Le skating rink de 1877: Le troisième à Québec, pas le premier.


Scope (Québec) novembre 2013. La correction est de moi ;)

Québec Scope magazine, novembre 2013. La correction est de moi ;)

Le magazine Québec Scope publie un intéressant top50 des choses qu’on ne savait (peut-être) pas sur la Capitale. L’item numéro 10, en page 36, traite du Quebec Skating Rink devant le Parlement. C’est vrai qu’il a été inauguré en décembre 1877, mais il s’agit bien du 3e, pas du premier. L’article aurait eu plus de punch s’il avait informé ses lecteurs d’une première historique: La Ville de Québec a été la première à offrir une patinoire intérieure, dès 1851! Le hangar était situé au quai de la Reine. Le Club de patinage de Québec, fondé la même année, érige un Skating Club plus spacieux tout près du Parlement en 1864. C’est la construction de ce dernier qui oblige le club de patinage à aménager un terrain près de la porte St-Louis. Comme le précise avec justesse l’article, il a dû être démantelé en avril 1889, mais son déménagement ne sera pas complété avant le mois de décembre 1891. Je vous invite à consulter les photos et les articles concernant ses immeubles dans mon livre La Coupe à Québec, les Bulldogs et la naissance du hockey.

Didier Pitre à Québec? Sur une carte de hockey seulement.


Renaud Dorval me demande via Twitter pourquoi la National Hockey Association (NHA) a refusé la transaction qui aurait permis au Quebec Hockey Club d’aligner le  meilleur compteur du Canadien, le joueur étoile Didier Pitre. La réponse se trouve à la page 88 de mon livre « La Coupe à Québec : Les Bulldogs et la naissance du hockey ».  En voici l’extrait, agrémenté de quelques détails supplémentaires.

Joseph George Didier Pitre, dit Cannonball ( 1883-1934), est un ailier droit québécois professionnel de hockey sur glace ayant essentiellement joué pour les Canadiens de Montréal. Élu au  Temple de la renommée du hockey en 1962.

Natif de Valleyfield, Joseph George Didier Pitre, dit Cannonball ( 1883-1934), est un ailier droit ayant essentiellement joué pour les Canadiens de Montréal. Élu au Temple de la renommée du hockey en 1962. Cette carte de hockey de la saison 1912-13 l’identifie au Club de Hockey Québec.

DIDIER PITRE À QUÉBEC !

Le 26 novembre 1912, les journaux annoncent en grande pompe l’arrivée du joueur étoile du Canadien de Montréal, l’attaquant Didier Pitre, auteur de 28 des 59 buts de son club en 1912, bon pour le 2e rang de la NHA.  En échange, Québec aurait donné les droits du déserteur Goldie Prodger, que le propriétaire George Kendall (dit Kennedy) du Club de Hockey Canadien croit être capable de rapatrier dans la NHA.

Selon l’Action Sociale, Kendall était au théâtre Princess de Québec la veille en tant que promoteur de lutte, sa passion première.  C’est là qu’il aurait accepté l’offre de Québec.  À ce moment, le secrétaire Arthur Derome est à Montréal et convainc Pitre de signer le contrat évalué plus tard à 3 000 $, la plus importante somme jamais offerte par le Club Québec.  Ce journal n’est pas peu fier de cette nouvelle :

« Tout en augmentant de 100 % la valeur de son équipe, elle vient de donner à l’élément canadien-français de Québec, dont l’encouragement n’a jamais fait défaut aux champions, un représentant sur l’équipe. ».

Le « star French-Canadian player » est reçu comme un héros par la presse, logé avec sa femme à l’hôtel Victoria, accueilli avec une réception réservée aux grandes vedettes. Pitre est sur la glace pour le premier entrainement du 11 décembre et est ovationné à tout rompre, comme les joueurs Malone, Hall et Moran. Malheureusement, les centaines de spectateurs aux entrainements seront bientôt fort déçus. Des rumeurs ramènent Pitre à Montréal, d’abord niées par Québec. Le 21 décembre, le Quebec Chronicle se questionne : « Quelle est la position de Québec dans l’affaire Pitre ? »

Le lendemain, la NHA est réunie à Toronto et entend la version officielle de cette transaction. Pitre est, dans les faits, loué à Québec et le Canadien pourrait en tout temps réclamer ses services, ce qu’il ferait s’ils sont dans la course en 2e moitié de saison.  Kendall savait compter : la NHA, qui avait adopté la saison précédente le hockey à six joueurs, devait revenir au hockey à sept joueurs le 1er février. Le Canadien aurait coupé de moitié le salaire de son joueur étoile et récupéré son 7e joueur pour l’autre moitié de saison, tout en affaiblissant considérablement le Club Québec, détenteur de la Coupe Stanley.

Cette transaction illicite avait aussi pour but d’empêcher Pitre de se diriger vers l’ouest canadien.  Plus tôt en novembre, Vancouver avait échangé Newsy Lalonde au Canadien contre Pitre, mais Kendall refusait d’y donner suite, prétextant que la Pacific Coast Hockey Association (PCHA) se comportait cavalièrement avec la NHA.  Cette dernière délibère et refuse l’entente Québec-Montréal, ce qui met fin à l’association de Pitre avec Québec.  Frank Patrick, patron de la PCHA réclame de nouveau la transaction Lalonde – Pitre, sans succès.

Voyant la popularité du canadien-français auprès de la population, Québec aurait tenté de conclure une transaction valable auprès du Canadien. Malheureusement, « les canadiens-français de la vieille capitale n’auront jamais la chance d’applaudir un des leurs dans l’uniforme québécois » écrira l’Action Sociale. Pitre jouera avec le Canadien, tout comme Newsy Lalonde, ce qui envenime les relations NHA – PCHA.

Publicité du 15 février 1917. Didier Pitre et plusieurs joueurs professionnels patinent sur ses lames.

Publicité du 15 février 1917. Didier Pitre et plusieurs joueurs professionnels patinent sur les lames Fleming fabriquées à Québec.

Le populaire joueur québécois gardera toutefois un précieux souvenir de son passage à Québec : ses patins, fabriqués au Quebec Skate Manufacturing Co. du 259 rue St-Jean.  L’année suivante, il en commande une autre paire depuis Vancouver, qui l’a finalement acquis.

Et notre souvenir de son passage à Québec ?  Celui d’une carte de hockey de la série C-57, imprimée un peu trop tôt.

La Collection Simon Bourque est en vente.


La carte de 1913-24 de Joe Malone avec le CH.

La carte de 1923-24 de Joe Malone avec le CH.

J’ai mis en contact ma collègue Justine Boutet avec le collectionneur Simon Bourque et Marc Juteau, propriétaire de Classic Auctions. Aux enchères actuellement, une incroyable collection des plus vieilles et plus belles cartes de l’histoire du hockey.  Cliquez ici pour visionner le reportage et ici pour voir l’encan ! Vous avez jusqu’au 5 novembre pour vous procurer les Joe Malone, Paddy Moran ou Joe Hall (et bien d’autres, évidemment ;)!

Simon et Marc ont collaboré à plusieurs occasions pour la publication de mon livre.

Québec, berceau du hurley au Canada ?


joueur de hurley, historyirland.com

joueur de hurley, historyirland.com

Je vous raconte cette histoire même si, selon moi, elle n’est pas tout à fait terminé. Je cherche encore une façon de changer la fin ;)

Il y a plusieurs mois, un lecteur de mon livre "La Coupe à Québec" m’a fait suivre par la poste une copie d’une page d’un bouquin qui m’a vraiment intrigué. On y retrouve l’apparence d’un journal personnel, daté du 24 janvier 1826, qui raconte la pratique d’un jeu, le hurley, dans les rues de Québec.

Mardi, 24 janvier.— Les enfants ont inventé, depuis un an ou deux, un nouveau jeu d’hiver qui menace de devenir un danger pour les passants, si on n’y met pas bientôt bon ordre. J’ai moi-même failli être la victime d’une de ces bandes de jeunes joueurs qui, dans l’ardeur de leur nouveau passe-temps, considèrent tous ceux qui tentent de passer là, où ils sont à se pourchasser dans la rue, comme des intrus passibles des châtiments les plus sévères. Je remontais l’Esplanade quand, à l’angle de la rue Sainte-Anne, je suis tombé au milieu d’une dizaine de vauriens qui, hurlant à qui mieux mieux, les uns armés de lourds gourdins, les autres de vieux balais, couraient après une balle. J’ai reçu deux ou trois coups à me rompre les mollets et chevilles, avant de réussir à me tirer hors de cette cohue pour continuer ma route en pestant contre cette engeance indisciplinée et d’une grossièreté à faire dresser les cheveux sur la tête. L’inventeur de ce jeu mériterait le fouet et la potence … ou le fouet tout court. Le plus beau de l’affaire, c’est qu’il n’est plus un coin de la ville exempt de cette nouvelle folie. Dès que trois ou quatre enfants se sont réunis, le jeu (je devrais dire le massacre) commence. Faute de balle, on se sert d’un glaçon ou d’une patate gelée. Il paraît qu’on a donné un nom à ces batailles — le " Hurley ". (43) Que le ciel nous en débarrasse, puisque nos magistrats, comme toujours, préfèrent attendre que quelque citoyen honorable se soit fait assommer ou tuer avant d’intervenir.

Journal d'un bourgeois de Québec page frontaleSans attendre, j’ai cherché le livre en question. C’était vraiment mon jour de chance, un libraire de la rue St-Jean de Québec avait "Le Journal d’un bourgeois de Québec", un ouvrage posthume écrit par Émile Castonguay (1894-1956), publié en 1960. La préface du livre dit de Castonguay "qu’il était l’un des hommes les plus érudits du Canada français", jadis gérant général du quotidien l’Action Sociale et passionné d’histoire. Signant plusieurs textes pour le journal l’Action Catholique sous divers noms de plume, Castonguay raconte ici le quotidien d’un citoyen canadien-français anonyme, rentier et avide de loisirs, d’art et de culture. Échelonné entre mars 1825 et décembre 1826, son récit couvre une période négligée des historiens, non sans raison, car il ne se passe pas grand chose à Québec, sauf en ce 24 janvier 1926 en ce qui me concerne.

Castonguay avait, selon ma compréhension, mis la main sur ce journal intime et avait décider de l’éditer avec ses annotations. Cette page 211 citée plus haut en offre un bel exemple: (43) s’agirait-il de l’apparition du jeu de hockey ?

Cette phrase, comme la présence du mot hurley m’ont vraiment fait bondir. Mon collègue du S.I.H.R., le suédois Carl Giden, une sommité sur les origines du hockey semble aussi excité que moi: "Si c’est vrai" m’écrit-il, "il s’agit de la première mention du mot hurley au Canada". L’historien Bill Fitsell ajoute à nos échanges par courriel que ce serait aussi important, sinon plus, que la première mention du mot hockey au Canada, qui remonte au journal d’expédition de John Franklin, alors aux Territoires du Nord-Ouest, en 1825.  Le Hurley (ou Hurling) est un jeu irlandais ancêtre du hockey comme plusieurs jeux disputés en groupe utilisant balle et bâtons. Les Écossais jouent au Shinty ou au Shinny, les Anglais utilisent les termes Hockey ou Bandy et plus tard, les textes franco-canadiens parlent aussi d’un jeu de crosse.  En le désignant "hurley", notre Bourgeois condamne en quelques sortes un groupe de plus en plus présent en ville: les Irlandais. Ses ouvriers et leurs enfants n’ont pas une bonne réputation auprès de l’élite…

Je devais en avoir le cœur net. J’ai rejoint Claude Castonguay, le fils d’Émile, celui-là même que l’histoire décrit souvent comme le Père de la carte d’assurance-maladie au Québec. Dans mes rêves les plus farfelus, il avait encore le manuscrit original. Sa réponse m’a vite fait retomber sur terre:


(…) je dois avouer que le bourgeois et son journal n’ont existé que dans le cerveau de mon père. Par contre, comme il était féru de la petite histoire du 19ème siècle, s’il parle du hurley, c’est que ce jeu a existé. Tout intéressait mon père,  y compris les sports (…)

Nous voilà bien loin d’une preuve historique. J’ai été naïf et excité au point de négliger les passages du livre qui aborde le caractère fictif du personnage.

N’empêche, le récit d’Émile Castonguay et ses extraits précis qu’on retracent aussi dans les journaux de l’époque entrouvrent une porte: Et si son passage sur les aventures des jeunes joueurs de hurley était vraiment tiré d’un fait réel ? À preuve, cette vraie lettre retracée par Giden et Houda du SIHR, datée du 2 novembre 1827 (et rendue publique en 1919 par la société historique Columbia de Washington, DC) écrite par l’Américain Ephrem Steady qui offre à peu près la même histoire :

"Amis Gales et Seaton: Certains de vos concitoyens souhaitent être informés si une loi a déjà été votée par notre société, soit d’interdire le bandy dans les rues? Si une telle loi est en existence, le sujet devrait retenir l’attention du Conseil; nos yeux et nos membres sont
souvent mise en danger par cette pratique, et les dames sont obligés de modifier leur route ou
rencontrer le risque d’être renversé par les partis en lice pour le bandy-ball"...

Émile Castonguay savait peut-être que le souhait de son Bourgeois allait être éventuellement exaucé. Le Conseil de la Cité de Québec possède depuis au moins 1848 un règlement qui stipule que la pratique du hurley (appelé crosse dans la version française) dans les rues, ruelles ou places publiques de la Cité de Québec est interdite, sous peine d’une amende de 5 Chelins (Shillings) ou une peine maximum de 30 jours de prison.

Ironiquement, la Ville de Québec interdit toujours ce genre d’activité qu’on désigne maintenant "jeu dans une rue", même si aucune amende n’aurait été décerné depuis 2006.

Que de mystère, non ? Mes premières recherches en janvier 1826 ont été infructueuses mais je garde confiance de trouver ma conclusion rêvée car, ne l’écrit-il pas dès le départ, le jeu a été inventé par des enfants "il y a un an ou deux"…

Extrait de "Règlement pour l'entretien des chemins en cette Cité, 1848.

Extrait de "Règlement pour l’entretien des chemins en cette Cité, corporation de Québec", 1848.

Les chandails au fil des saisons (1/3)


Mon confrère de la SIRH Danny Laflamme travaille sur un projet bien ambitieux: recréer le plus fidèlement possible les chandails portés par les joueurs des équipes majeures en Amérique du Nord, de 1885 à 1930. Ce défi est de taille, car plusieurs éditions sont restées sans image sinon, de piètres qualités et bien sur, en noir et blanc.  Son objectif est de rendre accessible cette base de données aux membres du SIRH.

J’ai bien sur sauté sur l’occasion pour lui offrir mon aide au sujet du Quebec Hockey Club. Il s’est glissé plusieurs erreurs de dates et même de conception à travers le temps et les différents sites web et livres sur le sujet.

Grâce à sa collaboration et sa permission, voici donc le premier de trois volets sur les chandails du club de hockey Québec.

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Quebec Hockey Club 1877-78 (première édition) création: Danny Laflamme.

Quebec Hockey Club 1877-78 (première édition) création: Danny Laflamme.

chandail du club de football-rugby de Québec, 1878.Il est fort probable que le premier chandail porté par les joueurs de ce tout nouveau sport intérieur qu’est le hockey sur glace soit en fait un chandail de… football ! La plupart des hockeyeurs du Club, dont le capitaine Charles Miller venaient de remporter un championnat de rugby-football sous ses couleurs. Au fil des ans, le chandail aux lignes horizontales bleues et blanches (ou grises) est fréquemment utilisé par le "premier" club de la ville de Québec, que ce soit en football, en crosse et bien sur, en hockey.

Quebec Hockey Club 1887-88 création: Danny Laflamme.

Quebec Hockey Club 1887-88 création: Danny Laflamme.

1888 chandail QuebecCertainement le plus différent chandail de l’équipe, il est clairement identifié au groupe anglo-saxon de la majorité des joueurs de l’époque. La Croix de St-Georges, rouge sur un écusson blanc, est aussi utilisée sur le drapeau de l’Angleterre, dont le saint est également le patron (wikipedia). Comme le chandail ne nous permet pas de définir précisément sa couleur principale, nous avons opté logiquement pour le bleu. Il nous est impossible de connaitre exactement le moment de son apparition dans le vestiaire du Club. Peut-être est-il ainsi depuis plusieurs années…

Quebec Hockey Club 1891-92 création: Danny Laflamme.

Quebec Hockey Club 1891-92 création: Danny Laflamme.

QuebecAprès deux hivers sans toit, le Club de Hockey Québec emménage dans le Quebec Skating Rink revampé sur les Plaines d’Abraham en décembre 1891. Une des rares photos du Club sans trophée, sinon, peut-être, ce nouveau chandail qui compte encore 6 lignes horizontales. Remarquez la ligne bleue supérieure qui se sépare pour laisser jaillir le col roulé. Il n’apparaît aucun logo ni numéro. D’ailleurs, il n’y en aura pas pour encore 20 ans…

Quebec Hockey Club 1893-94 création: Danny Laflamme.

Quebec Hockey Club 1893-94 création: Danny Laflamme.

Quebec 94Le fait d’arme de la saison 1894 est sans aucun doute cette victoire de 3-2 contre le premier et alors détenteur de la Coupe Stanley, le Montreal Hockey Club (associé et souvent appelé M.A.A.A.), lors du match qui a cloturé le premier Carnaval de Québec. Albert Edward Swift (photo) porte d’ailleurs une des médailles obtenues à la suite de cette brillante victoire, grandement célébrée en Ville. L’autre, c’est pour féliciter le Club pour la belle saison.

Avant Michael, y’a eu George McCarron !


George McCarron, tel qu'illustré par le Pittsburg Press du 18 janvier 1903.

George McCarron, tel qu’illustré dans le Pittsburgh Press du 18 janvier 1903.

Le Canadien vient de faire de l’Américain Michael McCarron son 1er choix au repêchage en 2013. 110 ans plus tôt, c’est à un McCarron de Québec de faire la une des pages sportives de Pittsburgh. J’ignore si un lien de parenté les unis, mais chose certaine, George a été le premier joueur de hockey professionnel de la grande famille.

Dans les faits, cet attaquant de Québec est d’abord le tout premier joueur de hockey professionnel natif de la Capitale. Il m’a été impossible de retracer le certificat de naissance de George Ernest Irwin McCarron. Né en 1879 ou 1880, il est peut-être aussi de Pont-Rouge comme son frère Thomas né en 1877. De sang paternel irlandais et écossais du côté de sa mère, il habite le 78 St-Vallier à Québec au rescencement de 1881. Il est un des grands joueurs à avoir porté le chandail des Crescents, un autre club de Québec, auquel il est associé dès 1896 lors de la victoire de ce club au Carnaval de Québec. C’est aussi cette année là qu’il s’enrole dans la milice volontaire canadienne du 8e Régiment comme bon nombre de ses coéquipiers.

Très attaché aux Crescents, tout comme son frère aîné Thomas qui en est le secrétaire-trésorier, il a fort probablement résisté aux appels du grand club senior pour demeurer avec son club de calibre intermédiaire.  Il ne jouera que deux matchs avec le Quebec Hockey Club,  en 1900-01, le temps de compter 7 buts ! Il passe les deux années suivantes avec les Crescents. Presque tous ses coéquipiers dorénavant avec le club Québec, il amorce une carrière professionnelle chez le Pittsburgh Athletic Club pour la saison 1902-1903. Officiellement, George travaille à la Pittsburgh Steel Corporation, mais la grande majorité des joueurs canadiens de la Western Pennsylvania Hockey League ont une prime pour jouer au hockey, ce qui est formellement interdit dans les ligues canadiennes, encore toutes amateurs. De plus, cette année là, il termine premier compteur de son équipe avec 14 buts en 13 parties et premier au chapitre des pénalités avec 47 minutes "sur la bande". Il est, sans surprise, nommé sur la première équipe d’étoile de la ligue.

Toujours cet hiver là, un samedi matin du 22 février 1903, George McCarron prend pour épouse à Pittsburgh Emma Martin de Québec, fille d’Edward Martin, rue de l’Artillerie. Ils auront une fille. Ethel, née en 1904 dans la ville de l’acier.

George McCarron, en 1898 avec les Crescents de Québec.

George McCarron, en 1898 avec les Crescents de Québec.

Après deux autres saisons professionnelles à Pittsburgh et à Sault-Ste-Marie au Michigan, il tente un retour à Québec en 1905, prenant part au camp d’entraînement du Quebec Hockey Club. Il sera du premier voyage du Club à Ottawa comme joueur de réserve, mais ne verra pas d’action et quittera l’équipe.

On le retrouve pour une compagnie ferroviaire à Chicago en 1910, mais sera de retour à Québec très rapidement. On le verra tantôt comme arbitre (il sera utilisé d’ailleurs dans la NHA) et capitaine de son équipe des employés des chemins de fer de 1914 à 1916. Il meurt le 13 octobre 1923, à l’âge 43 ans. Le Quebec Chronicle dit alors de lui qu’il fût "l’un des meilleurs joueurs de crosse et de hockey de son époque".

Espérons pour le Canadien que ce Mikael McCarron soit du même calibre.

Récipiendaire du Brian McFarlane Award !


Brian McFarlane. Image: emcbelville.com

Brian McFarlane. Image: emcbelville.com

SIHR_Logo_nobanner_250_x_175J’ai passé un beau weekend, malgré la pluie. C’est que j’ai appris samedi que j’étais le récipiendaire du Brian McFarlane Award, remis annuellement par les membres de la Société Internationale de Recherche en Hockey (SIHR). Le congrès annuel était tenu ce weekend à Utica (NY). Brian McFarlane, c’est le René Lecavalier de CBC. Pendant 25 ans, il a été la voix du hockey des canadiens-anglais et des américains. Grand écrivain, collectionneur et historien, son apport à notre sport national est tel qu’il a été admis au Temple de la renommée du hockey en 1995.

Le prix Brian McFarlane a été inauguré la même année en l’honneur du président honoraire de la SIHR, en reconnaissance de son soutien à la Société et par sa contribution continue à la préservation de l’histoire du hockey. Cet honneur reconnaît "la recherche exceptionnelle de ses membres" et est jugé sur la qualité des documents présentés à la Société et à des projets éditoriaux spéciaux en dehors de la société.
Je suis fier de vous souligner cette reconnaissance car elle appartient à plusieurs personnes: Un gros merci à Denis Angers, Frédéric Smith et Hélène Jean de la Commission de la Capitale Nationale, aux Éditions Sylvain Harvey et à la Ville de Québec pour avoir supporté financièrement la production du livre "La Coupe à Québec: les Bulldogs et la naissance du hockey".
C’est seulement la 2e fois qu’un Québecois remporte ce prix, après Michel Vigneault en 1996 qui incidemment, a collaboré grandement à la révision de mon livre. Je remercie enfin tous ceux qui l’ont déjà été en page 4 !couverture extŽrieure

Le "Pub Joe Malone" ne verra pas le jour.


La décision est tombée, s’il n’en tient qu’à son fils.

Un restaurateur de Québec désirait rendre hommage à ce grand joueur des Bulldogs en nommant son futur pub sportif, le "Joe Malone" ou quelque chose du genre.

Joe Malone, père et fils.

Joe Malone, père et fils.

Profitant d’un passage de Joe Malone fils pour la promotion de mon livre, cet homme d’affaire a invité toute la famille à entendre son projet et a gentiment demandé la permission d’utiliser le célèbre nom.

Je ne connais pas les détails de l’offre. Tout ce que j’en sais me vient de Monsieur Malone fils qui désirait mon opinion. Évidemment, je croyais que c’était une bonne idée. Malone étant natif de Sillery, un héros sportif, une légende de Québec, de souches irlandaise et française par sa mère. Une Guinness avec ça ?

Mais Joe Malone n’aurait pas voulu de cet hommage, selon son fils. "Comme vous le savez, mon père était une personne discrète et ne cherchait pas la publicité. Il a toujours préféré laisser ses réalisations sportives défendre sa réputation" m’écrivait-il récemment. C’est vrai. Toute sa vie, il a joué low-profile. Sur la glace, il était le "Fantôme" ou "Gentleman Joe". Il détient des records offensifs dans la NHA et la LNH.

L’héritage de Joe Malone n’est pas à vendre. Un exemple m’a convaincu dès ma première rencontre: Malone fils a préféré faire plastifier les découpures, les contrats, les télégrammes et les photos de son père sachant fort bien qu’ils perdaient une bonne part de leur valeur de revente. Il voulait ainsi s’assurer que ses enfants et petits-enfants puissent les chérir encore longtemps.

J’aurais bien aimé prendre une pint au "Pub Joe Malone". Je savoure toutefois avec plus de fierté sa confiance en me livrant, avec tant de délicatesse, les images et les accès pour l’écriture de ce livre.

Un gentleman, lui aussi.

La Coupe à Québec au Salon international du livre de Québec.


accueil_55J’aurai le plaisir d’être présent au Salon international du livre de Québec, du 10 au 14 avril au Centre des Congrès. Je serai disponible pour "jaser Bulldogs" et signé mon livre à ses moments précis:

  • Vendredi, 12 : 19h à 20h
  • Samedi, 13 : 15h à 16h
  • Dimanche, 14 : 14h à 15h
Marc Durand, photo Le Soleil, Patrice Laroche

Marc Durand, photo Le Soleil, Patrice Laroche

Je serai au stand 241, celui des Éditions Sylvain Harvey, mon cher éditeur.  De plus, j’aurai le privilège d’être invité à parler de mon livre lors d’une rencontre d’auteurs, samedi à 16h30, en compagnie d’Élizabeth Gagnon et Monique Vaillancourt Lelièvre, et Mylène Gilbert-Dumas.

Il y a 100 ans: Québec gagnait sa dernière Coupe Stanley.


Les Bulldogs de Joe Hall et de Joe Malone.

La saison 1913 est celle d’une querelle entre la PCHA et la NHA dont le club est la principale victime. Démantelé de la moitié de ses joueurs, le Quebec Hockey Club valorise l’apport exceptionnel de deux grands bâtisseurs : le gérant Mike J. Quinn et le centre Joe Malone. La saison 1913, c’est aussi une deuxième coupe Stanley et l’apparition du surnom légitime d’un club qui n’a pas froid aux yeux et qui s’agrippe à son élan, les Bulldogs.

CE TEXTE EST UN EXTRAIT DU LIVRE "LA COUPE À QUÉBEC: LES BULLDOGS ET LA NAISSANCE DU HOCKEY", PUBLIÉ CHEZ LES ÉDITIONS SYLVAIN HARVEY, EN COLLABORATION AVEC LA COMMISSION DE LA CAPITALE NATIONALE ET LA VILLE DE QUÉBEC.

1913 avec les directeurs

Rare photo de l’édition gagnante de la Coupe Stanley 1912-13, avec la direction et les joueurs substituts. Source: Ville de Québec.

L’aréna réclamé au printemps n’est pas encore réalité. Faute de mieux, le vieux Skating Rink de la Grande Allée sera encore une fois remodelé par l’intérieur. De nouveaux balcons pourront accueillir 400 spectateurs. On est loin des rénovations prévues, jugées trop onéreuses par le club de patinage. De plus, la Commission des champs de bataille nationaux qui prévoit acheter le terrain pour en faire une porte d’accès aux plaines d’Abraham n’entend pas investir dans cet édifice. Ces gradins sont nécessaires, selon Quinn, directeur-gérant du Quebec Hockey Club. Les profits de 1500 $ en 1912 ont été réalisés grâce aux 2500 $ engendrés par la présentation des deux matchs de la coupe Stanley. Par ailleurs, les 6000 $ investis en salaires en 1912 passeront à 9000 $ en 1913 pour garder la famille intacte. Trois joueurs de l’extérieur, Jack Marks, Eddie Oatman et Goldie Prodger, ont passé une partie de l’été dans la ville avec les Automatics, le club de baseball de l’armurier Ross pour lequel ils ont aussi travaillé.

Des vautours sur la ville

Les succès du club en 1912 attisent évidemment la convoitise des autres ligues majeures de hockey, la PCHA des frères Patrick en particulier. Le 15 octobre, Lester Patrick et Jimmy Gardiner sont à Québec pour attirer Joe Malone, Eddie Oatman et Goldie Prodger avec de gros contrats, sans succès. Selon le Quebec Chronicle, « Patrick et Gardiner ont quitté Québec bredouilles hier soir, les membres de notre club sont trop honorables pour briser leur entente. » Quinn ne prend toutefois pas les choses à la légère et s’entend rapidement avec les sept joueurs principaux du club. Il dépose les contrats signés à la rencontre de la NHA qui se tient le 26 octobre 1912 au Château Frontenac.

Hélas, rien n’est si simple ! La PCHA est furieuse contre la NHA et Sam Lichtenhein, propriétaire des Wanderers, qui vient de faire signer un contrat à Harry Hyland, le meilleur buteur de la PCHA, déjà sous contrat dans l’Ouest. Il n’en fallait pas plus pour Frank Patrick qui déclare la guerre à la NHA. Un télégramme du 16 novembre adressé à Joe Malone précise le plan de Frank Patrick. « Puisque la NHA a brisé son entente avec nous », ce dernier offre des contrats à tous les joueurs réguliers du Quebec Hockey Club. Son objectif consiste à détruire le club détenteur de la coupe Stanley et à fragiliser ainsi la NHA. Les six joueurs convoités ont déjà en poche une entente de 1500 $, mais la PCHA offre 2200 $ à Malone, à Oatman et à Prodger, et 1800 $ à McDonald, à Moran et à Hall.

contract vancouverLes offres de Patrick seront bonifiées au point de séduire la moitié du groupe. Oatman et Prodger acceptent de renier leur entente avec le Quebec Hockey Club pour 2500 $, tandis que Jack McDonald accepte les 2000 $ proposés. Le 21 novembre, une importante foule est rassemblée à la gare pour dire adieu à Oatman et à Prodger. Ce dernier se confond en excuses et réitère son immense respect pour Quinn et l’équipe de Québec qui lui a offert sa première chance. Ses amis, fort nombreux, le supplient de rester, mais selon les journaux, il aurait donné sa parole à son coéquipier Oatman dont on regrette moins le départ, l’accusant d’avoir orchestré l’évasion. Une fois à Vancouver, les trois joueurs sont dispersés dans les trois clubs de la PCHA. L’objectif des frères Patrick est partiellement atteint, mais le coeur et l’âme de l’équipe de Québec demeurent intacts. Joe Malone, Paddy Moran et Joe Hall restent fidèles et feront en sorte que le Quebec Hockey Club demeure champion encore une fois.

Une reconstruction signée Quinn et Malone

Le lendemain du « raid », Mike J. Quinn et son capitaine Joe Malone sont en route pour l’assemblée générale de la NHA à Toronto, ironiquement accompagnés par Jack McDonald à bord du train. Le gérant et le capitaine du Quebec Hockey Club profitent du voyage pour reconstruire l’équipe et essuient les refus de plusieurs joueurs amateurs dont quelques Canadiens français de la région d’Ottawa comme Jack Fournier, Steph « Coo » Dion et Eddie Gérard. Ce dernier deviendra joueur professionnel l’année suivante et connaîtra une belle carrière. Il sera élu au Temple de la renommée du hockey en 1945.

Finalement, Québec met le grappin sur le prolifique buteur Tommy Smith, auteur de 53 buts avec Moncton en 1912, leur meilleur joueur au challenge de la coupe Stanley à Québec. Dans sa dernière ligne droite, Quinn réussit un autre tour de force, celui de dénicher deux joueurs aussi talentueux qu’inconnus : Harry Mummery, un gros défenseur de 100 kg (220 lb), et Russell « Rusty » Crawford, un ailier qui évolue à Saskatoon. Le premier jouera onze ans dans la NHA/NHL et le second sera élu membre du Temple de la renommée en 1963. Comme repêchage de dernière minute, on a rarement vu mieux.

Malone lance une saison exceptionnelle

Carte de Joe Malone, Topps, 1961.

Carte de Joe Malone, Topps, 1961. Elle est signée par son fils.

Avec quatre nouveaux joueurs, le club rapiécé surprend tout le monde avec une victoire convaincante de 7-3 sur les Sénateurs d’Ottawa le 28 décembre, pour ouvrir la saison 1912-1913. Ces derniers avaient pris les commandes de la rencontre 3-2 en deuxième période, mais Joe Malone a inscrit 2 buts en 30 secondes pour ne plus regarder derrière. Avec ses trois buts, ce dernier est qualifié de « probable meilleur attaquant de la ligue » par le Chronicle. Le 11 janvier 1913, le Quebec Hockey Club reçoit le Canadien et accueille 4000 spectateurs. Selon L’Action Sociale, « la foule se pressait si nombreuse dans les places à 0,25 $ qu’une cloison construite cette année pour fermer au public l’entrée des chambres des clubs a été démolie sous la poussée des spectateurs ». Le premier ministre du Québec Sir Lomer Gouin, dans les loges à 1,50 $, est témoin d’une victoire de 5-4 et d’un match qui nourrira la légende de Joe Hall. Au cours d’une attaque en première période, Hall se rue sur Vézina avec tant de force qu’il brise la barre de fer qui soutient le filet. Il retrouve plus tard son « ami » Newsy Lalonde et les deux joueurs passent la première période à se quereller. Hall conclut une dispute par un coup qui blesse Lalonde à la tête. Plus tard en deuxième, l’arbitre Tom Melville punit Hall de nouveau, sans raison apparente cette fois. Hall l’invective, lui donne un coup de patin et incite les amateurs à s’en prendre à lui. Chassé de la rencontre, « Bad Joe » est suspendu une semaine par la NHA et reçoit une amende de 100 $. Le Quebec Hockey Club perd trois des quatre matchs suivants, séquence qui prend fin avec la plus imposante défaite de la saison, le 22 janvier. Harry Hyland, le joueur étoile que les Wanderers ont « volé » à la PCHA, compte huit buts au Skating Rink de Québec et aide son club à l’emporter 10-6. Québec a maintenant cinq victoires et quatre défaites, et occupe le deuxième rang derrière le Canadien. Commence alors une séquence victorieuse sans précédent dans l’histoire du club.

Le hockey à sept pour une dernière fois

Le 29 janvier à Ottawa, Tommy Smith prédit que les Sénateurs « se coucheront » devant eux, ce qu’ils ont d’ailleurs fait, puisqu’ils ont été défaits 5-3. C’est en principe le dernier match de la saison à six contre six, puisqu’à la demande des clubs Ottawa et Tecumsehs, la NHA revient à la combinaison traditionnelle à sept joueurs pour la seconde moitié de la saison. La semaine suivante, le Ottawa Journal prédit que, cette fois, les joueurs québécois n’auront pas autant de plaisir dans la capitale fédérale. Selon l’article qui cite un joueur anonyme, Ottawa cherchera la bagarre contre Québec. Le Quebec Hockey Club domine finalement tous les aspects du jeu, même les moins sportifs, et l’emporte 4-1. On raconte que Joe Malone passe son temps à s’arrêter au banc et à rigoler avec le gérant Mike J. Quinn. Désabusés, des spectateurs sollicitent un peu de fierté et demandent à leurs favoris de s’en prendre à « Bad Joe » Hall : « Get Hall ! Get Hall ! » Exaspéré, le vétéran défenseur y va d’une réaction passée depuis à l’histoire. Voici comment le Montreal Gazette décrit la scène. « Hall, en possession de la rondelle, a patiné jusque dans sa zone, du côté est de l’aréna. Il s’est arrêté, a mis une main sur le côté de son visage et s’est mis à crier aux spectateurs : “Pourquoi ne pas descendre sur la glace et vous en prendre à Hall vous-même ?” » Aucun amateur n’accepte l’invitation. Le reste de la période se passe en zone des Sénateurs, ce qui permet au gardien Moran de poursuivre la discussion avec les spectateurs… Le lendemain, le club Ottawa, le seul maintenant à tenir farouchement au hockey traditionnel à sept joueurs, accepte finalement de se joindre aux amateurs et autres clubs de la NHA qui réclament le hockey plus ouvert et rapide dont ils ont été témoins depuis deux ans. Québec a gagné une autre bataille.

Les Bulldogs de Joe Hall

1910 février 1913, Ottawa Citizen

10 février 1913, Ottawa Citizen

Le surnom des « Bulldogs » de Québec revient probablement au journaliste Tommy Gorman de l’Ottawa Citizen, comme on peut lire pour la toute première fois en page 8 de l’édition du 10 février 1913. C’est le titre associé à une victoire de 4-1 à Ottawa : « Les “Bulldogs” de Québec triplent le pointage et s’agrippent fermement à la coupe Stanley ». Les premières lignes du texte expliquent le lien. « Les Bulldogs de Joe Hall, surnom utilisé fréquemment par la confrérie des joueurs, n’ont pas eu trop de difficulté à s’approcher de la coupe Stanley lorsqu’ils ont rencontré et battu Ottawa par la marque de 4 à 1. » Comme pour expliquer cette image, le journaliste compare Québec et le Canadien, ce dernier rudoyé dans la défaite de 2-1 la semaine précédente. « Contrairement aux Canadiens, ils ont refusé d’abdiquer. » Une portion de l’article est reprise dans le Calgary Daily Herald de cette façon. Le Toronto World écrit « Bulldogs » dans un seul mot. Enfin, le Quebec Chronicle emploie aussi « Joe Hall’s Bulldogs », tout comme le Citizen le lendemain et durant plusieurs jours. Le 18 février, dans une pleine page remplie de photos des joueurs, le Quebec Chronicle ose enfin : « Les Bulldogs de Québec s’agrippent avec détermination à la coupe Stanley. » Il revient plus timidement le 28 avec l’expression « Joe Malone’s Bulldogs ». L’utilisation systématique du sobriquet se propage définitivement à l’automne 1913 et dans les journaux francophones en 1915. Contrairement à ce que prétendent plusieurs écrits, l’origine du surnom ne date donc pas des premiers pas du Quebec Hockey Club. Aucune mention n’a été trouvée au fil des 35 premières années. Le Chronicle le confirme en quelque sorte le 11 février 1916 : « [...] le Club a été surnommé “Bulldogs” il y a quelques années pour ses qualités de combattants et de finisseurs. Il ne mérite pas cette appellation cette saison. » Le surnom revient donc au courage et au sang-froid de ce club, inspiré par son leader, le dur à cuire Joe Hall, probable propriétaire de Togo, le bulldog en vedette sur la photo du club gagnant d’une autre coupe Stanley.

Deuxième conquête de la coupe Stanley

Obrien-Quebec

Les inscriptions du Quebec Hockey Club sur le trophée O’Brien, symbole du championnat de la NHA.

Il reste deux semaines au calendrier régulier, et le Quebec Hockey Club s’assure du premier rang de la NHA et de la coupe Stanley grâce à une victoire de 7-6 sur le Canadien, à Montréal, le 22 février. À l’image de la saison, Québec revient de l’arrière. Malone compte ses deuxième et troisième buts du match pour transformer le retard en victoire. Avec trois rencontres à disputer et le championnat en poche, les Bulldogs gardent le cap sur une saison de rêve. En bout de piste, Hall et Malone alignent onze victoires de suite pour une fiche incroyable de seize victoires et quatre défaites, six victoires devant les « invincibles » Wanderers. Joe Malone remporte son premier championnat des compteurs avec 43 buts en 20 matchs. Profitant des qualités de passeurs exceptionnelles, son ailier Tommy Smith le suit de près avec 39 buts pour le deuxième rang de la NHA. Paddy Moran quant à lui termine au premier rang chez les gardiens réguliers, devant Georges Vézina.

Les Millionaires en ville

La MaPHL obtient le droit d’affronter les détenteurs de la coupe Stanley. Malheureusement, mis à part le défenseur « Cap » McDonald, la nouvelle formation de Sydney est remplie d’inconnus au talent douteux. Selon certains écrits, les Sydney Millionaires ont gagné leur championnat grâce à du jeu intimidant. Même si les coupes Stanley et O’Brien sont de nouveau présentées dans une vitrine décorée aux couleurs du club chez Holt Renfrew, la frénésie n’est pas la même qu’à pareille date l’année précédente. Pour ce premier match le 8 mars, une assez bonne foule se rend au Quebec Skating Rink. Comme les Millionaires possèdent des uniformes similaires à ceux de Québec, ils portent ceux du Emmet, club senior de la ligue municipale. Ils auraient peut-être dû aussi aligner leurs meilleurs joueurs. Dans une victoire de 14-3, Joe Malone connaît le festival offensif de sa carrière. Il met la table avec deux buts en première période, puis explose avec cinq buts en deuxième. Le match étant hors de portée pour les Millionaires, Québec remplace les joueurs étoiles Joe Hall et Tommy Smith par Billy Creighton et Jeff Malone (le frère de Joe), deux substituts qui n’ont pas joué plus de 40 minutes cette saison. Joe Malone ajoute tout de même deux buts en troisième période, pour un total de neuf buts dans la partie. L’historien Charles Coleman avance que Malone visait le record de quatorze buts dans une partie de la coupe Stanley établi par Frank McGee en 1905 contre le club de Dawson City, sans doute la plus faible formation à avoir obtenu le droit de disputer le trophée. Si le record avait été l’objectif de « Gentlemen Joe » Malone, Smith et Hall seraient certainement demeurés dans le match. Avec onze points d’avance dans cette série au total des buts, le grippé Joe Malone prend congé pour le dernier match, le 10 mars 1913. Smith, peu réputé pour son ardeur au travail, remplace Malone au centre, semble faire peu de cas de ses adversaires et n’effectue aucun repli défensif. Dans un match sans enjeu, la plus petite foule de la saison est témoin d’une victoire de 6-2. Afin de mettre un peu de piquant en fin de match, le gardien Paddy Moran s’élance avec la rondelle et rate le but de peu. Le fait saillant de la rencontre se déroule entre les périodes. On honore l’architecte de cette formidable équipe, le gérant Mike J. Quinn. Au premier entracte, on lui remet une bourse de 550 $, fruit d’une souscription publique lancée depuis quelques semaines. Avant la troisième période, c’est au tour des joueurs de lui offrir un superbe loquet en or. Le Quebec Hockey Club est encore détenteur de la coupe Stanley, mais sa saison est loin d’être terminée.

New York, New York

À peine champions, les Bulldogs prennent de nouveau le train pour y jouer le tournoi annuel de New York, disputé au Saint Nicholas Rink et doté d’une bourse de 2500 $. Cette fois, le club affronte directement les Wanderers en finale. Ces derniers ont remporté leurs deux matchs contre le club Ottawa et attendent Québec patiemment. Après quatre jours de repos, ils inscrivent six buts en première période, infligeant une défaite de 9-5 à Québec, une première depuis le 25 janvier. Joe Malone, toujours affaibli par la grippe, quitte la rencontre après la première période. Le deuxième match disputé le 15 mars est remporté 5-3 par Québec, qui perd toutefois la série 12-10 au total des buts. Cette rencontre est si violente que le New York Times avance que les « clubs canadiens repartent à la maison avec un record d’yeux au beurre noir, de lacérations à la tête et de côtes fracturées, du jamais vu ici ». Le gardien Albert Cadotte des Wanderers est assommé dans une mêlée générale et termine la rencontre dans le vestiaire, encore inconscient. Ce sera son dernier match en carrière chez les professionnels. La partie s’est jouée dans un épais brouillard en raison d’une glace ramollie par le temps doux. On dit même qu’Art Ross a compté un but du centre de la patinoire, rondelle que n’a jamais vue Moran. Enfin, l’article du New York Times décrit les prouesses de Joe Malone, auteur des cinq buts de son équipe. Le récit du journaliste est peut-être à l’origine de son surnom le plus connu : « Phantom Joe ». « Joe Malone était rapide comme l’éclair. Il glissait sur la glace comme un fantôme dans un épais brouillard. Son spectre semblait surgir devant chaque adversaire auquel il soutirait toujours la rondelle. »

Une « série mondiale » de hockey

Depuis deux ans, la PCHA demande d’affronter les champions de la coupe Stanley. Québec s’est toujours dit favorable à cet affrontement, mais à la condition de jouer ses matchs à la maison, comme le veulent la tradition et son privilège. En septembre 1912, le Quebec Hockey Club invite New Westminster, club champion de la PCHA en 1911-1912, à l’affronter en décembre, se disant même disposé à s’entraîner sur la glace artificielle du Saint Nicholas Rink de New York pour s’y préparer. Pas une semaine ne passe sans que les journaux relatent les débats entre Lester Patrick d’une part et Mike J. Quinn de l’autre. La PCHA ne veut pas jouer à Québec, et le Skating Rink est trop petit pour rentabiliser le voyage. Patrick propose de
jouer la série à Toronto, en territoire neutre, ce que refuse encore Québec, par respect pour ses partisans. « Défendre la coupe Stanley à l’extérieur de la ville conquérante tuerait le hockey », affirme Quinn. Il est aussi possible que ce dernier n’entende pas accorder de faveur à la PCHA, « voleur » de cinq de ses joueurs depuis 1911. Comme les commissaires de la coupe Stanley n’ont pas le pouvoir de forcer l’équipe championne à jouer ailleurs que chez elle, c’est l’impasse. Le trophée ne sera pas à l’enjeu cette année-là. Lester Patrick tient tout de même à prouver au pays que ses champions peuvent rivaliser avec le Quebec Hockey Club. Il leur offre ainsi 3000 $ pour venir jouer une série de trois rencontres contre les Victoria Aristocrats, champions de la PCHA. Il dit s’inspirer des séries mondiales au baseball qui opposent annuellement les champions des deux ligues majeures. Sans coupe Stanley en jeu, Québec accepte l’offre.

Un looooooong voyage

Remarquez le chandail bleu avec l’écusson qui semble dire "Quebec Hockey Club, Champion NHA 1912-12"

Pause devant un train, en route pour Victoria. Remarquez le chandail bleu avec l’écusson qui semble dire "Quebec Hockey Club, Champion NHA 1912-13". J’ai coloré cette photo de la collection de Joe Malone jr.

Toujours à New York le 15 mars, le Quebec Hockey Club se dirige d’abord à Montréal et poursuit sa route pour le long voyage de près de 6000 km vers l’île de Vancouver. Il s’arrête à Brandon, au Manitoba, le 19 mars, pour un entraînement qui attire beaucoup d’amateurs venus voir trois des leurs : Hall, Mummery et Creighton. L’équipe arrive à Victoria le 22 mars et profite d’un entraînement au Victoria Arena, patinoire de 3500 sièges construite en 1911 au coût de 110 000 $ et dotée d’une surface artificielle. La série décrite par erreur par plusieurs journaux de l’époque comme celle de la coupe Stanley débute le 24 mars. Québec retrouve chez les Aristocrats deux anciens joueurs : le défenseur Goldie Prodger et le centre Tommy Dunderdale, champion compteur de la PCHA. Les règles de la PCHA s’appliquent dans ce premier match. Le hockey se joue encore à sept. Les punitions ne correspondent pas à des amendes comme dans la NHA, mais plutôt à des sentences chronométrées que doivent purger les joueurs fautifs sur le banc des punitions. Près de 5000 spectateurs voient leurs favoris remporter le premier match 7-5. L’arbitre de Victoria Joe Gorman est le « héros » de cette rencontre, alors qu’il refuse un but à Québec. Il punit par la suite Hall et Crawford. Privé de ses joueurs, le Quebec Hockey Club accorde trois buts. « Plusieurs lettres ont été envoyées aux journaux de Victoria dénonçant le traitement injuste qu’on avait infligé au Québec », racontera plus tard Mike J. Quinn à L’Action sociale. Le second match, disputé le 27 mars selon les règles de la NHA, est arbitré par le Wanderer Art Ross. Québec profite de l’inexpérience de Victoria à ce style de jeu. Les Bulldogs l’emportent 6-3, malgré une foule hostile à leur endroit. Voyant l’avantage que procurent les règlements particuliers, Mike J. Quinn et Lester Patrick s’entendent pour scinder en deux le match décisif du 29 mars. Le sort a favorisé les règles de la NHA en première moitié, mais Victoria mène tout de même cette portion du match 2-0. Les Aristocrats de Victoria l’emportent 6-1 pour enlever les honneurs de la série. Québec qui, contrairement aux autres clubs, a fait de très rares permutations de joueurs au cours de la saison, a paru vraiment à bout de souffle. Malone est méconnaissable, ayant puisé dans toutes ses ressources pour jouer le dernier match. Sur les rails depuis près de trois semaines, les joueurs de Québec ont affronté une équipe bien reposée, chez elle, et bien soutenue par de chauvins partisans.

Les Patrick gagnent leur pari. Dès la saison suivante, seuls l’Est et l’Ouest du pays, représentés par leurs meilleures ligues respectives, vont concourir pour la coupe Stanley. Comme si ce n’était pas assez, le Quebec Hockey Club termine son long périple en affrontant deux équipes d’étoiles. D’abord celle des meilleurs joueurs de Vancouver et de New Westminster, dont les « déserteurs » Oatman et McDonald font partie, qui l’emporte 9-3 à Vancouver. Puis, sur le chemin du retour, le 2 avril à Calgary, Québec affronte l’équipe d’étoiles de la NHA d’Art Ross qui a aussi fait le voyage. Privé de Joe Hall demeuré à Vancouver, Joe Malone offre à Carl Kendall, un Québécois des Millionaires de Vancouver qui revient chez lui, la chance de jouer au centre. Ce dernier compte trois buts. Joe Malone, évoluant pour une rare fois à l’aile, enregistre quatre buts dans une victoire de 9-8. Au fil des derniers kilomètres, le Quebec Hockey Club se déleste de presque tous ses membres. Le 7 avril à 18 h 30, les frères Jeff et Joe Malone sont les seuls joueurs de l’équipe à débarquer à la gare de Québec. Le capitaine Joe Malone aura compté 65 buts en 28 parties durant l’hiver, sa meilleure saison en carrière. « Le meilleur centre au monde » a dans ses bagages une nouvelle offre de Lester Patrick qui l’invite cette fois à choisir les conditions monétaires de l’entente. Malone décline l’offre, la ville de Québec étant en voie d’obtenir enfin son premier aréna conçu pour le hockey.

Joe Malone fils à Québec


Le Soleil, présent à Québec comme il y a 100 ans a consacré beaucoup de place à Joe Malone, le fils cette fois, dans le cadre de sa participation au lancement du livre "La Coupe à Québec: les Bulldogs et la naissance du hockey".  Je vous invite à lire ces articles.

Article sur la Place Joe-Malone.

Opinion de Joe Malone fils sur le livre.

«C’est un bien beau livre et je suis heureux que quelqu’un ait pensé raconter l’histoire des Bulldogs. Ça a commencé l’an passé avec le 100e anniversaire de la Coupe Stanley à Québec. C’est agréable de voir qu’on recommence à s’intéresser à cette partie de l’histoire du hockey.» Tel sont les mots de Joe Malone fils au confrère Ian Bussières du Soleil, livre en main, accompagné de plusieurs membres de sa famille dont son épouse Rita et son fils Brian, au fond. Photo: Le Soleil/Patrice Laroche.

 

 

Quelques photos du lancement du livre "La Coupe à Québec" au Colisée Pepsi.


Quelle journée ! Lancement du livre, signatures, présence au centre de la patinoire en compagnie des Anciens Combattants, des dignitaires et par dessus tout, Joe Malone jr ! Un gros merci aux Remparts pour l’accueil. J’aurai d’autres photos et plus de détails bientôt. Merci à mon père pour celles-ci !

J’accompagne Joe Malone fils au centre de la glace du Colisée. Il porte le chandail de 1913 alors que je suis aux couleurs de celui de 1912. Le fils du fantôme y était pour la première fois depuis 1991, alors présent pour hisser la bannière de son père et du club Québec. Enfin, le grand Joe Malone y a été présenté le 30 mars 1952 pour souligner son intronisation au Temple de la renommée du hockey. 60 ans séparent ces événements.

Séance d’autographe en compagnie de Joe Malone fils. Merci aux nombreux acheteurs !

En compagnie du Sénateur Jacques Demers, pas un de ses joueurs que les Bulldogs aimaient détester ;)

 

 

 

 

 

 

Confirmé: "La Coupe à Québec" en librairie et au Colisée Pepsi, le 11 novembre !


Le grand jour ? Le jour J ? Le Jour du Souvenir, le 11 novembre prochain. Ce jour annuel pour commémorer les sacrifices de la Première Guerre mondiale et pour rappeler la signature de l’Armistice, le 11 novembre 1918.

Le hasard (enfin, un peu!) fait en sorte que mon livre "La Coupe à Québec : les  Bulldogs et la naissance du hockey" sera enfin disponible ce jour-là, en librairie partout au Québec. C’est mon grand jour aussi !

Disons que les "trois étoiles" se sont alignées. D’abord, le livre est disponible plus tôt que prévu. On aime croire que les libraires ont hâte de le présenter à leurs clients !

Belgique, 1916. Le Lieutenant Charles Gaven Power au centre, entouré du Lt. G. Grondin, Lt. René Pelletier (debout), Lt. W.E. Beaton et le Major A.T. Powell (assis). Ses quatre compagnons tomberont au combat avant le mois d’avril 1917. Extrait du livre biographique «A Party Politican : The Memoirs of Chubby Power », Collection Marc Durand.

Ensuite, entre les efforts de guerre et les Bulldogs, il y a un lien historique. Dès 1899, on dénombre jusqu’à sept membres du club en Afrique, impliqués dans la guerre des Boers. Ils seront encore plus nombreux entre 1914 et 1918, alors qu’ex-joueurs et administrateurs traversent l’Atlantique pour appuyer la Grande-Bretagne. Le Lieutenant-Colonel Albert Edward Swift, le Lieutenant Charles Gavan "Chubby" Power et le Major-Général Sir David Watson en reviendront triomphants et décorés, alors que d’autres, comme George Leonard, attaquant de l’édition gagnante de la Coupe Stanley en 1912, en meurt. Notons que les candidatures de Joe Malone et Jack McDonald ne sont pas retenues, étant tous les deux fabricants d’armes militaires chez l’armurier Ross. À la lecture du livre, vous aurez l’occasion de voir que le Quebec Hockey Club n’est pas insensible à la Grande Guerre et qu’il en a été aussi une victime collatérale.

Enfin, le hasard veut aussi que les Remparts de Québec disputent un match, dimanche le 11 novembre à 15h contre les Screaming Eagles du Cap-Breton.  Cette région, représentée il y bientôt 100 ans par les Millionnaires de Sydney (ville annexée à la municipalité régionale du Cap-Breton en 1995) a tenté de ravir la Coupe Stanley aux Bulldogs en mars 1913. Leur voyage à Québec a été infructueux.

Je vous invite sincèrement à vous procurer des billets pour cette partie. Je serai sur place et vous pourrez mettre la main sur le magnifique livre à un prix spécial de lancement. Il me fera plaisir de vous rencontrer et de vous le dédicacer.

Il y aura aussi au moins une autre très bonne raison de vous pointer au Colisée Pepsi le 11 novembre… La surprise pour très bientôt !  Achetez vos billets maintenant ici !

 

Les clichés oubliés: La Coupe Robinson


Encore une vingtaine de jours avant la sortie en kiosque du livre "La Coupe à Québec: les Bulldogs et la naissance du hockey".

Benoit Morin est l’unique détenteur d’une rare pièce d’anthologie du Club Québec: la Coupe Robinson, remise par un Américain de passage en 1906. Benoit m’avait contacté il y a quelques années via mon site. L’histoire de ce trophée sera abondamment raconté dans le livre. Merci encore Benoit, chanceux !

Les clichés oubliés: hockey avec "pas de bande"


24 jours d’ici la parution du livre « La Coupe à Québec, les Bulldogs et la naissance du hockey » le 14 novembre… On poursuit notre sélection  d’images qui n’ont pas fait l’objet de la sélection finale. Imaginez le livre !

La Patrie du 9 mars 1900 illustre une séquence d’un match qui implique le club canadien-français Le Montagnard de Montréal. Les bandes existent déjà, mais pas partout et certainement pas à Québec. Imaginez ce petit "promontoire" aujourd’hui…

Les clichés oubliés: en voiture !


Encore 25 jours d’ici la parution du livre « La Coupe à Québec, les Bulldogs et la naissance du hockey » le 14 novembre… Patience ! Pour vous aider, je vous offre des photos qui n’ont pas fait l’objet de la sélection finale. Imaginez la qualité du livre !

Pour la première fois au grand jour, cette photo du Quebec Hockey Club à une gare de train, en route avant ou après leur tournée à New-York et dans l’ouest canadien en mars et avril 1913. Cette photo de la collection privée de Joe Malone Jr. que j’ai coloré nous montre dans l’ordre (haut): Charles Frémont (adm), Dave Beland, Harry Mummery, M.J. Quinn, Joe Malone, Paddy Moran, Rusty Crawford (bas): probablement l’administrateur Leo MacWilliam et Joe Hall. Admirez les magnifiques chandails de laine aux couleurs de l’équipe. L’écusson semble afficher les mots: "Quebec Hockey Club champion N.H.A. 1913"

Place Joe-Malone devant le nouvel amphithéatre ?


Joe Malone fils, portant son tout nouveau chandail de l’édition 1912-13 du Quebec Hockey Club, gracieuseté de sa fille Joanne Creaghan. Il a été confectionné par Murielle Tremblay de Cap-Rouge.

Valérie Gaudreau du quotidien Le Soleil de Québec raconte ceci ce matin:

La place publique devant le futur amphithéâtre pourrait bien porter le nom de Joe Malone. La Ville explore en effet la possibilité de rendre ainsi honneur au joueur vedette des anciens Bulldogs de Québec, gagnants de la Coupe Stanley en 1912 et en 1913. "La place Joe-Malone, ce n’est pas impossible. Sincèrement, ça fait partie de notre réflexion", a indiqué Régis Labeaume hier. Le maire répondait à la question d’un citoyen, Patrice Drapeau, qui a demandé au conseil municipal si la création d’une place publique devant amphithéâtre pourrait être l’occasion de souligner ces victoires d’il y a un peu plus d’un siècle.

Marc-André Gagnon du Journal de Québec ajoute:

La place publique aperçue lors de la présentation visuelle de l’amphithéâtre, la semaine dernière, pourrait être nommée en l’honneur du joueur-vedette de l’époque des Bulldogs de Québec, Joe Malone. «Ça fait sincèrement partie de nos réflexions, a dit le maire Labeaume. [...] C’est à peu près le seul qui nous a amené la coupe Stanley à Québec.»

Déjà, en février dernier, le Maire avait évoqué la présence d’une statue du grand numéro 4 du Québec Hockey Club à cet endroit. Un autre groupe composé de descendants de Patrick "Paddy" Moran a aussi fait des représentations pour souligner la carrière du grand gardien, devants les filets de Québec de 1901 à 1917 (sauf 1909-10), aussi membre du Temple de la renommée du hockey.

J’aime beaucoup.

L’Aréna qui n’a pas été construit.


L’Aréna "Royal Roussillon" aurait 100 ans… (collection Joe Malone jr.)

Le Club de hockey Québec est de plus en plus à l’étroit en 1912.  Il est fréquent de lire des articles mentionnant l’érection éventuelle d’un Aréna pour remplacer le vétuste Skating Rink des Plaines d’Abraham, mais peu d’entre eux allaient jusqu’à publier un plan !  Je vous offre une traduction de ce texte,  dont la date précise de publication et la source demeurent indéterminées.

Le nouvel Aréna qui sera bientôt érigé à Québec deviendra un atout majeur aux activités sportives de cette ville. Situé convenablement près de la Grande Allée au bout de l’Avenue Royal Roussillon, ce bâtiment longera la rue sur 286 pieds par 162 pieds de large et sera doté d’une surface glacée de 84’ par 200’. Il accueillera environ 4000 spectateurs, ce qui est approximativement la capacité de l’Aréna de Montréal.

L’extérieur est de brique rouge et orné de pierre pâle. Son design est sobre, digne et adapté aux caractéristiques d’un tel bâtiment. Il y aura deux entrées sur la rue Royal Roussillon près des extrémités du bâtiment qui donneront accès à des halls, puis aux loges et aux galeries supérieures. Ces entrées séparées seront prévues pour les détenteurs de billets de saison d’un côté et les acheteurs de billets de match de l’autre, ce qui empêchera la confusion et les délais. Deux autres entrées seront situées de l’autre côté, sur la rue des Anges.

Une promenade de 8 pieds de large fait le tour de la patinoire et donne accès aux 22 loges situées du même côté. Les vestiaires des clubs, des locaux pour les femmes, etc  sont confinés sous les gradins. Le public pourra les utiliser pour les séances de patinage en soirée.

Le toit est supporté par des structures métalliques qui font la largeur de la patinoire.  De larges fenêtres au niveau supérieur permettent d’éclairer efficacement la glace en journée, alors que des lumières électriques seront disposées sous les structures métalliques afin de procurer un éclairage efficace en soirée.

Tous les sièges procurent une vue complète de la patinoire. Ces détails vont faire de ce bâtiment l’un des meilleurs du genre au Canada. Il sera conçu pour être utilisé au printemps et à l’automne pour des expositions de chevaux, des bazars, concerts et autres événements similaires, tout comme pour le hockey et le patinage.

Messieurs Ross et MacFarlane de Montréal  sont les architectes.

Cet édifice ne sera pas construit, mais sa description détaillée donne l’impression que le journaliste croyait vraiment à sa réalisation. L’éventuel emplacement me laisse encore perplexe car la "rue Des Anges", nommé "MC William" en 1913, n’est qu’une petite ruelle et la rue Royal-Roussillon ne semble pas exister encore, sinon à Limoilou (et loin de Grande-Allée), appelée de cette façon qu’en 1917.

Intéressant de voir la description complète des aménagements prévus, non ? Évidemment, ce n’est pas le nouveau Colisée, mais pour l’époque, la marche avec le Skating Rink était encore plus importante que celle franchie en 2012.

Les frères Dussault auront finalement le dernier mot, en avril 1913, en proposant et en érigeant l’Aréna du Parc Victoria, domicile des Bulldogs dès la saison 1913-14.

"La Coupe à Québec" en librairie en novembre.


Je peux enfin vous l’annoncer : le livre qui prend le titre de "La Coupe à Québec: L’histoire des Bulldogs et la naissance du hockey" sera bientôt en impression et sera disponible dès le mois de novembre. Les coéditeurs, la Commission de la capitale nationale du Québec et les Éditions Sylvain Harvey m’ont montré les maquettes cette semaine et je suis emballé ! Plus de 160 pages couleurs, abondamment illustrées à l’aide de 150 photos, dont plusieurs directement d’archives personnelles de familles liées à l’histoire du club.  Je n’en dis pas plus pour l’instant ;)  La suite cette semaine !

Exemple de quelques pages du livre et portion du document de présentation aux libraires.

Le tournoi après la Coupe Stanley


1912 : un championnat du monde avec ça ?

Depuis plus de 10 ans, les New-Yorkais raffolent du hockey pratiqué par les meilleurs joueurs canadiens. À chaque printemps, ils invitent une ou des équipes pour une série de matchs démonstrations. La seule visite du club Québec remonte en 1904, pour deux matchs contre des clubs amateurs new-yorkais.   Après avoir été écartée de la tournée américaine en 1911, le Club Québec devient soudainement l’incontournable invité de la série de matchs en sol américain contre les autres équipes de la National Hockey Association. Accompagnés par les substitut Joe Savard et Walter Rooney, les joueurs quittent Québec le vendredi 15 mars 1912, deux jours après la grande victoire contre Moncton et une réception bien arrosée au Quebec Snowshoe Club…

 Le tournoi se déroule à Boston et New York et est doté d’une bourse totale de 7 700 $.

Photo studio de membres du Club Québec à New-York, le 17 mars 1914. On reconnait Joe Malone à droite et Jack Marks assis devant. Les deux autres joueurs sont peut-être des clubs Wanderers ou Vancouver. Une idée ? (source: Joe Malone jr.)

Les Québécois sont au Boston Arena le 18 mars pour y affronter les Sénateurs pour une première de deux rencontres. À noter qu’une belle surprise attend l’équipe, l’un des arbitres du match est Eddie Hogan, l’ancien joueur étoile étoile de Québec qui habite maintenant Montréal. Ce match se joue à 7 contre 7, comme Ottawa le désire tant.  Les Sénateurs ne sont pourtant pas de calibre et se font piétiner 9-2. Joe Malone compte 3 buts malgré une amygdalite. Le "Sénateur" Lesueur a déjà vécu de meilleurs jours et accorde 6 buts en première période et reçoit une rondelle en plein visage en 3e qui le force à quitter la rencontre, relevé par un défenseur. Une très rarissime  statistique, gracieuseté du Boston Evening Transcript: le nombre d’arrêts des gardiens. Lesueur en aurait réalisé 19 et son remplaçant Shore trois pour un total de 31 lancers par Québec.  Moran n’aurait reçu que 13 tirs dans tout le match. La performance d’Ottawa déçoit tellement le promoteur de Boston qu’il refuse de tenir un autre match les impliquant. Dans l’impossibilité de s’entendre, le président de la NHA, Emmett Quinn transfert le second match au St-Nicholas Rink de New York. La querelle fait passer la bourse totale du tournoi à 4 950 $.

St. Nicholas Rink, New York (source: Liffiton.net)

À 6 contre 6 cette fois, Ottawa l’emporte 5-3 le 20 mars mais perd la série au total des buts. Québec affronte donc les Wanderers en finale, tombeur des Canadiens. Le « Blue and White » remporte le premier match 5-4 grâce au but gagnant de Joe Hall, après qu’il ait été coupé à la lèvre par une rondelle avec 4 minutes à faire et insisté pour recevoir des points de suture. Le lendemain, dans un troisième match en quatre soirs, Malone marque 4 fois et aide son équipe à l’emporter 8-4. Québec enlève « le championnat du monde » 13-8 au total des buts. Le club reçoit 1475 $, ce qui couvre à peine les dépenses reliées au voyage. N’empêche, Le Soleil coiffe sa "une" de ce titre : « Le Club de Hockey Québec champion du monde ».

De retour en ville le lundi 25 mars, les joueurs se disent « à bientôt » et offrent à leur gérant MJ Quinn un étui métallique à cigarettes gravé.

Les trois « M » de Québec. Malone, MacDonald et Moran repartent le lendemain en direction de Vancouver où ils iront représenter la NHA dans une série de rencontres les opposants aux Étoiles de la Pacific Coast Hockey Association. Hall les accompagnent mais arrête son périple chez lui, à Brandon. Il dit au revoir à ses amis avec la promesse de revenir, accompagné de sa femme et de son fils.

Oatman est honoré de belle façon par ses hôtes de l’hiver, la famille Huxley du 13 St-Amable. Un orchestre militaire, des cadeaux et une tablée de 40 de ses amis font de cette soirée un évènement inoubliable. Il ira rejoindre ses proches à Milwaukee, tout comme le font ses coéquipiers Prodger et Marks en Ontario, mais ils tiendront parole et reviendront passer l’été à l’emploi de l’Armurier Ross.

Quand aux dirigeants du club champion, ils sont déjà à régler un dossier capital : un aréna digne de se nom, conçu pour le hockey. Le Chronicle avance que « trois ou quatre promoteurs avec autant de lieu » sont sur les rangs mais les supplie de concrétiser leurs plans car « les champions du monde méritent une grande patinoire avec les commodités modernes ». Le Sénateur Choquette et son groupe sont à l’hôtel Victoria le 3 avril et souhaitent un dénouement heureux d’ici trois semaines, à temps pour la prochaine saison.

Le 15 avril 1912, la rumeur d’un nouvel aréna sur les terrains du Quebec Amateur Athletic Association sur Grande-Allée au cout de 150 000 $ se fait surclasser par une autre nouvelle qui fait la une partout dans le monde : le Titanic a coulé.

Nouvel amphithéâtre et emplacement controversé : un vieux débat.


Le Quebec Skating Rink, vers 1915, près de la porte St-Louis.

Le Colisée de 2012 a ceci de commun avec le Quebec Skating Rink de 1912 : Il est désuet. Malgré les époques et leurs réalités, il est étonnant de constater certaines similitudes entre les deux dossiers et l’omniprésence des maires Drouin et Labeaume… Cet article sera du livre à paraitre l’automne 2012.

Le "Pavillon des patineurs" (Skating Rink) a été conçu en 1877 sans même avoir le hockey en tête. Son déménagement en 1891 sur Cove Fields (Plaines d’Abraham) lui permet d’y ajouter des gradins. Malgré cela, il ne peut s’y asseoir que 1400 personnes et accueillir 3500 spectateurs fort inconfortables autour d’une glace de 180′ par 70′.

Rumeurs ou projets de nouvel aréna non menés à terme, il y en a eu par dizaines dans les années 1910. Ce "nouvel Aréna" était prévu près de la Grande-Allée.

Le 12 mars 1913, deux jours après une 2e conquête de la Coupe Stanley par ses "Bulldogs", le maire Drouin reçoit de la part du Club de hockey Québec une proposition d’achat de terrain dans St-Roch pour y construire un aréna. Le Club privilégie deux emplacements : soit à l’intersection de la rue St-Roch (Gare-du-Palais) et Desfossés (Charest) ou encore coin St-Roch et St-Marguerite, tout près de la Gare C.P.R. et de l’éventuelle gare du Palais. Le Club est disposé à payer le prix demandé à l’aide d’un fond d’amortissement de 1%, à un taux d’intérêt de 4%. En retour, il promet un aréna d’une valeur de 60 000$. Cette offre est supportée par un ami du Club, l’échevin Joseph-Camillien Lockwell, « convaincu que les citoyens vont apprécier l’achat des terrains et maisons aux prix de l’évaluation municipale ».

Toutefois, une autre offre est sur le bureau du maire de Québec. Elle provient d’un groupe de Lévis dirigé par Joseph-Étienne Dussault, accompagné de ses frères Horace et Léopold et de ses beaux-frères Noël Belleau et Louis-Gédéon Gravel. Le groupe appelé « Syndicat de l’Aréna de Québec » propose un aréna situé au Parc Victoria. Cette proposition est supportée par Arthur Derome, un autre administrateur du Club Québec.

Lockwell favorise encore le projet présenté par le Club de hockey, « amené par des gens de Québec ». Aussi, il est « mieux situé pour les joueurs et spectateurs », à deux pas de la gare et de l’hôtel Victoria, la « maison du club ».

Les deux projets sont défendus le 28 mars lors d’une rencontre du comité des finances de la ville. Le maire Olivier-Napoléon Drouin se montre favorable à sa réalisation car « le hockey semble être le sport le plus populaire actuellement et il existe de tels arénas dans presque toutes les villes au pays. Comme le Club Québec est le meilleur club au Canada, il est grand temps de lui procurer un endroit et un aréna convenable ». Le maire Labeaume n’aurait pas dit mieux!

Canadien vs Québec, 3 janvier 1917

Drouin favorise le projet du Syndicat dans « son » Parc Victoria, lieu qui avait aussi été proposé par le Club de Hockey Québec en 1912 mais refusé par la Ville. Cette fois, le maire croit pouvoir obtenir l’accord des Sœurs de l’Hôpital Général de Québec qui ont cédé ce terrain à la Ville en 1896 sous certaines conditions. Les Sœurs s’objectent encore à l’érection d’un aréna, mais les conseillers de la ville recommandent tout de même d’aller de l’avant avec le projet. L’offre du groupe Dussault est aussi plus concrète : riche de la succession de leur père décédé en 1909, les Dussault déposent immédiatement un chèque de 10 000$ en garantie de réalisation pour le 1er décembre. Les plans et devis sont prêts : un bâtiment de 300′ x 225′ pour une surface de jeu standard de 200′ x 85′, structure en acier et béton, 7000 sièges et l’option d’une glace artificielle dans les cartons.

Le projet est déposé pour adoption au conseil de ville le 4 avril 1913 mais Lockwell s’y oppose, « par respect pour le Club Québec qui est toujours en tournée dans l’ouest du pays ». Dès leur retour, le gérant Mike Quinn et d’autres membres de l’organisation s’entendent rapidement avec le groupe Dussault pour une location de cinq ans, soulagés et convaincus que l’aréna sera « le plus adéquat au pays ». Il comptera finalement 5500 sièges, pour une capacité maximale de 6500 spectateurs. La ville entérine le projet le vendredi suivant. Le terrain sera loué au coût fixe de 200$ par année pour une durée de 50 ans.

Un peu moins de 9 mois plus tard, le match inaugural de l’Aréna de Québec a lieu le 29 décembre 1913 contre le Canadien. Pour l’occasion, le président de la NHA, Emmet Quinn, le maire Drouin et le Lieutenant-

Vue aérienne de l’Aréna du Parc Victoria, vers 1930 (bâtiment blanc). Il est situé dans le stationnement actuel du stade de baseball, parallèle à la ligne du 3e but. Le stade municipal sera érigé quelques années plus tard. L’Aréna sera détruit par un incendie en 1942.

gouverneur Sir François Langelier font l’honneur de leurs présences. Ce dernier « donne le signal de la joute en sonnant la cloche ». Ce ne sera pas une salle comble; entre 4500 et 5000 spectateurs assistent à la rencontre, « mais la direction de l’Aréna et le club (Québec) sont satisfaits, compte tenu que plusieurs grands magasins étaient demeurés ouverts ». C’est Jack Laviolette du Canadien qui aura l’honneur d’y inscrire le premier but. Négligé à trois contre un par les parieurs, le Canadien gâche la fête et l’emporte 4-3.

Nul doute que les championnats du Club de hockey et les prouesses de son capitaine Joe Malone ont permis cette réalisation. Québec cesse d’être la risée du pays et offre à son club et ses fidèles amateurs un premier amphithéâtre conçu pour le hockey.

Si on dit de Jean Béliveau qu’il a construit le Colisée en 1949, on peut aussi dire de Joe Malone qu’il a construit l’Aréna en 1913. Signe des temps, aucun joueur ne pourra être associé au prochain…

Billy Armstrong: un boxeur au service du Club.


Billy Armstrong en décembre 1904 en compagnie des joueurs Eddie Hogan (6) et Jimmy Gillespie (11).

Billy Armstrong en décembre 1904 en compagnie des joueurs Eddie Hogan (6) et Jimmy Gillespie (11).

Boxe professionnelle, théâtre vaudeville, hockey sénior… Billy Armstrong est un personnage connu au tournant du 20e siècle : natif de la Californie, il bourlingue ses 130 livres dans les arènes et théâtres nord-américains. On retrace de ses combats entre 1890 et 1906. Il remporte à Québec un combat au 14e ronde le 9 novembre 1903 devant 500 spectateurs ébahis devant sa technique. Il s’établit à Québec peu de temps après et ouvre un gymnase coin St-Jean et Stanislas.

Le Club de Hockey Québec fait appelle à ses services la veille de la rencontre la plus importante de la saison 1904. Après cette victoire qui allait procurer le championnat, il devient « préparateur physique » du Club et accompagne souvent les joueurs sur la route, comme en fait foi cette photo du 24 décembre 1904 prise à New York.  Après deux saisons dans ce rôle, il quitte Québec en mai 1907 pour devenir l’entraîneur de boxe du M.A.A.A. jusqu’à sa mort en 1932. Apprécié de tous, il est embauché en 1908 pour s’occuper des démonstrations sportives dans le cadre du tricentenaire de Québec. Il occupera aussi le rôle d’instructeur de boxe pour les armées canadiennes et américaines et sera l’entraîneur de trois boxeurs canadiens des Jeux olympiques d’Anvers en 1920.

La dernière fois pour Vancouver: 1915.


Les Millionnaires de Vancouver 1915

Les Canucks ont raté leur chance pour la 3e fois. Mince consolation, Vancouver a déjà son nom sur le trophée grâce à une autre équipe, les Millionnaires.

Ken Mallen avec Québec, saison 1910-11

le 26 mars 1915 au Denman Arena de Vancouver, (la première glace artificielle au pays) Les Millionnaires, champions de la PCHA battent les champions de la NHA, les Sénateurs d’Ottawa par la marque de 12-3 pour remporter la série 3 de 5 en 3 rencontres. Dans cette équipe, les légendaires Frank Patrick et Cyclone Taylor, mais aussi l’excellent Frank Nighbor (le meilleur joueur de l’époque selon Joe Malone) et Ken Mallen, un ancien membre du Québec Hockey Club. Ce joueur Ontarien était membre de l’équipe de Québec en 1910-11. Il a quitté Québec pour les dollars de la nouvelle ligue de l’ouest fondée par les frères Frank et Lester  Patrick.

Vancouver, Québec (1912 et 1913) et Winnipeg (1896 et 1901-02) demeurent les seules villes à n’avoir pu répéter l’exploit dans la LNH. Vancouver a eu 40 chances, pas Québec ni Winnipeg…

les petits des Bulldogs.


Malgré leur mort au printemps 1920, les Bulldogs de Québec se sont réincarnés à quelques reprises: Ils sont devenus les Tigers d’Hamilton (1920-25), les Americans de New York (1925-1941) pour finalement laisser aucune trace de vie après la seule saison des Americans de Brooklyn (1941-42).

http://www.britishpathe.com/record.php?id=4207

Pour le projet qui m’est chère, je suis toujours à la recherche de film impliquant l’équipe ou les joueurs. À part quelques textes ici et là relant la présence de "movieman" lors d’entraînement, je n’ai rien touché encore.  Voici pourquoi, petit bonheur ou médaille de carton, je vous propose ici un mince soupir de notre défunte équipe: Dans ce document, on y retrouve des extraits d’un match entre les Maroons de Montréal et les Americains au Madison Square Garden, diffusé par Pathé Gazette le 12 janvier 1930. Il y a d’ailleurs erreur: Ce n’est pas une partie entre américains et canadiens. Jamais le Canada n’a porté de "M" sur son chandail.

Aucun Bulldogs ne s’y retrouve. Petit butin. Intéressant quand même non ?

Hier comme aujourd’hui, pas facile à Québec…


Même avec une équipe gagnante, les foules sont décevantes en 1912-1913. Québec est "trop fort pour la ligue" avec sa fiche de 16 victoires et 4 défaites et l’enivrement de la course au championnat n’est plus depuis la mi-saison. Aussi, des rumeurs ont même  laissé croire que les "joutes" étaient "arrangées". Rien pour convaincre les amateurs de se déplacer par une nuit froide de février…

Imaginez, on y apprend que la plus petite  recette d’un match a été de 1200 $. Comme les  billets se vendaient entre 0.50 $ et 1 $, imaginez le nombre de spectateurs. Ailleurs, Toronto, Montréal et Ottawa en attirent régulièrement 5000…

La Patrie, 10 mars 1912

La Patrie, 10 mars 1913

Les Crescents de Québec: L’équipe qui aurait pu devenir grande.


Quebec Crescent: logo en 1898

Quebec Crescent: logo en 1898

Le Québec HC (Les Bulldogs) a été créé en 1878, trois ans après l’invention du hockey, L’hiver suivant la construction du 2e Québec Skating Rink, face au Parlement. Réunissant les meilleurs joueurs de la région, Il est devenu, par défaut et surtout par la nature même de ses sélections, la meilleure équipe de Québec. Il a donc représenté la ville lors des confrontations avec Montréal, lors des carnavals de Montréal et de Québec, lors de la création de la première ligue "nationale"  en 1890, etc.

titre Crescents 5 Montreal 2Comme le hockey devenait de plus en plus populaire, d’autres équipes sont nées  et certaines avaient aussi de grandes aspirations.  Le club Crescents de Québec a été fondé en 1890 et devint en 1900 l’équipe favorite des Québécois. La raison est simple:  Il obtient le premier championnat de la ville.

It feels odd...

Le 9 mars 1901 au Québec Skating Rink, en grande finale de la Ligue Intermédiaire du Québec, Le Crescent l’emporte 5-2 sur le Montréal II devant plus de 2000 spectateurs. Dans les "filets" pour Québec (note: le filet a été installé à Québec en janvier 1900) un jeune gardien, Patrick Moran, celui qui allait devenir, dès la saison 1901-02, le gardien de but des Bulldogs jusqu’en 1917. À l’attaque, Herb Jordan, l’un des meilleurs joueurs des Bulldogs de la première décennie du 20e siècle et qui allait terminer sa belle carrière avec les Renfrew Millionnaires. Également sur la patinoire, le capitaine (et entraîneur) Charles Nolan, le même qui allait, 11 ans plus tard, conduire les Bulldogs à la Coupe Stanley.  À souligner aussi la présence de 2 francophones, Louis Demers et Edward Garneau, auteurs de 3 des 5 buts de l’équipe lors de cette partie finale.

Durant la saison, d’autres futurs joueurs du Québec HC ont participé aux succès des Crescents, dont les frères Charles "Chubby" Power et Rocket Power.

Cet hiver là, le Crescent a remporté 5 des 6 parties de la saison régulière, battant Trois-Rivières et Québec II deux fois, puis divisant les honneurs contre Sherbrooke. La demi-finale de cette ligue à 4 divisions les opposait à Aberdeen (Ottawa) qu’ils ont battu 3-2. Une fiche de 7-1 à travers le Québec mérite donc le respect. C’est ce qu’il croyait.

La Patrie, 23 octobre 1901

Depuis quelques années, les équipes championnes de la Ligue Intermédiaire avaient comme légitime ambition d’être admises dans la ligue senior, la C.A.H.L., comme le prévoyait sa constitution. Malheureusement, le Crescent se voit refuser cet accès par les "vieilles équipes", ce qui fera plusieurs mécontents et éventuellement, provoquera en 1903 la création de la Federal Amateur Hockey League (F.A.H.L.) dont fera partie une toute nouvelle formation, les Wanderers.

Dans son livre "L’histoire du hockey au Québec", Donald Guay écrit: Afin de savoir si le Crescent est vraiment de calibre senior, ils (les dirigeants de la CAHL) lui proposent de jouer une partie contre le dernier club de la ligue senior pour qu’ils soient en mesure de "juger de sa force". Finalement, le Crescent renonce et reste dans la ligue intermédiaire sans toutefois taire son mécontentement.

Or, le dernier club au classement de la ligue senior cette saison là est… celui de Québec.

Le Québec HC est parmi ceux qui s’opposaient aux  élargissements des cadres de la ligue. Auteur d’une saison catastrophique de 1-7, financièrement fragile et défavorisé par la difficulté d’attirer des joueurs "étrangers" par sa situation géographique, l’organisation voyait parmi les "Crescents" des joueurs qui pourraient les aider  immédiatement . D’ailleurs, tous les joueurs réguliers de l’édition 1900-01 des Crescents ont éventuellement porté le chandail bleu et blanc du Québec HC.

Le Crescent demeure donc dans une ligue de "deuxième division" pour les 4 années suivantes, pour disparaître et  réapparaître le temps de quelques saisons, comme celle de 1908 avec un certain Joe Malone dans son alignement.

Photo montage officielle Crescents Hockey Club 1901

Photomontage officiel Crescents Hockey Club 1901

Étonnamment, on retrouve le défenseur Percy LeSueur sur la photo commémorative soulignant le championnat (quatrième photo de la partie supérieure). Futur gardien étoile des Sénateurs d’Ottawa,  les livres disent qu’il aurait joué pour le Québec II (adversaire des Crescents) et un match pour le Québec HC, comptant même un but pour eux.

Qui avait la meilleure équipe au tournant du siècle ? Bulldogs ou Crescents ? Difficile à dire, mais une seule rencontre aurait pu changer le cours de l’histoire…

13 mars 1912: Québec remporte la Coupe Stanley


Le Quebec Chronicle publie le 14 mars 1912 un article sur la 2e rencontre opposant le Quebec Hockey Club à Moncton, club des maritimes autorisé par les "gardiens" de la Coupe pour mettre au défi les champions de l’Association Nationale de Hockey, l’ancêtre de la LNH. La confrontation se composait de deux rencontres au total des buts, une pratique encore existante en soccer. Québec gagne donc 17-3, 8-0 le 13 mars et 9-3 la veille.

L’as de Québec, Joe Malone, est remplacé très tôt dans la rencontre, pratique peu courante à l’époque avec raison; comme au soccer, un joueur remplacé ne pouvait revenir au jeu. Jack MacDonald, un joueur originaire de Québec compta 5 buts. Au total, ils comptèrent 14 des 17 buts de l’équipe.

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