contribution de Léo Bourgault au monde du hockey, la patinoire Victoria de Montréal et le Championnat du monde de hockey de 1970 qui devait avoir lieu à Montréal et à Winnipeg.

Cette deuxième rencontre est organisée par Mario Trépanier, un membre de la Société qui s’intéresse tout particulièrement à l’histoire du hockey à Québec. Ce n’est donc pas un hasard si la rencontre aura pour thème le hockey à Québec et les grandes équipes qui ont marqué son histoire : les Bulldogs, les As, les Remparts et les Nordiques. La Société tient à remercier Mario pour sa précieuse collaboration, lui qui s’est spontanément offert pour organiser cette rencontre.

couverture extŽrieurePrésent lors de la première rencontre, Marc Durand sera de retour parmi nous pour parler de son récent livre «La Coupe à Québec – Les Bulldogs et la naissance du hockey». Journaliste télé affecté à la couverture sportive depuis plus de 20 ans, Marc est passionné de hockey depuis sa plus tendre enfance. Cette insatiable soif d’en savoir plus l’a amené à effectuer des recherches sur l’histoire du hockey à Québec et «La Coupe à Québec» est son premier ouvrage.

Il y aura ensuite une discussion sur le thème «Regard sur les As de Québec». Un ancien joueur des As, Onil Boutin, viendra nous parler de son séjour avec l’équipe de 1967 à 1971. Originaire de Sherbrooke, ce défenseur a également participé à la Coupe Memorial de 1967 avec les Canadiens de Thetford Mines. Il pourra signer les cartes postales mises à la disposition des personnes qui assisteront à la rencontre. De plus, un membre de la Société, Léo Roy, nous présentera son projet de livre sur l’histoire des As.

Après la pause, il sera question de hockey junior – et des Remparts de Québec! – avec Jean-Pierre d’Auteuil et Jean-Philippe Otis, auteurs du récent livre «La Ligue de hockey junior majeur du Québec». Ce livre de référence abondamment illustré raconte toute l’histoire de ce circuit qui nous a donné les Lafleur, Lemieux et Crosby. Les passionnés des Nordiques connaissaient déjà Jean-Pierre d’Auteuil, qui a produit le fameux coffret DVD «Les Nordiques, notre équipe!».

Enfin, notre ami Stéphane Harvey offrira une présentation sur la première rencontre de la série Canada-URSS de 1974, disputée au Colisée de Québec. On se souviendra que trois joueurs des Nordiques faisaient partie de l’équipe canadienne qui a donné du fil à retordre aux Soviétiques : Serge Bernier, Réjean Houle et Jean-Claude Tremblay. Membre actif de la Société et fervent collectionneur des Nordiques, Stéphane Harvey est à l’emploi de la Bibliothèque de Saguenay et a participé en 2010 à la réalisation d’une exposition sur Jean-Claude Tremblay au Musée du Fjord de Saguenay.

Une table de lecture sera aménagée pour présenter divers livres québécois ayant pour thème le hockey. Ce sera l’occasion de découvrir de nouveaux titres et des ouvrages moins connus… et de redécouvrir certains classiques!

Bulldogs, As, Remparts et Nordiques : c’est tout un programme qui nous attend ce samedi 20 avril à Québec! La rencontre aura lieu de 13 h 30 à 17 h au sous-sol du restaurant Céline et Ramone, situé au 1061, boulevard Pierre-Bertrand. L’entrée est libre et vos amis sont les bienvenus; nous vous invitons à demeurer des nôtres pour le souper afin de compenser pour la salle qui nous est gracieusement offerte par le restaurant. Il n’est pas obligatoire de s’inscrire à l’avance, mais vous êtes invités à nous laisser un court message si vous comptez être des nôtres.

Contact : Benoît Clairoux, Société internationale de recherche sur le hockey (SIRH)

514 678-2873 ou benoit.clairoux@videotron.ca

Il y a 100 ans: Québec gagnait sa dernière Coupe Stanley.


Les Bulldogs de Joe Hall et de Joe Malone.

La saison 1913 est celle d’une querelle entre la PCHA et la NHA dont le club est la principale victime. Démantelé de la moitié de ses joueurs, le Quebec Hockey Club valorise l’apport exceptionnel de deux grands bâtisseurs : le gérant Mike J. Quinn et le centre Joe Malone. La saison 1913, c’est aussi une deuxième coupe Stanley et l’apparition du surnom légitime d’un club qui n’a pas froid aux yeux et qui s’agrippe à son élan, les Bulldogs.

CE TEXTE EST UN EXTRAIT DU LIVRE "LA COUPE À QUÉBEC: LES BULLDOGS ET LA NAISSANCE DU HOCKEY", PUBLIÉ CHEZ LES ÉDITIONS SYLVAIN HARVEY, EN COLLABORATION AVEC LA COMMISSION DE LA CAPITALE NATIONALE ET LA VILLE DE QUÉBEC.

1913 avec les directeurs

Rare photo de l’édition gagnante de la Coupe Stanley 1912-13, avec la direction et les joueurs substituts. Source: Ville de Québec.

L’aréna réclamé au printemps n’est pas encore réalité. Faute de mieux, le vieux Skating Rink de la Grande Allée sera encore une fois remodelé par l’intérieur. De nouveaux balcons pourront accueillir 400 spectateurs. On est loin des rénovations prévues, jugées trop onéreuses par le club de patinage. De plus, la Commission des champs de bataille nationaux qui prévoit acheter le terrain pour en faire une porte d’accès aux plaines d’Abraham n’entend pas investir dans cet édifice. Ces gradins sont nécessaires, selon Quinn, directeur-gérant du Quebec Hockey Club. Les profits de 1500 $ en 1912 ont été réalisés grâce aux 2500 $ engendrés par la présentation des deux matchs de la coupe Stanley. Par ailleurs, les 6000 $ investis en salaires en 1912 passeront à 9000 $ en 1913 pour garder la famille intacte. Trois joueurs de l’extérieur, Jack Marks, Eddie Oatman et Goldie Prodger, ont passé une partie de l’été dans la ville avec les Automatics, le club de baseball de l’armurier Ross pour lequel ils ont aussi travaillé.

Des vautours sur la ville

Les succès du club en 1912 attisent évidemment la convoitise des autres ligues majeures de hockey, la PCHA des frères Patrick en particulier. Le 15 octobre, Lester Patrick et Jimmy Gardiner sont à Québec pour attirer Joe Malone, Eddie Oatman et Goldie Prodger avec de gros contrats, sans succès. Selon le Quebec Chronicle, « Patrick et Gardiner ont quitté Québec bredouilles hier soir, les membres de notre club sont trop honorables pour briser leur entente. » Quinn ne prend toutefois pas les choses à la légère et s’entend rapidement avec les sept joueurs principaux du club. Il dépose les contrats signés à la rencontre de la NHA qui se tient le 26 octobre 1912 au Château Frontenac.

Hélas, rien n’est si simple ! La PCHA est furieuse contre la NHA et Sam Lichtenhein, propriétaire des Wanderers, qui vient de faire signer un contrat à Harry Hyland, le meilleur buteur de la PCHA, déjà sous contrat dans l’Ouest. Il n’en fallait pas plus pour Frank Patrick qui déclare la guerre à la NHA. Un télégramme du 16 novembre adressé à Joe Malone précise le plan de Frank Patrick. « Puisque la NHA a brisé son entente avec nous », ce dernier offre des contrats à tous les joueurs réguliers du Quebec Hockey Club. Son objectif consiste à détruire le club détenteur de la coupe Stanley et à fragiliser ainsi la NHA. Les six joueurs convoités ont déjà en poche une entente de 1500 $, mais la PCHA offre 2200 $ à Malone, à Oatman et à Prodger, et 1800 $ à McDonald, à Moran et à Hall.

contract vancouverLes offres de Patrick seront bonifiées au point de séduire la moitié du groupe. Oatman et Prodger acceptent de renier leur entente avec le Quebec Hockey Club pour 2500 $, tandis que Jack McDonald accepte les 2000 $ proposés. Le 21 novembre, une importante foule est rassemblée à la gare pour dire adieu à Oatman et à Prodger. Ce dernier se confond en excuses et réitère son immense respect pour Quinn et l’équipe de Québec qui lui a offert sa première chance. Ses amis, fort nombreux, le supplient de rester, mais selon les journaux, il aurait donné sa parole à son coéquipier Oatman dont on regrette moins le départ, l’accusant d’avoir orchestré l’évasion. Une fois à Vancouver, les trois joueurs sont dispersés dans les trois clubs de la PCHA. L’objectif des frères Patrick est partiellement atteint, mais le coeur et l’âme de l’équipe de Québec demeurent intacts. Joe Malone, Paddy Moran et Joe Hall restent fidèles et feront en sorte que le Quebec Hockey Club demeure champion encore une fois.

Une reconstruction signée Quinn et Malone

Le lendemain du « raid », Mike J. Quinn et son capitaine Joe Malone sont en route pour l’assemblée générale de la NHA à Toronto, ironiquement accompagnés par Jack McDonald à bord du train. Le gérant et le capitaine du Quebec Hockey Club profitent du voyage pour reconstruire l’équipe et essuient les refus de plusieurs joueurs amateurs dont quelques Canadiens français de la région d’Ottawa comme Jack Fournier, Steph « Coo » Dion et Eddie Gérard. Ce dernier deviendra joueur professionnel l’année suivante et connaîtra une belle carrière. Il sera élu au Temple de la renommée du hockey en 1945.

Finalement, Québec met le grappin sur le prolifique buteur Tommy Smith, auteur de 53 buts avec Moncton en 1912, leur meilleur joueur au challenge de la coupe Stanley à Québec. Dans sa dernière ligne droite, Quinn réussit un autre tour de force, celui de dénicher deux joueurs aussi talentueux qu’inconnus : Harry Mummery, un gros défenseur de 100 kg (220 lb), et Russell « Rusty » Crawford, un ailier qui évolue à Saskatoon. Le premier jouera onze ans dans la NHA/NHL et le second sera élu membre du Temple de la renommée en 1963. Comme repêchage de dernière minute, on a rarement vu mieux.

Malone lance une saison exceptionnelle

Carte de Joe Malone, Topps, 1961.

Carte de Joe Malone, Topps, 1961. Elle est signée par son fils.

Avec quatre nouveaux joueurs, le club rapiécé surprend tout le monde avec une victoire convaincante de 7-3 sur les Sénateurs d’Ottawa le 28 décembre, pour ouvrir la saison 1912-1913. Ces derniers avaient pris les commandes de la rencontre 3-2 en deuxième période, mais Joe Malone a inscrit 2 buts en 30 secondes pour ne plus regarder derrière. Avec ses trois buts, ce dernier est qualifié de « probable meilleur attaquant de la ligue » par le Chronicle. Le 11 janvier 1913, le Quebec Hockey Club reçoit le Canadien et accueille 4000 spectateurs. Selon L’Action Sociale, « la foule se pressait si nombreuse dans les places à 0,25 $ qu’une cloison construite cette année pour fermer au public l’entrée des chambres des clubs a été démolie sous la poussée des spectateurs ». Le premier ministre du Québec Sir Lomer Gouin, dans les loges à 1,50 $, est témoin d’une victoire de 5-4 et d’un match qui nourrira la légende de Joe Hall. Au cours d’une attaque en première période, Hall se rue sur Vézina avec tant de force qu’il brise la barre de fer qui soutient le filet. Il retrouve plus tard son « ami » Newsy Lalonde et les deux joueurs passent la première période à se quereller. Hall conclut une dispute par un coup qui blesse Lalonde à la tête. Plus tard en deuxième, l’arbitre Tom Melville punit Hall de nouveau, sans raison apparente cette fois. Hall l’invective, lui donne un coup de patin et incite les amateurs à s’en prendre à lui. Chassé de la rencontre, « Bad Joe » est suspendu une semaine par la NHA et reçoit une amende de 100 $. Le Quebec Hockey Club perd trois des quatre matchs suivants, séquence qui prend fin avec la plus imposante défaite de la saison, le 22 janvier. Harry Hyland, le joueur étoile que les Wanderers ont « volé » à la PCHA, compte huit buts au Skating Rink de Québec et aide son club à l’emporter 10-6. Québec a maintenant cinq victoires et quatre défaites, et occupe le deuxième rang derrière le Canadien. Commence alors une séquence victorieuse sans précédent dans l’histoire du club.

Le hockey à sept pour une dernière fois

Le 29 janvier à Ottawa, Tommy Smith prédit que les Sénateurs « se coucheront » devant eux, ce qu’ils ont d’ailleurs fait, puisqu’ils ont été défaits 5-3. C’est en principe le dernier match de la saison à six contre six, puisqu’à la demande des clubs Ottawa et Tecumsehs, la NHA revient à la combinaison traditionnelle à sept joueurs pour la seconde moitié de la saison. La semaine suivante, le Ottawa Journal prédit que, cette fois, les joueurs québécois n’auront pas autant de plaisir dans la capitale fédérale. Selon l’article qui cite un joueur anonyme, Ottawa cherchera la bagarre contre Québec. Le Quebec Hockey Club domine finalement tous les aspects du jeu, même les moins sportifs, et l’emporte 4-1. On raconte que Joe Malone passe son temps à s’arrêter au banc et à rigoler avec le gérant Mike J. Quinn. Désabusés, des spectateurs sollicitent un peu de fierté et demandent à leurs favoris de s’en prendre à « Bad Joe » Hall : « Get Hall ! Get Hall ! » Exaspéré, le vétéran défenseur y va d’une réaction passée depuis à l’histoire. Voici comment le Montreal Gazette décrit la scène. « Hall, en possession de la rondelle, a patiné jusque dans sa zone, du côté est de l’aréna. Il s’est arrêté, a mis une main sur le côté de son visage et s’est mis à crier aux spectateurs : “Pourquoi ne pas descendre sur la glace et vous en prendre à Hall vous-même ?” » Aucun amateur n’accepte l’invitation. Le reste de la période se passe en zone des Sénateurs, ce qui permet au gardien Moran de poursuivre la discussion avec les spectateurs… Le lendemain, le club Ottawa, le seul maintenant à tenir farouchement au hockey traditionnel à sept joueurs, accepte finalement de se joindre aux amateurs et autres clubs de la NHA qui réclament le hockey plus ouvert et rapide dont ils ont été témoins depuis deux ans. Québec a gagné une autre bataille.

Les Bulldogs de Joe Hall

1910 février 1913, Ottawa Citizen

10 février 1913, Ottawa Citizen

Le surnom des « Bulldogs » de Québec revient probablement au journaliste Tommy Gorman de l’Ottawa Citizen, comme on peut lire pour la toute première fois en page 8 de l’édition du 10 février 1913. C’est le titre associé à une victoire de 4-1 à Ottawa : « Les “Bulldogs” de Québec triplent le pointage et s’agrippent fermement à la coupe Stanley ». Les premières lignes du texte expliquent le lien. « Les Bulldogs de Joe Hall, surnom utilisé fréquemment par la confrérie des joueurs, n’ont pas eu trop de difficulté à s’approcher de la coupe Stanley lorsqu’ils ont rencontré et battu Ottawa par la marque de 4 à 1. » Comme pour expliquer cette image, le journaliste compare Québec et le Canadien, ce dernier rudoyé dans la défaite de 2-1 la semaine précédente. « Contrairement aux Canadiens, ils ont refusé d’abdiquer. » Une portion de l’article est reprise dans le Calgary Daily Herald de cette façon. Le Toronto World écrit « Bulldogs » dans un seul mot. Enfin, le Quebec Chronicle emploie aussi « Joe Hall’s Bulldogs », tout comme le Citizen le lendemain et durant plusieurs jours. Le 18 février, dans une pleine page remplie de photos des joueurs, le Quebec Chronicle ose enfin : « Les Bulldogs de Québec s’agrippent avec détermination à la coupe Stanley. » Il revient plus timidement le 28 avec l’expression « Joe Malone’s Bulldogs ». L’utilisation systématique du sobriquet se propage définitivement à l’automne 1913 et dans les journaux francophones en 1915. Contrairement à ce que prétendent plusieurs écrits, l’origine du surnom ne date donc pas des premiers pas du Quebec Hockey Club. Aucune mention n’a été trouvée au fil des 35 premières années. Le Chronicle le confirme en quelque sorte le 11 février 1916 : « [...] le Club a été surnommé “Bulldogs” il y a quelques années pour ses qualités de combattants et de finisseurs. Il ne mérite pas cette appellation cette saison. » Le surnom revient donc au courage et au sang-froid de ce club, inspiré par son leader, le dur à cuire Joe Hall, probable propriétaire de Togo, le bulldog en vedette sur la photo du club gagnant d’une autre coupe Stanley.

Deuxième conquête de la coupe Stanley

Obrien-Quebec

Les inscriptions du Quebec Hockey Club sur le trophée O’Brien, symbole du championnat de la NHA.

Il reste deux semaines au calendrier régulier, et le Quebec Hockey Club s’assure du premier rang de la NHA et de la coupe Stanley grâce à une victoire de 7-6 sur le Canadien, à Montréal, le 22 février. À l’image de la saison, Québec revient de l’arrière. Malone compte ses deuxième et troisième buts du match pour transformer le retard en victoire. Avec trois rencontres à disputer et le championnat en poche, les Bulldogs gardent le cap sur une saison de rêve. En bout de piste, Hall et Malone alignent onze victoires de suite pour une fiche incroyable de seize victoires et quatre défaites, six victoires devant les « invincibles » Wanderers. Joe Malone remporte son premier championnat des compteurs avec 43 buts en 20 matchs. Profitant des qualités de passeurs exceptionnelles, son ailier Tommy Smith le suit de près avec 39 buts pour le deuxième rang de la NHA. Paddy Moran quant à lui termine au premier rang chez les gardiens réguliers, devant Georges Vézina.

Les Millionaires en ville

La MaPHL obtient le droit d’affronter les détenteurs de la coupe Stanley. Malheureusement, mis à part le défenseur « Cap » McDonald, la nouvelle formation de Sydney est remplie d’inconnus au talent douteux. Selon certains écrits, les Sydney Millionaires ont gagné leur championnat grâce à du jeu intimidant. Même si les coupes Stanley et O’Brien sont de nouveau présentées dans une vitrine décorée aux couleurs du club chez Holt Renfrew, la frénésie n’est pas la même qu’à pareille date l’année précédente. Pour ce premier match le 8 mars, une assez bonne foule se rend au Quebec Skating Rink. Comme les Millionaires possèdent des uniformes similaires à ceux de Québec, ils portent ceux du Emmet, club senior de la ligue municipale. Ils auraient peut-être dû aussi aligner leurs meilleurs joueurs. Dans une victoire de 14-3, Joe Malone connaît le festival offensif de sa carrière. Il met la table avec deux buts en première période, puis explose avec cinq buts en deuxième. Le match étant hors de portée pour les Millionaires, Québec remplace les joueurs étoiles Joe Hall et Tommy Smith par Billy Creighton et Jeff Malone (le frère de Joe), deux substituts qui n’ont pas joué plus de 40 minutes cette saison. Joe Malone ajoute tout de même deux buts en troisième période, pour un total de neuf buts dans la partie. L’historien Charles Coleman avance que Malone visait le record de quatorze buts dans une partie de la coupe Stanley établi par Frank McGee en 1905 contre le club de Dawson City, sans doute la plus faible formation à avoir obtenu le droit de disputer le trophée. Si le record avait été l’objectif de « Gentlemen Joe » Malone, Smith et Hall seraient certainement demeurés dans le match. Avec onze points d’avance dans cette série au total des buts, le grippé Joe Malone prend congé pour le dernier match, le 10 mars 1913. Smith, peu réputé pour son ardeur au travail, remplace Malone au centre, semble faire peu de cas de ses adversaires et n’effectue aucun repli défensif. Dans un match sans enjeu, la plus petite foule de la saison est témoin d’une victoire de 6-2. Afin de mettre un peu de piquant en fin de match, le gardien Paddy Moran s’élance avec la rondelle et rate le but de peu. Le fait saillant de la rencontre se déroule entre les périodes. On honore l’architecte de cette formidable équipe, le gérant Mike J. Quinn. Au premier entracte, on lui remet une bourse de 550 $, fruit d’une souscription publique lancée depuis quelques semaines. Avant la troisième période, c’est au tour des joueurs de lui offrir un superbe loquet en or. Le Quebec Hockey Club est encore détenteur de la coupe Stanley, mais sa saison est loin d’être terminée.

New York, New York

À peine champions, les Bulldogs prennent de nouveau le train pour y jouer le tournoi annuel de New York, disputé au Saint Nicholas Rink et doté d’une bourse de 2500 $. Cette fois, le club affronte directement les Wanderers en finale. Ces derniers ont remporté leurs deux matchs contre le club Ottawa et attendent Québec patiemment. Après quatre jours de repos, ils inscrivent six buts en première période, infligeant une défaite de 9-5 à Québec, une première depuis le 25 janvier. Joe Malone, toujours affaibli par la grippe, quitte la rencontre après la première période. Le deuxième match disputé le 15 mars est remporté 5-3 par Québec, qui perd toutefois la série 12-10 au total des buts. Cette rencontre est si violente que le New York Times avance que les « clubs canadiens repartent à la maison avec un record d’yeux au beurre noir, de lacérations à la tête et de côtes fracturées, du jamais vu ici ». Le gardien Albert Cadotte des Wanderers est assommé dans une mêlée générale et termine la rencontre dans le vestiaire, encore inconscient. Ce sera son dernier match en carrière chez les professionnels. La partie s’est jouée dans un épais brouillard en raison d’une glace ramollie par le temps doux. On dit même qu’Art Ross a compté un but du centre de la patinoire, rondelle que n’a jamais vue Moran. Enfin, l’article du New York Times décrit les prouesses de Joe Malone, auteur des cinq buts de son équipe. Le récit du journaliste est peut-être à l’origine de son surnom le plus connu : « Phantom Joe ». « Joe Malone était rapide comme l’éclair. Il glissait sur la glace comme un fantôme dans un épais brouillard. Son spectre semblait surgir devant chaque adversaire auquel il soutirait toujours la rondelle. »

Une « série mondiale » de hockey

Depuis deux ans, la PCHA demande d’affronter les champions de la coupe Stanley. Québec s’est toujours dit favorable à cet affrontement, mais à la condition de jouer ses matchs à la maison, comme le veulent la tradition et son privilège. En septembre 1912, le Quebec Hockey Club invite New Westminster, club champion de la PCHA en 1911-1912, à l’affronter en décembre, se disant même disposé à s’entraîner sur la glace artificielle du Saint Nicholas Rink de New York pour s’y préparer. Pas une semaine ne passe sans que les journaux relatent les débats entre Lester Patrick d’une part et Mike J. Quinn de l’autre. La PCHA ne veut pas jouer à Québec, et le Skating Rink est trop petit pour rentabiliser le voyage. Patrick propose de
jouer la série à Toronto, en territoire neutre, ce que refuse encore Québec, par respect pour ses partisans. « Défendre la coupe Stanley à l’extérieur de la ville conquérante tuerait le hockey », affirme Quinn. Il est aussi possible que ce dernier n’entende pas accorder de faveur à la PCHA, « voleur » de cinq de ses joueurs depuis 1911. Comme les commissaires de la coupe Stanley n’ont pas le pouvoir de forcer l’équipe championne à jouer ailleurs que chez elle, c’est l’impasse. Le trophée ne sera pas à l’enjeu cette année-là. Lester Patrick tient tout de même à prouver au pays que ses champions peuvent rivaliser avec le Quebec Hockey Club. Il leur offre ainsi 3000 $ pour venir jouer une série de trois rencontres contre les Victoria Aristocrats, champions de la PCHA. Il dit s’inspirer des séries mondiales au baseball qui opposent annuellement les champions des deux ligues majeures. Sans coupe Stanley en jeu, Québec accepte l’offre.

Un looooooong voyage

Remarquez le chandail bleu avec l’écusson qui semble dire "Quebec Hockey Club, Champion NHA 1912-12"

Pause devant un train, en route pour Victoria. Remarquez le chandail bleu avec l’écusson qui semble dire "Quebec Hockey Club, Champion NHA 1912-13". J’ai coloré cette photo de la collection de Joe Malone jr.

Toujours à New York le 15 mars, le Quebec Hockey Club se dirige d’abord à Montréal et poursuit sa route pour le long voyage de près de 6000 km vers l’île de Vancouver. Il s’arrête à Brandon, au Manitoba, le 19 mars, pour un entraînement qui attire beaucoup d’amateurs venus voir trois des leurs : Hall, Mummery et Creighton. L’équipe arrive à Victoria le 22 mars et profite d’un entraînement au Victoria Arena, patinoire de 3500 sièges construite en 1911 au coût de 110 000 $ et dotée d’une surface artificielle. La série décrite par erreur par plusieurs journaux de l’époque comme celle de la coupe Stanley débute le 24 mars. Québec retrouve chez les Aristocrats deux anciens joueurs : le défenseur Goldie Prodger et le centre Tommy Dunderdale, champion compteur de la PCHA. Les règles de la PCHA s’appliquent dans ce premier match. Le hockey se joue encore à sept. Les punitions ne correspondent pas à des amendes comme dans la NHA, mais plutôt à des sentences chronométrées que doivent purger les joueurs fautifs sur le banc des punitions. Près de 5000 spectateurs voient leurs favoris remporter le premier match 7-5. L’arbitre de Victoria Joe Gorman est le « héros » de cette rencontre, alors qu’il refuse un but à Québec. Il punit par la suite Hall et Crawford. Privé de ses joueurs, le Quebec Hockey Club accorde trois buts. « Plusieurs lettres ont été envoyées aux journaux de Victoria dénonçant le traitement injuste qu’on avait infligé au Québec », racontera plus tard Mike J. Quinn à L’Action sociale. Le second match, disputé le 27 mars selon les règles de la NHA, est arbitré par le Wanderer Art Ross. Québec profite de l’inexpérience de Victoria à ce style de jeu. Les Bulldogs l’emportent 6-3, malgré une foule hostile à leur endroit. Voyant l’avantage que procurent les règlements particuliers, Mike J. Quinn et Lester Patrick s’entendent pour scinder en deux le match décisif du 29 mars. Le sort a favorisé les règles de la NHA en première moitié, mais Victoria mène tout de même cette portion du match 2-0. Les Aristocrats de Victoria l’emportent 6-1 pour enlever les honneurs de la série. Québec qui, contrairement aux autres clubs, a fait de très rares permutations de joueurs au cours de la saison, a paru vraiment à bout de souffle. Malone est méconnaissable, ayant puisé dans toutes ses ressources pour jouer le dernier match. Sur les rails depuis près de trois semaines, les joueurs de Québec ont affronté une équipe bien reposée, chez elle, et bien soutenue par de chauvins partisans.

Les Patrick gagnent leur pari. Dès la saison suivante, seuls l’Est et l’Ouest du pays, représentés par leurs meilleures ligues respectives, vont concourir pour la coupe Stanley. Comme si ce n’était pas assez, le Quebec Hockey Club termine son long périple en affrontant deux équipes d’étoiles. D’abord celle des meilleurs joueurs de Vancouver et de New Westminster, dont les « déserteurs » Oatman et McDonald font partie, qui l’emporte 9-3 à Vancouver. Puis, sur le chemin du retour, le 2 avril à Calgary, Québec affronte l’équipe d’étoiles de la NHA d’Art Ross qui a aussi fait le voyage. Privé de Joe Hall demeuré à Vancouver, Joe Malone offre à Carl Kendall, un Québécois des Millionaires de Vancouver qui revient chez lui, la chance de jouer au centre. Ce dernier compte trois buts. Joe Malone, évoluant pour une rare fois à l’aile, enregistre quatre buts dans une victoire de 9-8. Au fil des derniers kilomètres, le Quebec Hockey Club se déleste de presque tous ses membres. Le 7 avril à 18 h 30, les frères Jeff et Joe Malone sont les seuls joueurs de l’équipe à débarquer à la gare de Québec. Le capitaine Joe Malone aura compté 65 buts en 28 parties durant l’hiver, sa meilleure saison en carrière. « Le meilleur centre au monde » a dans ses bagages une nouvelle offre de Lester Patrick qui l’invite cette fois à choisir les conditions monétaires de l’entente. Malone décline l’offre, la ville de Québec étant en voie d’obtenir enfin son premier aréna conçu pour le hockey.

Joyeux Noël !


Bulldogs carte de noel

À l’aube de la meilleure saison de l’histoire des Bulldogs de Québec, l’organisation, les joueurs et "son parrain" vous souhaite de joyeuses fêtes ! Cliquez ici pour une carte bien spéciale, gracieuseté de la Commission des Champs de Bataille Nationaux !

Article sur "La Coupe à Québec" dans Les Grands Hebdos


Une belle rencontre avec Denis Fortin, un grand journaliste, beaucoup plus grand que moi !

Joe Malone et moi, avant les cérémonies d’avant-match des Remparts de Québec.

NB: Denis écrit que les joueurs pouvaient gagner plus de 5000$ en 1910. Jje parle trop vite ou je me suis emporté, c’est surement de ma faute. En fait, un seul joueur a fait ce salaire cette année là en hockey professionnel, Fred Taylor des "Millionnaires" de Renfrew et c’est pas pour rien qu’ils ont hérité de ce surnom. Ils ont offert plus de 22 000 $ en salaire cette saison là à leur sept joueurs, devenant la première véritable équipe de hockey à tenter de s’acheter la Coupe Stanley, sans succès.

Selon mes recherches, aucun joueur de Québec n’a fait plus de 2000 $ en une saison. Vous lirez par contre qu’on a offert 3000$ à Didier Pitre en 1912, mais c’était dans une combine avec le Canadien qui n’a pas obtenu l’accord de l’ANH.

Pour lire l’article, passez par ici !

La Coupe à Québec: la Une !


Voici l’image qui sautera aux yeux de milliers de lecteurs dès la mi-novembre : cette magnifique couverture sur papier haute densité glacé d’une grande équipe de hockey, le Quebec Hockey Club, posant fièrement dans le studio de Marc-Alfred Montminy de la rue Couillard en mars 1913 après une deuxième conquête de la Coupe Stanley.  La pièce de résistance de ce montage réalisé par André Durocher est une idée de Frédéric Smith de la Commission de la Capitale Nationale et de l’éditeur Sylvain Harvey qui ont demandé à Gianni Caccia de colorer pour la première fois cette photo légendaire. Le travail de précision est, convenons-le, remarquable. En plus de la Coupe Stanley et la Coupe O’Brien (trophée du championnat de le saison en NHA), il est plus facile de distinguer les joueurs et leur équipement, dont l’usure des jambières du gardien Paddy Moran, les culottes, les patins et les bas, étonnamment différents d’un joueur à l’autre, dotés à quelques occasions de rudimentaires protèges-genoux.  On remarque aussi le deuxième chandail de la saison 1912-13, celui porté par le joueur substitut Walter Rooney (debout au centre).

Sous le titre "La Coupe à Québec : Les Bulldogs et la naissance du hockey" on aperçoit quelques joueurs de la première génération du Club Québec à l’intérieur du Quebec Skating Rink posant pour le Daily Telegraph en janvier 1894, à quelques jours du Carnaval de Québec et du grand match qui les oppose au premier gagnant de la Coupe Stanley, le Montreal AAA, partie qu’ils ont d’ailleurs gagné 3-2.

Le livre explique en détails l’histoire derrière ces deux photos…. et tellement TELLEMENT PLUS ! Plus de 160 pages, 150 photos couleurs (lorsque possible) il sera en kiosque bientôt au coût de 29,95 $. N’hésitez pas à le demander à votre libraire préféré, question de l’inciter à mettre cette magnifique photo en vedette !

Nouvel amphithéâtre et emplacement controversé : un vieux débat.


Le Quebec Skating Rink, vers 1915, près de la porte St-Louis.

Le Colisée de 2012 a ceci de commun avec le Quebec Skating Rink de 1912 : Il est désuet. Malgré les époques et leurs réalités, il est étonnant de constater certaines similitudes entre les deux dossiers et l’omniprésence des maires Drouin et Labeaume… Cet article sera du livre à paraitre l’automne 2012.

Le "Pavillon des patineurs" (Skating Rink) a été conçu en 1877 sans même avoir le hockey en tête. Son déménagement en 1891 sur Cove Fields (Plaines d’Abraham) lui permet d’y ajouter des gradins. Malgré cela, il ne peut s’y asseoir que 1400 personnes et accueillir 3500 spectateurs fort inconfortables autour d’une glace de 180′ par 70′.

Rumeurs ou projets de nouvel aréna non menés à terme, il y en a eu par dizaines dans les années 1910. Ce "nouvel Aréna" était prévu près de la Grande-Allée.

Le 12 mars 1913, deux jours après une 2e conquête de la Coupe Stanley par ses "Bulldogs", le maire Drouin reçoit de la part du Club de hockey Québec une proposition d’achat de terrain dans St-Roch pour y construire un aréna. Le Club privilégie deux emplacements : soit à l’intersection de la rue St-Roch (Gare-du-Palais) et Desfossés (Charest) ou encore coin St-Roch et St-Marguerite, tout près de la Gare C.P.R. et de l’éventuelle gare du Palais. Le Club est disposé à payer le prix demandé à l’aide d’un fond d’amortissement de 1%, à un taux d’intérêt de 4%. En retour, il promet un aréna d’une valeur de 60 000$. Cette offre est supportée par un ami du Club, l’échevin Joseph-Camillien Lockwell, « convaincu que les citoyens vont apprécier l’achat des terrains et maisons aux prix de l’évaluation municipale ».

Toutefois, une autre offre est sur le bureau du maire de Québec. Elle provient d’un groupe de Lévis dirigé par Joseph-Étienne Dussault, accompagné de ses frères Horace et Léopold et de ses beaux-frères Noël Belleau et Louis-Gédéon Gravel. Le groupe appelé « Syndicat de l’Aréna de Québec » propose un aréna situé au Parc Victoria. Cette proposition est supportée par Arthur Derome, un autre administrateur du Club Québec.

Lockwell favorise encore le projet présenté par le Club de hockey, « amené par des gens de Québec ». Aussi, il est « mieux situé pour les joueurs et spectateurs », à deux pas de la gare et de l’hôtel Victoria, la « maison du club ».

Les deux projets sont défendus le 28 mars lors d’une rencontre du comité des finances de la ville. Le maire Olivier-Napoléon Drouin se montre favorable à sa réalisation car « le hockey semble être le sport le plus populaire actuellement et il existe de tels arénas dans presque toutes les villes au pays. Comme le Club Québec est le meilleur club au Canada, il est grand temps de lui procurer un endroit et un aréna convenable ». Le maire Labeaume n’aurait pas dit mieux!

Canadien vs Québec, 3 janvier 1917

Drouin favorise le projet du Syndicat dans « son » Parc Victoria, lieu qui avait aussi été proposé par le Club de Hockey Québec en 1912 mais refusé par la Ville. Cette fois, le maire croit pouvoir obtenir l’accord des Sœurs de l’Hôpital Général de Québec qui ont cédé ce terrain à la Ville en 1896 sous certaines conditions. Les Sœurs s’objectent encore à l’érection d’un aréna, mais les conseillers de la ville recommandent tout de même d’aller de l’avant avec le projet. L’offre du groupe Dussault est aussi plus concrète : riche de la succession de leur père décédé en 1909, les Dussault déposent immédiatement un chèque de 10 000$ en garantie de réalisation pour le 1er décembre. Les plans et devis sont prêts : un bâtiment de 300′ x 225′ pour une surface de jeu standard de 200′ x 85′, structure en acier et béton, 7000 sièges et l’option d’une glace artificielle dans les cartons.

Le projet est déposé pour adoption au conseil de ville le 4 avril 1913 mais Lockwell s’y oppose, « par respect pour le Club Québec qui est toujours en tournée dans l’ouest du pays ». Dès leur retour, le gérant Mike Quinn et d’autres membres de l’organisation s’entendent rapidement avec le groupe Dussault pour une location de cinq ans, soulagés et convaincus que l’aréna sera « le plus adéquat au pays ». Il comptera finalement 5500 sièges, pour une capacité maximale de 6500 spectateurs. La ville entérine le projet le vendredi suivant. Le terrain sera loué au coût fixe de 200$ par année pour une durée de 50 ans.

Un peu moins de 9 mois plus tard, le match inaugural de l’Aréna de Québec a lieu le 29 décembre 1913 contre le Canadien. Pour l’occasion, le président de la NHA, Emmet Quinn, le maire Drouin et le Lieutenant-

Vue aérienne de l’Aréna du Parc Victoria, vers 1930 (bâtiment blanc). Il est situé dans le stationnement actuel du stade de baseball, parallèle à la ligne du 3e but. Le stade municipal sera érigé quelques années plus tard. L’Aréna sera détruit par un incendie en 1942.

gouverneur Sir François Langelier font l’honneur de leurs présences. Ce dernier « donne le signal de la joute en sonnant la cloche ». Ce ne sera pas une salle comble; entre 4500 et 5000 spectateurs assistent à la rencontre, « mais la direction de l’Aréna et le club (Québec) sont satisfaits, compte tenu que plusieurs grands magasins étaient demeurés ouverts ». C’est Jack Laviolette du Canadien qui aura l’honneur d’y inscrire le premier but. Négligé à trois contre un par les parieurs, le Canadien gâche la fête et l’emporte 4-3.

Nul doute que les championnats du Club de hockey et les prouesses de son capitaine Joe Malone ont permis cette réalisation. Québec cesse d’être la risée du pays et offre à son club et ses fidèles amateurs un premier amphithéâtre conçu pour le hockey.

Si on dit de Jean Béliveau qu’il a construit le Colisée en 1949, on peut aussi dire de Joe Malone qu’il a construit l’Aréna en 1913. Signe des temps, aucun joueur ne pourra être associé au prochain…

La Robinson Cup


L’HISTOIRE RETROUVÉE D’UN TROPHÉE.

 Au fil des ans, mon blog quebecbulldogs.com m’a permis de beaux échanges d’informations et de belles découvertes, comme la présence d’un trophée inconnu, la « Robinson Cup » que tient d’une main Benoit Morin. Voici une des photos qu’il m’a fait parvenir en 2008.

Trois années ont passé avant d’avoir l’histoire derrière cette récompense.  Je fouillais à New York. La réponse était à Québec.

 Le 27 janvier 1906, le new-yorkais R.E. Robinson assiste à la victoire de 3-1 du Club de hockey Québec sur les Shamrocks à Montréal. Impressionné par ce qu’il vient de découvrir, il demande d’organiser un match pour agrémenter son séjour à Québec prévu dans les prochains jours. Le lundi 29 janvier, il assiste donc à une partie entre les deux équipes du Club Québec, le sénior et l’intermédiaire.

Quebec Chronicle, 30 janvier 1906. On y retrouve les noms des joueurs des deux équipes. L'arbitre C. Gordon Blair est le président du Club.

Quebec Chronicle, 30 janvier 1906. On y retrouve les noms des joueurs des deux équipes. L'arbitre C. Gordon Blair est le président du Club.

 Sans surprise, le grand club l’emporte 9-3 devant une foule considérable dont  R.E. Robinson qui remet la Coupe au capitaine Joe Power. Il remercie alors les 14 joueurs en présence qui l’applaudissent après un discours fort apprécié.

 Ce trophée est de nouveau challengé le 15 février 1906. Les séniors l’emportent 11-6 mais le match n’est pas pris au sérieux par les joueurs et déchantent les 400 spectateurs qui se sont déplacés pour cette « mascarade ».

 Le trophée Robinson ne semble plus avoir été disputé par la suite.

 Les noms des joueurs de l’équipe gagnante qui figure sur le trophée sont ceux du premier match, sans doute gravés entre les deux parties. On note l’absence du joueur étoile Herb Jordan qui avait quitté l’équipe à ce moment, désabuser du hockey. Il y sera pour le second match.

 Un immense merci à Benoit Morin qui nous a permis cette page d’histoire. Il conserve jalousement l’une des rares pièces de collection de l’équipe.