Il y a 100 ans – Feu Quebec Skating Rink


Le feu et l’histoire en fumée…

 « Le vieux rond à patiner de Québec, situé sur la Grande Allée a été complètement détruit par un incendie de bonne heure ce matin. (…) Il devait être démoli sous peu pour faire place au parc des champs de bataille ».

L’Action catholique, 29 octobre 1918.

La perte du Quebec Skating Rink est peut-être évaluée 15 000 $ mais elle a surtout réduit en poussière des tonnes de souvenirs. Sous ses arches, le hockey a pris forme et a vu naitre les premières vedettes du hockey.

QSR - 1
Le Quebec Skating Rink, vers 1915, côté sud de la Grande-Allée, face au Parlement.

 

Histoire de patinoires

 « Parce qu’il fait froid et que ses hivers semblent interminables, les habitants de Québec doivent trouver de quoi s’occuper. »

On patine depuis longtemps à Québec. Sur le fleuve lorsqu’il le permet, sur les lacs et rivières… et à l’intérieur, avant tout le monde. En 1851, un hangar du quai de la reine victime d’une marée montante voit son plancher recouvert d’eau. L’hiver bien pris, on tire avantage d’un toit qui permet de patiner malgré la neige ou la pluie passagère.QUEBEC SKATING CLUB RULES AND REGULATIONS 1869

Un premier véritable « Skating Rink » voit le jour chemin St-Louis en 1864. L’édifice a la forme d’une de grange. Tout comme pour les « curling sheds », on dit qu’elles « servent à passer l’hiver occupé ». Valse et patinage libre sont pratiqués.

La patinoire ne semble pas répondre aux besoins de sa clientèle. Le 16 Aout 1873, Le Saturday Budget publie un commentaire d’un citoyen à l’effet que la future patinoire devrait être multifonctionnelle. Le 20 juin 1876, le Quebec Skating Club annonce le désir de construire un nouvel aréna.

Le 10 février 1877, L’architecte W.J. Thomas de Montréal promet cet aréna au cout de 25 000 $. Il sera fait de brique avec une structure en bois d’une dimension de 212 pieds par 100 pieds. Le toit en tôle galvanisée sera supporté par une arche de 50 pieds de hauteur. Il y aura 14 pieds d’espace sur les côtés et 16 pieds à chaque extrémité. Il y a aura des vestiaires et un bureau au 2e étage. On récupérera 1000$ de la vente des matériaux de l’ancien Skating Rink qui sera démoli.

La glace aura une dimension de 180 pieds par 70 pieds. La surface sera plus petite que l’aréna Victoria où s’est joué le premier match de hockey, qui mesure 204 pieds x 85 pieds. La dimension des patinoires nord-américaines d’aujourd’hui. Nul besoin d’avoir de standards, le hockey n’allait pas devenir notre sport national d’hiver avant bien longtemps.

L’œuvre serait aménagée sur un terrain du gouvernement canadien. Ce terrain de 130 pieds de façade par 260 pieds longe le mur situé à l’ouest de la porte St-Louis, « entre le premier et le 2e lampadaire de la Grande Allée ». Si l’hebdomadaire Québec Saturday Budget souhaite les appels d’offres lancés d’ici la fin mars, le gouvernement provincial n’entend pas laisser aller les choses.

Le 27 février, il formule une lettre adressée au gouvernement fédéral lui suppliant de ne pas permettre la construction du nouvel aréna car ce dernier nuira à la vue du futur Hôtel du parlement de Québec prévu sur le terrain de cricket. 

 Le Daily Telegraph appuie la démarche des opposants au projet. « Un bâtiment de bois devrait être construit sur un autre terrain. On doit agir car il est encore temps de réparer « this evil ».

Le gouvernement canadien fera la sourde oreille et accordera tout de même au Quebec Skating Club le terrain convoité le 17 mars 1877 au coût de 2000$. Le Patinoir, comme l’écrit les quotidiens français de l’époque, sera construit par les frères Hatch.

L’endroit est en pleine effervescence : coup sur coup, on y construit les édifices du Parlement et un skating rink « dont le plan exposé a, pendant un mois, charmé les regards naïfs des passants »

À une réunion du conseil municipal en avril 1877, M. E Holloway, secrétaire du Quebec Skating Club demande d’être exempté de taxes car « le bâtiment sera un joyau pour la ville et qu’il sera utilisé à plusieurs fins comme des exhibitions et des concerts. » Le conseiller McLaughlin n’entend pas céder à cette demande : « Il est inacceptable que des gens riches osent nous déranger pour ça alors que les pauvres qui sont taxés n’auront même pas les moyens d’utiliser ce bâtiment destiné aux plaisirs des riches ! »

1881 1er skating Rink 1877
1881 : Parlement et Skating Rink cohabitent difficilement.

Malgré les dénigreurs, la patinoire sera officiellement inaugurée le samedi 22 décembre 1877 en présence du Gouverneur Général. On y a aussi chanté l’hymne national Britannique. Le Ô Canada ! de Calixa Lavallée y sera joué en grande première le 24 juin 1880 lors du congrès des Canadiens-Français.

On tiendra le premier carnaval de la saison, le 9 janvier 1878. On exige de bonne manière, de la grâce, sous peine d’expulsion du membre fautif. 200 patineurs respecteront les consignes. Le hockey, son spectacle et ses spectateurs changeront un peu les normes…

Place au hockey !

Hasard ou non, le Quebec Hockey Club sera créé en 1878, même si le hockey aurait été joué à Québec avant cet hiver.

C’est le 22 janvier 1881 qu’aura lieu le tout premier affrontement entre deux villes, entre la meilleure équipe de Québec et le Victoria Skating Club de Montréal. Lors de cette partie, les joueurs sont accompagnés des mélodies du « A Battery Band », un orchestre militaire. Le match, disputé au skating rink de la porte St-Louis permet aux porte-couleurs de Québec de remporter « ce rendez-vous très attendu et regardé par un très grand nombre de spectateurs » par la marque de 2-0. Pendant 10 ans, des anglophones de Québec participent à la naissance de notre sport national d’hiver à cet endroit.

LA DERNIÈRE DESTINATION DU QUEBEC SKATING RINK (1891-1918)

En avril 1888, le premier ministre du Québec Honoré Mercier annonce en chambre qu’il étudie la possibilité de déménager le mal-aimé skating rink de la Porte St-Louis, jugé gênant depuis l’érection du nouvel hôtel du Parlement.

Son gouvernement passe à l’action le 12 novembre 1888 en rachetant du Quebec Skating Club le terrain au cout de 15 000$. Le contrat prévoit une somme de 5000$ supplémentaire si le bâtiment est assemblé de nouveau du côté sud de la Grande-Allée  (à l’entrée des Plaines d’Abraham) et qu’il demeure accessible gratuitement pour y tenir des foires agricoles, horticoles et industrielles pour les 20 prochaines années.

Encore une fois, l’emplacement proposé du bâtiment fait des mécontents. Le ministère de la défense demande de reconsidérer cette décision car elle entrave la continuation projetée de l’avenue Dufferin tel que souhaité.

Le Patinoir est démembré dès le printemps 1889. Un plancher de pierre est entamé durant l’été, mais des démêlés entre le Quebec Skating Club et les autorités gouvernementales compromettent son achèvement pour l’hiver 1890. Devant l’impasse, un groupe de citoyens dont font partie d’anciens joueurs tel A.W. Colley, W.B. Scott et Percy Myles, le rédacteur du journal l’Électeur Ernest Pacaud et les joueurs actuels Archie Laurie, R.J. Davidson et J.A. Scott décident de fonder un nouveau groupe, l’Athletic Skating Club qui aura pour mission d’ériger une structure temporaire pour l’hiver qui approche à grand pas. Le contracteur J.B. Boiteau de la rue Latourelle déploie 30 hommes pour dresser une structure de 180’ par 80’ et de 50’ de hauteur, avec une surface glacée de 160’ par 60’ (une glace nord-américaine fait 200’ x 85’). L’opération d’urgence qui doit permettre son utilisation pour le congé des fêtes est possible grâce à des dons qui totalisent 1000$.

L’opération est un échec total : un « filet d’eau » traverse continuellement la patinoire, ce qui empêche la surface de geler convenablement.

Le 21 janvier vers 5h du matin, la structure s’affaisse par le centre sous le poids d’une chute de 10 cm de neige sur une longueur de 60 pieds, causant la mort… de cette structure temporaire. Par chance, personne ne se trouvait à l’intérieur à ce moment. Le Skating Rink reste sur la glace…

Le 8 avril, le Daily Telegraph décrit une scène d’horreur: « Les ruines du skating rink sont un symbole honteux pour les passants. Les promoteurs de ce projet temporaire controversé avaient promis son démantèlement une fois la saison froide terminée, or il demeure toujours tel un monument décadent et disgracieux ».

En juillet 1890, le « comité des routes (road committee) » recommande de poursuivre la construction du nouveau skating rink à l’emplacement prévu, en autant qu’il laisse assez d’espace pour y permette une éventuelle rue. Malheureusement, d’autres complications administratives retardent le projet pour au moins une autre année. Deux hivers ou le Quebec Hockey Club doit limiter ses activités.

Une proposition est déposée le 28 août 1891 à la chambre des Communes pour officialiser le don d’un terrain de 45 000 p.c. (300 x 150). Ce projet sera notarié le 2 novembre suivant.

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1891, construction de la dernière version du Skating Rink, vu du Parlement.

On ajoute au plan original des allées de bowling et de curling sur chaque côté. Le « nouveau club de Curling Victoria », toujours actif de nos jours, est né de cette décision. Enfin, on a refait l’entrée, ce qui lui donne ce look différent.

Un bal costumé en janvier 1892 lance enfin la dernière génération des Quebec Skating Rink. Son principal occupant, le Quebec Hockey Club, n’y est toutefois que locataire et est à l’étroit avec ses gradins inadéquats et sa patinoire format réduit. Très intimidant, sombre et exigu, les adversaires détestent y jouer. Les spectateurs sont bruyants et très partisans. Les anecdotes sont nombreuses…

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Dessin de La Presse publié le 15 janvier 1898. Les bandes et les filets sont encore à venir d’ici deux ans…

 

C’est ici qu’on a vu se transformer le hockey :  la rondelle, les premiers filets, les bandes, le hockey sur 3 périodes au lieu de deux et du hockey moderne à six joueurs au lieu de sept. Les numéros sur les chandails aussi…

Malgré de nombreuses configurations, l’équipe est incapable d’y loger plus de 3000 spectateurs et la venue du hockey professionnel au Canada, vers 1907, fait craindre le pire, faute de revenu adéquat pour soutenir ces nouvelles dépenses. Un nouvel aréna sera nécessaire.

1900 Banquet Soc St-Jean Baptiste au Québec Skating Rink
Photo inédite dans le livre « La Coupe à Québec » : le Quebec Skating Rink, en 1900, prêt à accueillir le banquet de la Société St-Jean Baptiste. Crédits : Daniel Papillon.

« L’Aréna de Québec », un stade de 8000 places construit au Parc Victoria ouvrira finalement ses portes en décembre 1913, sous l’effervescence provoquée par les deux conquêtes consécutives de la Coupe Stanley. L’édifice du champ de bataille continuera d’accueillir foires, patinage libre et hockey (il sera le domicile des Sons of Ireland, une grande équipe junior amateur résolument anglophone) jusqu’au jour fatidique du 29 octobre 1918.

Malgré une offre de vente à la Commission dès 1912, le bâtiment appartenait toujours au Quebec Skating Club. Un document de la Commission des Champs de Bataille Nationaux du 19 novembre 1923 mentionne que le « Skating Rink, totalement détruit par un incendie, n’a pas encore été reconstruit », ce qui laisse croire qu’il en fut question.

 

 

 

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